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Espagne. Mariano Rajoy en minorité, Pedro Sanchez en rassembleur

Le chef du gouvernement et leader d’un PP « corrompu » a été lâché.

Le socialiste Pedro Sanchez est passé brusquement de soutien à Mariano Rajoy à accusateur hier en le tenant responsable de « fracturer » l’Espagne et de favoriser « la confrontation territoriale » en « alimentant un débat extrêmement nocif » contre la Catalogne, et vis-à-vis de ceux, qui, comme lui, misent sur une Espagne « plurielle ». Autrement dit ceux qui croient en l’Espagne fédérale qu’il défend.

Sanchez tombe le masque

Sanchez a repris hier un discours qui était le sien avant son élection à la tête du PSOE il y a un an. Or, la « troisième voie » prônée surtout par les socialistes catalans du PSC, semblait être passée à la trappe, depuis que Pedro Sanchez avait souscrit à la mise en œuvre -proposée par Rajoy et votée par le sénat- de l’article 155 de la Constitution qui a abouti à la mise sous tutelle de la Generalitat de Catalogne. Il s’avère à la lumière du débat d’hier au Congrès des Députés précédant le vote aujourd’hui de la motion de censure que le PSOE présente contre le gouvernement Rajoy, que le profil bas affiché jusqu’ici par Sanchez n’était, en somme, qu’une tactique, dans l’attente d’une opportunité pour reprendre le dessus. Et l’opportunité est subitement apparue vendredi dernier sous forme de verdict -ferme après les recours- et ravageur : 29 anciens responsables ou proches du Partido Popular dont Mariano Rajoy est le chef de file ont été condamnés à de lourdes peines totalisant plus de 350 années de prison…

Rajoy, du paradis à l’enfer

Rajoy qui venait, la veille, de se voir confirmer à la tête du gouvernement grâce à l’adoption du budget par une majorité arrachée au parlement avec le soutien des élus basques, est subitement retombé dans les affres de l’abîme, vendredi dernier. Le jour même, le leader du PSOE propose de lancer une motion de censure contre le gouvernement de Rajoy. La constellation Podemos et les deux principaux partis indépendantistes PDECat et ERC annoncent qu’ils voteront en faveur de la motion. Seul le petit parti nationaliste basque qui vient de voter en faveur du Budget de l’État, semble hésiter.

L’Espagne, nation de nations

Dès l’ouverture hier de l’examen de la motion de censure, le leader du PSOE a remis sur le tapis le modèle « d’État pluri-national » proposé lors des Accords de Grenade du parti socialiste espagnol : « L’Espagne est une nation, et au sein de la nation espagnole, il existe des territoires que se revendiquent eux aussi comme nation ». Sanchez a reproché à Rajoy d’avoir pratiqué « la stratégie nocive et suicidaire de la confrontation ». Pour lui, « tout était bon pour arriver au pouvoir, puis pour y rester ! » a-t-il lancé à Rajoy. Sanchez a enfin dit haut et fort ce que clamaient les indépendantistes catalans jusqu’à présent : « En Catalogne, il y a un problème politique auquel il faut trouver une solution politique… Et ce problème ne peut être résolu en se réfugiant sous les toges (de la justice) ». C’est pourquoi, « bien qu’étant en désaccord avec les idées du nouveau président de la Generalitat Quim Torra (…), je vais le rencontrer et essayer de tendre des ponts » avec ce dernier, lequel, a-t-il souligné, « reste le légitime représentant de la Generalitat ».

Celui qui aspire désormais à déloger Rajoy de la tête du gouvernement espagnol, a par ailleurs, rassuré les élus basques du PNB inquiets de perdre les largesses financières promises dans le projet de budget de l’État : les socialistes n’y toucheront pas. Par-dessus le marché, le candidat Sanchez les a remerciés tout spécialement d’avoir œuvré en faveur du consensus en Catalogne.

Au cours de son discours, Sanchez a tenu à se montrer généreux avec Rajoy en lui proposant de démissionner avant d’être écarté du pouvoir par la motion de censure qui doit être validée aujourd’hui : « Démissionnez, votre temps est terminé ! Si vous démissionnez, cette motion de censure sera stoppée ici et maintenant ! ».

La chute de Rajoy

Les jeux étaient faits en milieu d’après-midi, quand le PNB a annoncé qu’il voterait en faveur de la motion de censure, aujourd’hui. D’ailleurs Mariano Rajoy s’est éclipsé à ce moment-là. Il avait perdu ! La motion de censure devrait obtenir les voix de 180 des 350 députés : une large majorité, puisque Pedro Sanchez n’avait besoin que de 176 voix. Aux 84 voix des élus du PSOE, s’ajouteront celles de Podemos, Compromís, Nova Canàries, PDECat, ERC, EH Bildu (issus de la mouvance ETA) et du PNB.

Joana Viusà (L’Indépendant, le 1er juin 2018)

Sorti

Mariano Rajoy sera officiellement destitué ce matin. Le chef du gouvernement espagnol va perdre la majorité au parlement au profit d’une coalition regroupant les socialistes, Podemos (les « insoumis » espagnols) et les nationalistes basques et catalans. Une semaine après avoir voté le budget du chef du gouvernement, le parti basque PNV a fait volte-face. Le Parti populaire ne perd pas le pouvoir à cause de sa gestion de la crise catalane -même si le parti de Puigdemont et l’ERC prennent leur revanche à cette occasion- mais bien en raison de ce qui constitue son plus grand pêché : la corruption. C’est à la suite d’une succession de décisions de justices impliquant des élus du PP que le Parti socialiste a décidé de renverser la table. Une succession de scandales, plus sulfureux les uns que les autres, avaient miné la crédibilité du parti bien plus que sa croisade don quichtesque contre le nationalisme catalan. Pourtant la question catalane va devenir le premier dossier chaud de Pedro Sanchez, patron du PS et futur nouveau chef du gouvernement. Il ne doit sa place qu’aux nationalistes qui sauront le lui rappeler une fois Rajoy sorti du jeu.

Pierre Mathis (L’Indépendant, le 1er juin 2018)

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