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Philippe Verbeke (CGT). « Pour éviter une guerre commerciale sur l’acier »

Après la décision américaine sur l’acier, ce syndicaliste de la sidérurgie appelle à favoriser des négociations.

La Marseillaise. Les salariés risquent-ils d’être pris en otage dans ce dossier ?

Philippe Verbeke. On peut toujours craindre des répercussions. A partir du moment où s’instaurent des guerres commerciales, cela peut jouer sur la production de certains sites ayant des débouchés vers les Etats-Unis. A ArcelorMittal, 3% de la production européenne partent aux USA. Ce ne sont donc pas des volumes hyper conséquents. Or, il y a quand même des usines concernées. Gandrange par exemple, dont le tiers du carnet de production est destiné aux USA, ou certains marchés d’Ascométal qui le sont aussi. Dans notre jargon, on appelle ça des marchés de niche, à très haute valeur ajoutée. Ce sont des aciers spéciaux, notamment à destination de l’énergie et de la mécanique, du très haut de gamme que bien souvent les Américains ne produisent pas. Trump veut décourager la pénétration du marché américain sur certains aspects, qu’ils ne réalisent pas. Il est donc peut-être en train de se tirer une balle dans le pied.

La Marseillaise. Quel impact sur l’emploi ?

Philippe Verbeke. C’est compliqué à estimer car ce sont des marchés très limités, qui ne concernent que les USA. Il s’agit de multinationales qui y ont souvent un pied. Et ce qui pourrait être perdu ici pourrait être gagné là-bas. Je ne pense pas qu’on puisse craindre des effets très importants en termes d’emploi. Sauf si, suite aux taxations américaines, on a des aciers d’autres pays, d’Asie par exemple ou d’Amérique, qui viennent se déverser en Europe parce qu’ils ne peuvent plus le faire aux Etats-Unis. Or, on est que sur une facette du problème. Car en France et en Europe, cela fait plusieurs années que les multinationales démolissent nos capacités de production. De cette façon, on crée un appel d’air aux importations venant d’Asie et d’Amérique. Malgré les gesticulations de Macron, nous n’avons pas de soutien politique national sur la filière sidérurgie.

La Marseillaise. Quelle réponse française et européenne attendez-vous à la décision américaine ?

Philippe Verbeke. Il faut rentrer dans des processus de négociations, car si on s’engage dans des guerres commerciales cela pourrait provoquer une escalade qui concernerait d’autres produits. On parle de l’acier et de l’aluminium aujourd’hui, on évoque de possibles mesures sur le marché automobile. Etant donné les connexions internationales actuelles quant à nos productions manufacturées, on risque effectivement d’avoir des effets collatéraux importants.

La Marseillaise. Vous menez la bataille syndicale au niveau européen ?

Philippe Verbeke. En effet. Nous dépendons d’ailleurs d’une fédération européenne des syndicats : Industriall Europe. Elle est en pourparlers constants avec la Commission européenne pour que l’on puisse justement entrer dans ce processus de négociations, poser les enjeux en termes d’emploi et de production en Europe afin de pouvoir déboucher sur des prospectives négociées.

Entretien réalisé par (La Marseillaise, le 2 juin 2018)

L’UE riposte par une plainte à l’OMC

La Commission européenne a lancé sa première riposte aux taxes américaines sur l’acier et l’aluminium en portant plainte vendredi à l’Organisation mondiale du com- merce (OMC) contre les Etats-Unis.

« Les États-Unis sont en train de jouer un jeu dangereux », a averti la Commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström.

Elle a parallèlement fait savoir que l’UE allait porter plainte contre Pékin devant cette même OMC, pour protester contre le « transfert injuste de technologie » des entreprises européennes actives en Chine.

Pour Cecilia Malmström, l’annonce simultanée de ces deux plaintes « démontre que l’UE ne choisit aucun camp. Nous défendons un système multilatéral pour un commerce mondial fondé sur des règles », a-t-elle plaidé.

La Marseillaise, le 2 juin 2018

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