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SOS Méditerranée en appelle aux citoyens

 

L’association s’est fixé trois objectifs : sauver des vies en Méditerranée centrale, assurer la protection des rescapés jusqu’à leur arrivée dans un port sûr et témoigner.

28.689. Depuis sa première mission en février 2016, l’Aquarius et SOS Méditerranée ont porté secours à 28.689 personnes.

93%. Hormis le concours de quelques collectivités locales, 93% des financements de l’association proviennent de fonds privés.

13.792. Entre janvier 2014 et mars 2018, 13.792 personnes ont été recensées comme s’étant noyées en Méditerranée centrale par l’Organisation internationale des migrations.

2015. Le 9 mai 2015, SOS Méditerranée voit le jour. D’abord projet franco-européen, le réseau ne tarde à croître avec l’arrivée d’une association en Italie (2016) et en Italie (2017).

La Marseillaise, le 8 juin 2018

Paroles de migrants

SOS Méditerranée a recueilli des témoignages de réfugiés qu’elle a publiés dans l’ouvrage « Les naufragés de l’enfer ». Extraits.

Abi, violée dans un camp en Libye. « Il m’a emmenée avec lui (...) et comme j’ai refusé de coucher avec lui, il m’a poussée par terre et il m’a battue avec sa ceinture puis il m’a rouée de coups partout. Il a sorti un couteau et il m’a tailladée. Après, il m’a violée. De tous les côtés. »

Sélim, huit heures dans un container. Pour atteindre l’étape suivante de son périple, Sélim a fait le voyage brinquebalant pendant huit heures dans un container plein de « marchandise humaine » : « J’ai eu de la chance, je me suis juste évanoui. Des femmes et des petits enfants sont morts. »

Ibrahim, parti du Sénégal, torturé au Burkina Faso. « Que tu paies ou pas, tu étais enfermé et battu avec tout ce qui passait sous la main des gardes. Parfois ils nous attachaient et nous envoyaient de l’électricité dans le corps. J’en passe, parce que ce n’est pas beau. J’ai réussi à m’échapper. »

La Marseillaise, le 8 juin 2018

Antoine, sauveur de vies en mer

Antoine Laurent est officier dans la marine marchande, et sauveteur bénévole sur l’Aquarius.

« Lors des premiers sauvetages, on est frappé par un phénomène assez étrange. Là, au beau milieu de la Méditerranée, des gens sont à deux doigts de se noyer, par centaines. Au départ c’est le silence qu’on connaît en mer, le soleil qui crame… on approche, et soudain tous se mettent à crier… »

Le récit d’Antoine Laurent, marin-sauveteur, bénévole à SOS Méditerranée, ne laisse guère indifférent. Sa route a croisé celle de l’association lorsque le jeune homme, âgé de 27 ans, était officier dans la marine marchande. « Quand on exerce un métier comme le mien, on connaît bien les dangers de la mer et l’on est naturellement sensible à ce qui s’y passe », souligne-t-il, avant d’ajouter : « J’ai travaillé quatre ans dans le secteur pétrolier et si, au début, ça paraît utile, ensuite ça a perdu pour moi beaucoup de son sens. J’ai donc voulu trouver quelque chose qui en ait un peu plus. »

Il évoque « la solidarité des gens de mer » qui le pousse à rejoindre les rangs de l’association. « Une approche parfaitement modeste et humaniste, une volonté d’aller secourir des êtres humains. » Antoine le reconnaît : il n’est alors animé d’aucune indignation particulière quant au sort des migrants.

« Ma sœur est morte il y a deux heures… »

Deux missions sur l’Aquarius [navire de l’ONG, ndlr] plus tard, son regard se transforme.

Un premier épisode a profondément marqué le jeune marin lors d’un sauvetage : « On avait commencé par évacuer les personnes les plus vulnérables : les enfants et les femmes. Toutes pleuraient de soulagement, leurs nerfs se relâchaient. Je me suis approché de l’une d’elles, en larmes, qui semblait souffrir et lui ai demandé si elle avait mal quelque part. "Non, ma sœur est morte il y a deux heures sur le bateau", m’a-t-elle répondu. Comme nous connaissions la position de leur embarcation trois heures auparavant, ça m’a bouleversé, je me suis dit "Si nous avions été plus rapides, si nous avions pu être plus proches d’eux au moment où on a reçu leur signal de détresse, on aurait pu sauver sa sœur". » Antoine se souvient de la prise de conscience qui a suivi : « J’ai compris qu’on pourrait tout à fait avoir les moyens de porter assistance s’il y avait davantage de navires et avec un peu plus d’ambition de la part de l’Europe. »

Tous chante la naissance d’un enfant en mer

D’autres souvenirs lui viennent en tête. Des « moments forts » comme il dit. Des moments qui l’ont « secoué », comme cette première naissance à laquelle il a assisté sur le navire. « Une chose à laquelle on ne s’attend pas vraiment », commente-t-il pudiquement. « Imaginez une femme donner la vie au milieu de la mer. Après avoir vécu que ces femmes ont dû endurer en Libye, ou ailleurs en Afrique. Après avoir passé des journées entières près de la plage dans l’espoir d’embarquer, en ayant à peine de quoi boire et de quoi manger… ». L’homme est ému et mesure alors le drame humain qui se joue pour les migrants. Et ces scènes inouïes : « Lorsque cette femme a accouché, son compagnon a amené l’enfant sur le pont pour le montrer aux autres. Et là, tout le monde s’est mis à chanter. Des gens de nationalités différentes qui fredonnaient tous le même air, c’était impressionnant. Un peu comme si toute l’Afrique célébrait la naissance d’un enfant au milieu de la Méditerranée. »

Le jeune est aujourd’hui « beaucoup plus sensible à la crise migratoire » : « Sur l’Aquarius, on est au front, on connaît précisément les risques et les souffrances auxquels ces gens ont été exposés. Et cette volonté d’ériger un mur entre l’Afrique et l’Europe est un peu désolante. »

La Marseillaise, le 8 juin 2018

Francis Vallat, président de SOS Méditerranée.
« Nous avons eu 30.000 donateurs en deux ans ! »

Francis Vallat revient sur les missions de son association.

La Marseillaise. SOS Méditerranée fonctionne grâce à la solidarité citoyenne. Les Français ne sont donc pas si hostiles aux migrants ?

Francis Vallat. Cette idée est fausse. Oui il existe une extrême droite, populiste et qui parle fort, mais minoritaire. Deux choses le prouvent, le nombre de nos donateurs : 30.000 en deux ans, de toutes origines sociales, politiques, représentant bien la diversité française. Ca démontre que la France profonde refuse que la solution soit de dire « Laissons mourir les gens, comme ça on n’aura pas de problème ». La seconde est la façon dont la chanson « Mercy » en est venue à représenter la France à l’Eurovision. Ce que personne n’aurait parié au départ. Le public, à travers des dizaines de milliers de coups de fil, a imposé au « microcosme » cette chanson ni contestataire, ni révolutionnaire, ni politique, mais simplement humaine.

La Marseillaise. Y a-t-il également une criminalisation de la solidarité en mer ?

Francis Vallat. C’est une évolution qui nous inquiète, y compris pour la sécurité en mer. En plus du comportement erratique de la garde-côte libyenne -qui en outre ramène les migrants vers l’enfer qu’ils fuient-, il y a en Italie des tentatives de judiciarisation avec des bateaux d’ONG arrêtés. L’Aquarius ne l’a jamais été. Il faut dire que nous sommes une association profondément citoyenne, soutenue par les citoyens, mais aussi scrupuleusement respectueuse de toutes les autorités légales. Il n’y a normalement aucune base permettant d’arrêter notre bateau. Mais le contexte se tend et c’est angoissant. Nous espérons néanmoins pouvoir continuer notre activité qui, encore une fois, est totalement reconnue car nous ne sommes là que du fait de l’insuffisance de la réponse institutionnelle. Nous sommes juste le complément des forces européennes présentes sur zone et travaillons « à leurs côtés ».

La Marseillaise. L’évolution politique en Italie ne risque-t-elle pas d’entraver vos missions ?

Francis Vallat. Nous ne commentons pas les propos des hommes politiques. Mais quand même… Nous assimiler à des passeurs, comme si nous étions le problème et non la solution, et alors que ces passeurs sont des criminels et nos pires ennemis, est véritablement inacceptable. Ou alors les forces officielles européennes présentes sur zone seraient tout aussi coupables ! Tout cela n’a évidemment aucun sens, mais prouve que le contexte se durcit. Ce qui nous inquiète, ce sont les excès et les possibles conséquences de la situation politique. Tout en sachant bien qu’il est très facile de dire haro sur l’Italie, alors qu’en fait les Italiens n’en peuvent plus, non pas des immigrés mais du manque de solidarité des pays européens et de l’Union européenne. La garde-côte italienne fait, elle, un travail formidable. Nous n’avons d’ailleurs jamais eu de problème avec les gens de mer italiens qui, jusqu’à présent se démenaient. Mais vont-ils pouvoir continuer de le faire ? Vont-ils recevoir des ordres contraires ?

Propos recueillis par Agnès Masseï (La Marseillaise, le 8 juin 2018)

Sauveurs d’humanité

SOS Méditerranée est née d’un sursaut citoyen face à l’inertie coupable des dirigeants européens, indifférents aux noyades quotidiennes de milliers femmes, d’enfants et d’hommes qui font aujourd’hui de la mer Méditerranée un immense cimetière.

Cette indifférence est calculée et tient lieu de politique: laisser mourir plutôt que de secourir, rejeter plutôt que d’accueillir.Criminaliser celles et ceux qui portent secours, sur mer comme sur terre.

Cette politique inhumaine est aussi dangereuse qu'irresponsable tant elle attise la peur de l’autre, le racisme et la xénophobie.

L'Europe se cadenasse sous la pression non pas des citoyens mais des forces politiques les plus réactionnaires.

Aujourd'hui, seule une poignée de professionnels de la mer, de bénévoles et de donateurs, sauvent des vies au cœur de mare nostrum. Ils ont pour boussole leur volonté et leur humanité et, en bandoulière, le droit international.

Le déshonneur de l’Europe n’en apparaît que plus grand.

Françoise Verna (La Marseillaise, le 8 juin 2018)

Quand l'histoire se répète

À la in des années 1970 les médias du monde entier relataient le drame des réfugiés du Vietnam errant sur des boat-people. Aujourd'hui, ils détournent volontiers le regard.

Les naufragés de la mer Méditerranée ressemblent à s'y méprendre à ceux qui fuyaient le Vietnam à la fin des années 1970. Mêmes regards perdus, mêmes silhouettes vacillantes, même souffrance, même malheur… Mais si la plupart des pays capitalistes tendaient alors la main, dans un réflexe de solidarité davantage politique qu'humain -la France à elle seule a accueilli entre 1975 et 1980 plus de 120.000 Vietnamiens- ils détournent aujourd'hui le regard. Triant parmi les détresses humaines, triant parmi les souffrances, se protégeant d'une prétendue invasion des migrants. La terrible indifférence qui entoure aujourd'hui le sort de milliers d'enfants, de femmes et d'hommes qui se noient au large de nos côtes signifie sans nul doute un recul civilisationnel inédit. Fuir à en perdre la vie est pourtant, aujourd'hui comme hier, aussi monstrueux et injuste. En ce sens, le travail acharné et désintéressé des militants de SOS Méditerranée sauve aussi notre honneur.

La Marseillaise, le 8 juin 2018

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