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Aquarius. Après le silence, Macron donne des leçons

Muet au moment où le navire de l’ONG était bloqué en mer avec plus de 600 personnes à bord, le Président français a hier vivement critiqué l’Italie.

Emmanuel Macron a dénoncé hier « le cynisme et la part d’irresponsabilité de l’Italie » pour son refus d’accueillir l’Aquarius et les 629 migrants à bord. Le Président français est donc finalement sorti de son silence. Mais seulement après que la solution de diriger le navire vers l’Espagne a été prise. Déclaration tardive et plutôt déplacée au regard de l’inertie de la France sur ce dossier.

De la même manière, le Premier ministre Édouard Philippe a beau jeu de déclarer que le gouvernement français est « évidemment prêt à aider les autorités espagnoles pour accueillir et analyser la situation de ceux qui, sur ce bateau, pourraient vouloir bénéficier du statut de réfugié ».

Le mutisme de l’Exécutif, au moment même où l’urgence de la situation aurait nécessité une expression solidaire de la « patrie des droits de l’homme », a suscité une vague d’indignation.

Ian Brossat, tête de liste PCF aux européennes a d'emblée pointé « le néant et l’irresponsabilité » de la politique migratoire hexagonale. Via un tweet, le député socialiste Luc Carvounas a dénoncé « le silence coupable de la France », tandis que la députée LFI Clémentine Autain a regretté une « triste leçon pour la France et l’Union européenne ».

« Une tradition d’accueil » bafouée

Une réprobation qui a gagné les rangs de la majorité présidentielle avec une trentaine de députés LREM qui ont, eux, haussé le ton. « J’aurais aimé que la France puisse être dans la droite tradition qui est la sienne d’accueil et de réponse aux situations humanitaires d’urgence », a ainsi déclaré le vice-président macroniste de l’Assemblée nationale, Hugues Renson.

« La France était le pays le mieux placé pour accueillir ce bateau dans les meilleures conditions », explique de son côté la députée européenne Marie-Christine Vergiat (GUE). D’autant qu’elle aurait eu l’occasion à travers la proposition du Conseil exécutif de Corse de faire accoster l’Aquarius dans un port insulaire. Une option rapidement et froidement balayée par la préfète de l'île qui a rappelé que la décision « appartient à l’État français ».

Un État français qui a décidé de ne rien faire, sinon de donner des leçons à son homologue italien.

Rappelant que Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur italien, est loin de compter parmi « (ses) amis politiques », Marie-Christine Vergiat déclare : « On pourrait peut-être parler du cynisme et de l’irresponsabilité de la France. C’est bien de pousser des cris d’orfraie après, mais cela fait des années que l’Italie alerte, qu’elle est en première ligne sur la question migratoire. Et quelle est la solidarité européenne ? Proche de zéro. » Un état des lieux dont la France n’est pas exempte de responsabilités dans la mesure où elle ne « prend pas sa part en termes d’accueil de demandeurs d’asile » pointe encore la députée.

Si de son point de vue le texte voté par le Parlement européen en octobre dernier en matière d'accueil « pourrait aller plus loin », elle considère qu’il a « le mérite de rencontrer un consensus » et de favoriser « une répartition équitable de l’accueil des réfugiés entre les États membres ». Aussi, plaide-t-elle pour que cette réforme soit, enfin, mise sur la table lors du Conseil européen des 28 et 29 juin.

La Marseillaise, le 13 juin 2018

Et maintenant en route pour l’Espagne

La décision a été prise de diriger l’Aquarius vers l’Espagne.

Si la proposition de l’Espagne d’accueillir l’Aquarius est louable et a finalement été acceptée, elle est néanmoins synonyme d’au moins quatre jours supplémentaires en mer pour des personnes déjà éprouvées physiquement et moralement.

Le périple de ces 629 naufragés a en effet débuté dans la nuit de samedi à dimanche lors de leur sauvetage par les équipes de SOS Méditerranée et Médecins sans frontières. Ils sont depuis brinquebalés en mer en raison du refus de l’Italie et de Malte de laisser débarquer le navire.

L’opération pour les diriger vers l’Espagne a débuté hier dans l’après-midi avec un premier transbordement de 90 personnes sur un total prévu de 500.

« Les équipes sont soulagées qu’une solution se profile. Mais ça prolonge inutilement le temps passé en mer pour les rescapés déjà vulnérables », a commenté sur Twitter SOS Méditerranée.

« La situation est calme si on considère le nombre d’heures (passées en mer) et les souffrances que ces gens ont déjà endurées», rapportait, hier, une journaliste embarquée à bord de l’Aquarius.

La Marseillaise, le 13 juin 2018

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