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Discours de Montpellier. Macron et son double langage sur le social

Devant le congrès de la Mutualité, hier à Montpellier, Emmanuel Macron a annoncé une « refondation radicale » de la politique sociale qu’il juge « inefficace ». S’il n’a pas dévoilé le niveau des coupes budgétaires dans les prestations sociales, il a déclaré que « la solution n’est pas de dépenser toujours plus d’argent ». Le système de santé, les retraites et le Revenu de solidarité active (RSA) sont visés.

« On met un pognon de dingue dans des minima sociaux, les gens, ils sont quand même pauvres, on n’en sort pas ». L’homme qui parle en ces termes brutaux et vulgaires n’est autre que le président de la République assis à son bureau de l’Elysée, mettant la dernière touche au discours qu’il doit prononcer devant le congrès de la Mutualité française.

« On met trop de pognon, on déresponsabilise »

Opportunément diffusée mardi soir par le service de presse de l’Elysée, cette vidéo n’avait qu’un seul but : préparer les esprits -s’il en était besoin- à une baisse drastique des prestations sociales. L’objectif du gouvernement Macron-Philippe est connu : baisser de 3,6 points de PIB la dépense publique. Soit quelque 40 milliards d’euros d’ici 2022. Fonction publique et collectivités sont déjà au pain sec. C’est désormais le tour des prestations sociales financées à plus de 60% par les cotisations des salariés et la CSG qui touche tous les actifs et les retraités. Pour Macron, la messe est dite : « On met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif (…) Donc, toute notre politique sociale, c’est qu’on doit mieux prévenir, ça nous coûtera moins ensemble, et on doit mieux responsabiliser tous les acteurs ». De la visée ultra libérale pur jus, culpabilisante à souhait.

En termes plus policés, il a défendu cette vision stratégique hier à Montpellier devant les congressistes de la Mutualité française. « Nous vivons dans un pays où la promesse républicaine est souvent déçue car nous avons maintenu des droits formels sans nous soucier assez qu’ils soient des droits réels pour chacun. C’est ça l’indignation française contemporaine. Pourtant, nous consacrons une part toujours plus grande à la protection sociale », a-t-il déploré, fustigeant un système pour mieux le démolir et imposer une « refondation radicale ».

Son message tient en quelques déclarations définitives : « Notre politique sociale est inefficace » ; « la solution n’est pas de dépenser toujours plus d’argent » ; « nous dépensons trop pour notre système de retraite » ou encore « on a pensé que la réponse à l’exclusion c’était l’argent ». Macron a tenu à lever « un malentendu » : « Les commentateurs disent, il va aller devant les mutuelles et il va faire un grand tournant social. Mais moi je vais vous dire, je n’ai pas le sentiment que lorsqu’on redresse l’économie, lorsqu’on permet à des gens d’y produire davantage on soit contre le modèle social. » Et d’enfoncer le clou à plusieurs reprises. « Notre système est plus inégal qu’il y a trente ans et plus déterministe » ou encore : « s’attaquer aux inégalités c’est vouloir bousculer une société devenue une société de statuts ». Il a pris en exemple le Revenu de solidarité active (RSA), regrettant qu’il ait augmenté de 80% ces 10 dernières années alors que les crédits pour l’accompagnement ont baissé de 40%. Et d’y aller de son antienne libérale en exigeant de « contrôler » et de « responsabiliser » ceux qui, à ses yeux, « s’installent dans une forme d’exclusion ». Son idée ? Diminuer le nombre de prestataires du RSA, ainsi « ils aideront la collectivité à dépenser son argent vers les plus vulnérables ».

Emmanuel Macron a esquissé une nouvelle page de sa feuille de route. Après avoir « libéré » les entreprises en facilitant les licenciements via sa réforme par ordonnances du code du travail; après avoir octroyé aux ménages les plus riches (1% des contribuables) des baisses d’impôts d’un montant de 7 milliards en 2018 via la suppression d’une partie de l’impôt sur la fortune et la création d’une taxe unique de 30% sur les revenus des valeurs mobilières, le président des riches fait les poches des 99%. « Les dépenses sociales, vous les payez, nous les payons », a-t-il lancé à Montpellier. Au regard de sa politique fiscale, les revenus du capital en sont de plus en plus exonérés.

Françoise Verna (La Marseillaise, le 14 juin 2018)

Et si Macron avait raison ?

Et si Macron avait raison ? Si le travail permettait effectivement à l’homme d'affirmer sa dignité comme il l’a dit, hier, devant les mutualistes en congrès. Si le système de solidarité tel qu’il existe ne permettait pas un retour efficient dans la vie active ? Et s’il s’agissait d’en appeler davantage à la responsabilité qu’à la solidarité ? Chiche monsieur le président ! Mettons en place un système qui émancipe les individus plutôt que de les contraindre dans la précarité. Tous n’aspirent qu'à cela ? Mais alors, s’il s'agit comme vous l'affirmez de faire sortir « de leur minorité » sur le plan économique les femmes et les hommes en souffrance sur le marché du travail, pourquoi ne pas les doter d’un statut qui les protège ? Pourquoi les fragiliser dans une organisation et une loi Travail qui leur ôte toute sécurité et les met au pied du mur ? Et qu’entendez- vous au fond par « responsabiliser » ? S’agit-il de forcer les privés d'emploi à accepter tout et n’importe quoi au mépris de cette dignité que vous défendiez hier : des emplois sous-payés, des horaires et des déplacements impossibles. S’agit-il de les traquer ou de leur faire confiance et de les respecter ? La responsabilité à laquelle vous exhortez nos concitoyens n'est-elle pas à partager aussi dans l’entreprise elle-même ? Pas un mot là-dessus, ni sur le partage du fruit du travail. Pourquoi ? Car responsabiliser serait peut-être de dire aux travailleurs qu'ils sont tout aussi aptes que ces actionnaires que vous choyez, à présider aux destinées de leur entreprise. Au fond, l'émancipation que vous prônez est incompatible avec la soumission aux marchés que vous exigez. Parce que cette émancipation a pour stricte frontière les profits sans limite d'une minorité.

Frédéric Durand (La Marseillaise, le 14 juin 2018)

Repères

4. C’est, en millions, le nombre de personnes allocataires de minima sociaux en France dont 1,8 million touchent le RSA. En baisse depuis 2015.

551. C’est le montant mensuel du RSA socle (pour une personne célibataire) en euros.

La Marseillaise, le 14 juin 2018

Les retraités dans le viseur du pouvoir

Le chef de l’État a annoncé une refonte du système de retraite pour 2019. Objectif : faire converger à la baisse les diférents régimes en vigueur.

Les coups n’ont pas fini de pleuvoir. Après le code du Travail, l’Université, la SNCF, c’est désormais le système de retraite qui est dans le viseur de l’Élysée. Devant le congrès de la Mutualité française hier, Emmanuel Macron a annoncé sa feuille de route et rappelé la philosophie qui soustend son action.

« Nous dépensons beaucoup pour notre système de retraite, souvent plus que nos voisins. Mais nous n’avons -malgré toutes les réformes de nos prédécesseurs- pas réussi à installer totalement la viabilité de ce système ni réussi à reconstruire la confiance de nos concitoyens car une très large majorité des plus jeunes qui entrent dans la vie active pensent qu’ils n’auront pas de retraite », développe le président de la République en précisant qu’à l’issue des travaux conduits par le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye, une loi serait présentée début 2019 et votée au premier semestre de la même année.

Sifflets

« Le système de solidarité générationnelle auquel je tiens sera maintenu », assure le chef de l’État mais il fixe l’objectif de faire converger les différents régimes… À la baisse évidemment. « La défiance s’est aussi installée car nous avons 42 régimes différents […] qui ont correspondu à une société de statuts mais ne répondent plus aux défis contemporains », affirme Emmanuel Macron qui, faisant mine d’ignorer les luttes à l’origine des avancées qu’il pointe du doigt aujourd’hui, se grime en défenseur de l’égalité. « 1 euro cotisé doit donner les mêmes droits que celui du voisin », avance-t-il.

Poussant le cynisme, l’hôte de l’Élysée évoque la hausse du minimum vieillesse et la met en balance avec la très décriée hausse de la CSG qui donne aujourd’hui lieu à des manifestations. « Le minimum vieillesse a augmenté au premier avril dernier de 30 euros et augmentera au premier janvier prochain de 30 euros également. Ce ne sont pas des personnes qui payent la CSG à taux plein donc ce n’est pour elles que de l’augmentation du pouvoir d’achat ! », lance-t-il, s’attirant les sifflets des mutualistes.

Il en faudra sans doute plus pour l’arrêter.

La Marseillaise, le 14 juin 2018

Réactions

Pierre Laurent (PCF). « Le CICE et les exonérations des cotisations sociales coûtent "un pognon de dingue" sans jamais sortir le pays du chômage. Mais, ça, ça n’émeut pas Emmanuel Macron ».

Jean-Luc Mélenchon (LFI). « Ce qui coûte "un pognon de dingue" c’est vous et vos cadeaux fiscaux aux ultra-riches. Il y a une solution simple pour en finir avec la pauvreté. Elle s’appelle le partage des richesses ».

Benoît Hamon (G.s). « La Solidarité, ce n’est pas l’aumône. En France, les riches -jusqu’ici- payent pour les pauvres et les Français en bonne santé payent pour ceux qui sont malades. Voilà le modèle français -ô combien perfectible- mais dont les principes restent modernes et justes ».

La Marseillaise, le 14 juin 2018

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