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Catalogne. Deux ministres Catalans pour une double stratégie de Sanchez

Portraits de deux figures clefs du nouveau gouvernement espagnol.

Meritxell Batet : un bel atout pour négocier.

Le 6 juin dernier, le nouvel occupant du palais de la Moncloa de Madrid, a nommé Meritxell Batet ministre de la Politique Territoriale. Sur les épaules de la ministre catalane repose dorénavant la plus difficile des tâches auxquelles Pedro Sánchez, veut faire face en priorité absolue : résoudre le conflit entre la Catalogne et le pouvoir central. C’est à sa plus fidèle collaboratrice -« sa main droite »- qu’il a décidé de confier la lourde tâche de préparer les négociations avec le président de la Generalitat Quim Torra. Cette courageuse barcelonaise s’est battue aux côtés du secrétaire général du PSOE Pedro Sánchez, quand les siens -les « barons » qui tenaient les rênes du pouvoir interne au sein du parti socialiste- l’empêchèrent de prendre le seul chemin qui a fini par s’imposer, deux ans plus tard : rassembler tous les partis de l’opposition dans le but de renverser le gouvernement de Mariano Rajoy.

Amours hors parti

Née il y a 45 ans, Meritxell Batet fut élevée modestement dans le quartier populaire barcelonais de Gràcia. Fille de parents divorcés, elle fit son droit à l’université Pompeu Fabra, à l’aide d’une bourse et d’un emploi comme serveuse à la discothèque Bikini de Barcelone. Professeure de droit administratif de 1995 à 1998, c’est en préparant son doctorat que son directeur de thèse lui confie que le PSC est à la recherche d’un cadre non militant, à la direction de son secrétariat général. En 2004, elle est élue députée sur la liste du PSC, en tant que candidate indépendante. Mais tout juste installée à son siège au Congrès des députés, un élu du Partido Popular, José María Lassalle, se prend d’amour fou pour cette belle blonde, au port altier conféré par sa passion pour la danse classique et contemporaine. Tous les matins, il dépose des bouquets de fleurs dans le bureau de sa belle députée. Mariés en 2005 et parents de deux jumelles, le couple divorce 10 ans plus tard. Tête de liste du PSC pour Barcelone aux élections législatives Meritxell Batet, est réélue en 2016. En attendant de s’attaquer au gros morceau, la jeune ministre s’est tout de suite prononcée sur le sort des 9 leaders indépendantistes catalans qui sont en prison provisoire dans la région de Madrid, en souscrivant à la demande de tout faire pour les rapprocher de leurs familles en les transférant dans une prison catalane. Jeudi, le ministre de l’intérieur Fernando Grande-Marlaska s’est prononcé dans le même sens. À Barcelone, Miquel Iceta, le patron du Parti socialiste catalan, est allé plus loin : « Pourquoi ne pas les laisser en liberté conditionnelle » ?

Joana Viusà (L'Indépendant, le 16 juin 2018)

Josep Borrell : le bouclier européen

Le pare-feu. Dans une tribune signée par Enric Hernàndez dans le journal El Periodico, ainsi était rebaptisé Josep Borrell, 71 ans, le nouveau ministre des Affaires Etrangères espagnol. Le second Catalan de l’équipe Sanchez, viscéralement opposé à toute sécession de sa région, est celui qui souffle le froid, quand la jeune Meritxell Batet répand le chaud. Dès sa nomination, Josep Borrell a essuyé les foudres de Carles Puigdemont, qui a fustigé depuis Berlin, via Twitter, un « profil d’un autre temps », acteur de « l’escalade de haine ». L’ex président de la Generalitat n’a pas oublié comment Josep Borrell a été le fer de lance des socialistes catalans, lors de la manifestation « unioniste » du 8 octobre 2017, organisée par la Societat Civil Catalana. Le nouveau ministre, ancien président du Parlement Européen (2004-2007), l’avait alors exhorté à ne pas « pousser le pays vers le précipice ». Hélas pour Carles Puigdemont, quand il a dénoncé en des termes guerriers la nomination de Josep Borrell, le nouveau gouvernement socialiste a annoncé en parallèle un signe de pacification, qui a pris encore plus de relief : la fin de la tutelle financière imposée à la Catalogne depuis 2015 par Madrid. Déstabilisant pour les indépendantistes, Borrell l’est aussi pour la droite espagnole. Elle cherche en effet à faire passer Pedro Sanchez pour l’otage des sécessionnistes, dont les voix au congrès lui ont été nécessaires -et le resteront- pour renverser Rajoy.

Liberté de ton à double tranchant

Réceptacle des critiques, Josep Borrell a la peau dure. C’est un coriace, dont la liberté de ton, assumée, est parfois à double tranchant. Le 8 octobre, le PS catalan pensait avoir trouvé l’homme idéal pour rivaliser avec les unionistes de centre droit de Ciutadans. Il avait alors critiqué les indépendantistes, mais aussi appelé à ne pas boycotter les produits catalans, invitant à lever une coupe de cava devant le drapeau européen : « Ceci est notre estelada », avait-il clamé. Mais peu après, ses propos sur la nécessité de « désinfecter les blessures (de la société catalane, NDLR), avant de les recoudre », l’avait fait chuter de son piédestal. Josep Borrell en a vu d’autres. Ancien ministre de Felipe Gonzalez (1991-1996), il a vaincu les barons du PSOE et s’est imposé comme candidat à la présidence du gouvernement, lors des premières primaires organisées par le parti. C’était il y a 21 ans, mais toute ressemblance avec le parcours de Pedro Sanchez n’est pas à proscrire. A l’époque, Josep Borrell a cependant renoncé à la Moncloa : l’appareil socialiste a eu raison de ses ambitions, comme la fraude fiscale reprochée à l’un de ses proches collaborateurs. Privé de destin national, l’homme a rebondi en Europe. Chef de file des socialistes espagnols aux Européennes de 2004, il a présidé le parlement jusqu’en 2007. Josep Borrell reste très apprécié au sein de l’UE, et c’est encore un atout pour Pedro Sanchez. Voilà l’Europe rassurée, alors qu’en son sein, des indépendantistes cherchent depuis des mois à internationaliser leur cause.

Joana Viusà (L'Indépendant, le 16 juin 2018)

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