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Valmanya. Quand L’Indépendant fait dans la fake news

L’Indépendant du 3 juin 2018 a publié un article de Seb (« Valmanya : quand la légende résiste ! »). Seb connu pour ses chroniques humoristiques, nous livre un dessin digne d’une BD  de vampires  illustrant un article se voulant quant à lui sérieux et novateur.

Passons sur le titre accrocheur digne des plus médiocres journaux à sensations. Passons sur des erreurs grossières (la division blindée allemande annoncée en titre se réduisant à 600 hommes). Passons plus difficilement sur le silence étourdissant que constitue l’oubli des guérilleros espagnols qui jouèrent un rôle décisif dans le sauvetage de la population de Valmanya. Passons sur le lien très hypothétique entre l’occupation de Prades le 29 juillet et l’attaque du village de Valmanya. Passons enfin sur l’utilisation éculée de la théorie du complot : dès 1985, j’ai publié une description détaillée de l’opération sur Prades. Mais le scoop, le point culminant de ce grand texte « d’histoire », c’est la cause indirecte de la mort de Julien Panchot, « une blessure infligée par un FTPF qui refusait de continuer à se battre. »

Cette dernière élucubration est puisée dans la seule source utilisée par Seb, un documentaire médiocre tant dans la forme que dans le fond du vidéaste André Souccarat. Documentaire qui entraina à sa projection de vives réactions de la part des anciens résistants.Certes Seb n’étant pas un journaliste d’investigation, on ne peut lui reprocher d’ignorer que le b a ba de ce métier est de croiser ses sources. Pourtant, il aurait pu facilement consulter les travaux  d’historiens qui depuis des années dépouillent les archives et collectent les témoignages : André Baoent, Pierre Chevalier, Chritian Xanxo et moi même dont le livre « Le massif du Canigou et son piedmont, haut lieu de la Résistance (1919/1945) » se trouve facilement en librairie.

Face à la version contestable de l’attaque de Valmanya et aux affabulations sur la mort de Julien Panchot du tandem Seb – Souccarat, il nous parait important de rétablir quelques faits.

L’occupation de Prades, un simple braquage de banque : une explication un peu courte

Le 29 juillet, 150 maquisards français et espagnols gagnèrent Prades. Après avoir mis en place un dispositif de sécurité aux entrées de la ville, s’être emparé de la poste et de la gare, ils occupèrent la gendarmerie, attaquèrent une villa réquisitionnée par la Gestapo et « dévalisèrent » la poste, la perception de Prades, la BNCI, la Banque Populaire et le dépôt de tabac. L’essentiel de l’argent ramassé fut transféré à la direction régionale (Perpignan) et interrégionale des FTPF.

Si l’objectif principal avait été de faire main basse sur de l’argent, les FTPF auraient pu monter une opération « légère » comme celle de Perpignan où, le 24 mai, deux FTPF, avec en soutien trois autres résistants, attaquèrent dans la rue deux convoyeurs de fonds. L’occupation de Prades répondait non seulement au besoin de récupérer argent, vivres et matériel divers, mais elle visait aussi à démoraliser les autorités de Vichy et les collabos, à impressionner l’opinion publique, à aguerrir les maquisards et à porter des coups à l’occupant. Elle s’inscrivait dans la stratégie du général De Gaulle préconisant que « partout se lèvent les armées de la France » et que s’intensifient les actions de sabotage, la guérilla et l’instauration de zones libérées. La célébration du 14 juillet devait  être une étape importante vers l’insurrection nationale. Peu marqué dans le département, il n’en fut pas de même à Carmaux où les mineurs, soutenus par les maquisards de la région, entreprirent une grève insurrectionnelle.

L’attaque de Valmanya, conséquene de l’occupation de Prades : faux !

Le maquis FTPF Henri Barbusse né à Pleus, hameau situé entre Millas et Estagel, deux communes gérées, avant-guerre, par les communistes, a connu une longue errance suite à l’attaque de son camp le 6 mars 1944.  Ayant réussi à gagner Corbères, les maquisards décidèrent de dissoudre leur unité.

Au lendemain du débarquement en Normandie, nombre de ces FTPF réjoints par des « légaux » du Conflent reconstituèrent le maquis Henri Barbusse et rejoignirent sur les flancs du Canigou, les hommes du groupe de René Horte , du Maquis AS 44 et des bataillons de la Agrupacion de Guérilleros espagnols. Leur présence constituait un danger pour les unités allemandes de Cerdagne soit  en route vers un second front né d’un débarquement allié en Méditerranée soit se repliant devant l’avance alliée.

Aussi  l’état-major du groupe d’armées allemandes installé à Toulouse ordonna-t-il de détruire tous les maquis présentant une menace pour les liaisons routières. Ainsi, par exemple, dans l’Aude, les 6, 7 et 8 août, les Allemands attaquèrent, dans des circonstances comparables à celles de Valmanya, le maquis AS de Picaussel dans les Pyrénées audoises et détruisirent, de la même façon que le village de Valmanya, le hameau de Lescale (commune de Puivert).

De même, dès le 27 juin, le maquis Henri Barbusse cantonné alors dans un cortal situé près du pic du Cogoullo au-dessus de Vernet-les-Bains, fut attaqué par un groupe de miliciens bientôt rejoint par un détachement allemand. Ayant résisté toute la journée, à la tombée de la nuit, les maquisards se replièrent sur le chalet du Canigou. Le 7 juillet, Allemands et miliciens investirent le chalet et le trouvèrent vide. Les maquisards, prévenus à temps, avaient gagné les bâtiments abandonnés de l’ancienne mine de La Pinouse. Vers la mi-juillet, ils y furent rejoints par un important groupe de guérilleros. Le village de Valmanya hébergea les conducteurs des véhicules et les hommes du groupe franc.

L’attaque de Valmanya ou plutôt l’attaque de la Pinouze - Valmanya

A la demande de la Feldkomandantur 997 (Perpignan), le préfet fit publier dans la presse, le 21 juillet, une notre annonçant l’extension, de la zone réservée aux communes de Baillestavy, Clara, Fillols,Taurinya et Valmanya. A sa lecture, les habitants de ces communes s’attendirent à une attaque plus ou moins imminente.

Sur la carte ci-dessous, on voit clairement que l’important dispositif allemand était dirigé sur La Pinouze où cantonnaient FTPF et guérilleros. On ne sait si la colonne remontant la vallée de la Lentilla depuis Vinça avait pour objectif de détruire au passage Valmanya ou si l’incendie du village fut le fait d’Allemands furieux d’avoir été retenus aux portes du village par les guérilleros, combat qui  permit à la population de s’enfuir.

La mort de Julien Panchot

SEB reprend à son compte les affirmations formulées par André Souccarat dans son film. Prétendant mettre un terme à une prétendue « légende » forgée de toutes pièces par les communistes, André Souccarat a imaginé que Julien Panchot aurait été blessé par des camarades de combat ne supportant plus ses méthodes de commandement, le vouant ainsi à la mort. Or, au cours des décennies suivantes, aucun des maquisards FTPF qui tous, à l’exception de Julien Panchot et de François Cabaussel, étaient sortis de la nasse déployée par les Allemands et les miliciens, n’a formulé une accusation de ce type contre Julien Panchot. La théorie d’André Souccarat suppose qu’un pacte secret impliquant une omerta sans faille ait pu perdurer jusqu’au début des années 2010. La théorie d’André Souccarat émise, très longtemps après les faits, alors que la plupart des témoins étaient déjà morts, n’est au mieux qu’une hypothèse tardive ne reposant que sur des présomptions et non sur des faits établis. Elle est avant tout le fruit de ses préjugés et de son imagination.

Georges Sentis, Docteur en Histoire

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