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Médicaments. Les prix exorbitants imposés par l’industrie pharmaceutique

Des prix délirants sont imposés au nom de l’innovation même si celle-ci n’est pas synonyme de progrès thérapeutiques. Tel est le constat de huit associations qui refusent de voir l’Assurance maladie sombrer dans cette dérive qui ne sert que l’intérêt des firmes. Elles exigent de la transparence et un autre système de fixation des prix.

Le « Glivec » est un médicament qui a révolutionné le traitement de cancers rares du sang et de la moelle osseuse. Commercialisé depuis 2001, c’est un cas d’école. Malgré sa rentabilité croissance suite à une utilisation toujours plus large, son prix n’a pas baissé. Il coûte jusqu’à 40.000 euros par an. Le « Keytruda » est, lui, indiqué dans le traitement de certains mélanomes. Il coûte 72.000 euros par an alors que la Haute Autorité de Santé (HAS) a estimé que « l’amélioration du service médical rendu (ASMR) » était « mineure par rapport aux traitements existants ».

Ces deux exemples sont tirés du libre blanc qu’ont publié hier huit associations(*). Ensemble, elles dénoncent « l’inflation continue, injustifiée et injustifiable » des prix des nouveaux médicaments. « Nous avons conscience de l’importance de nouveaux traitements et de l’apport de l’industrie grâce à sa recherche, nous ne nions pas cette réalité », précise en préambule Marc Paris, responsable de communication de France Assos Santé qui fédère 80 structures s’occupant de patients. « Mais le système manque de régulation et de transparence », pointe-t-il.

De nombreuses étapes sont certes prévues par la loi pour la fixation des prix médicaments mais, au final, « on ne sait pas grand chose », explique Marc Paris. En cause, la négociation « opaque » des prix entre gouvernements et industriels du secteur; les « pressions » exercées par les laboratoires et leur « manque de transparence », concernant les coûts de production et de recherche ou encore l’évaluation des médicaments. D’où l’exigence de « transparence ».

Insoutenable pour l’Assurance maladie

Une exigence d’autant plus nécessaire que le blocage est proche assurent les auteurs du livre blanc. « Si on ne change rien, il y aura toujours plus de médicaments toujours plus chers. Cela va devenir insoutenable pour le système solidaire qu’est l’Assurance maladie », analyse Marc Paris. « On est dans une sorte d’impasse si on ne trouve pas le moyen de faire évoluer le système, de ne financer que ce qui doit être financé. Ce sera problématique pour les patients qui risquent de ne plus avoir accès à l’innovation si ce n’est ceux qui auront les moyens de se la payer. Mais aussi pour l’industrie car le secteur est rentable grâce à son volume ».

Ce livre blanc est publié à la veille du Conseil stratégique des industries de santé qui se déroulera début juillet. Le gouvernement y réunit tous les industriels du secteur. Problème : si l’innovation a bien été mise au menu, c’est pour parler de développement économique, pas de coût ni de la fixation des prix. « Les règles consenties par l’État sont inefficientes et les instruments utilisés par les pouvoirs publics sont inflationnistes », explique Olivier Maguet de Médecins du Monde. Aussi les associations plaident-elles pour un nouveau système de fixation des prix.

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 21 juin 2018)

(*) UFC Que Choisir, Médecins du monde, Médecins sans frontière, la Ligue nationale contre le cancer, France assos santé, Aides, Prescrire et l’association de chercheurs Universités Alliées pour les Médicaments essentiels.

15.877 euros par an en 1996, 175.968 en 2016

En 20 ans, les prix des médicaments anti-cancéreux ont explosé. « Selon l’assurance-maladie, le coût moyen d’une année de vie gagnée est passé de 15.877 euros en 1996, à 175.968 euros en 2016 », rappelle la ligue contre le Cancer dans le livre blanc. L’oncologie est particulièrement concernée par les tarifs délirants des médicament innovants. Et le problème va très prochainement s’aggraver prévient l’association. Une nouvelle génération de traitement -CART-T- arrive. « Ils consistent en une modification génétique du système immunitaire de la personne malade afin de le programmer pour qu’il reconnaisse et détruise les cellules cancéreuses », explique la Ligue. Deux d’entre eux ont été approuvés aux Etats-Unis et sont en cours d’évaluation auprès de l’Agence Européenne du Médicament : le « Kymriah » de Novartis et le « Yescarta » de Kite Pharma/Gilead Science. Le premier coûte 475.000 dollars par patient, le second 373.000. « A de tels niveaux de prix, combien de temps sera-t-il possible de donner un accès aux meilleurs traitements pour toutes les personnes en ayant besoin ? » s’interroge l’association, « Des critères d’accès, par exemple sur l’âge ou le mode de vie, devront-ils être définis ? »

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 21 juin 2018)

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