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Aides sociales. Macron va-t-il casser le modèle le plus performant ?

Le système français aiche les meilleures performances sociales d’Europe. Les taux de pauvreté et d’exclusion, bien qu'importantes, sont plus faibles qu’ailleurs. Avec des dépenses qui ne sont pas plus élevées. Alors, un « pognon de dingue » les prestations sociales, et sans résultats ? Certainement pas.

Perfectible, notre système de protection sociale reste néanmoins le plus performant d’Europe. C’est ce que démontre le rapport de la DREES -service statistique du ministère de la santé- comparant les systèmes européens, diffusé hier. Depuis des années, les libéraux martèlent que le modèle français coûte trop cher et qu’il est inefficace. Emmanuel Macron vient récemment d’apporter sa pierre à cette entreprise de démolition avec son fameux « on dépense un pognon fou ». C’est faux ! démontre la DREES, chiffres à l’appui.

Si les dépenses continuent d’être présentées en % des PIB, des indicateurs plus précis sont désormais utilisés (SPA pour Standards de Pouvoir d'achat). Ils permettent de prendre en compte les niveaux de vie des pays et donc de comparer ce qui est comparable. Dès lors, les conclusions changent. La France n’est plus le pays européen qui affiche la plus haute dépense en terme de prestations sociales mais avec un niveau comparable de dépenses à d’autres, en l’occurrence, l’Allemagne.

« La France a les meilleurs résultats d’Europe »

Mais plus que le niveau de dépenses, c’est l’efficacité des politiques sociales qui est importante. Le rapport de la DREES multiplie les indicateurs sociaux, reprenant des données d’Eurostats. Dans la plupart des cas, la France fait mieux que l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne. Par exemple, le taux de pauvreté monétaire -nombre de personnes vivant avec moins de 1.000 euros par mois- est de 13,6% en France. Il est de 16,6% en Allemagne et de 15,9% au Royaume Uni. « La France a les meilleurs résultats de l’Europe » résume Jean-Marc Aubert, responsable du service de statistiques des ministères sociaux.

Nous avons agrégé cinq de ces indicateurs couvrant les champs de la pauvreté, l’exclusion, le non recours aux soins, le logement et la pauvreté des enfants. L’indicateur de performance sociale ainsi obtenu est sans appel. La France fait bien mieux que ses voisins, bien mieux qu’une Allemagne en dépensant autant qu’elle selon l’indicateur SPA.

Si le filet de protection fonctionne, il est évidemment perfectible. Le taux de pauvreté de la France a beau être le plus bas d’Europe, il reste bien trop haut en regard des capacités financières de la 5e puissance économique mondiale.

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 22 juin 2018)

SPA vs PIB

Le SPA (Standardsde Pouvoir d’achat) « vise à éliminer les différences de niveau de prix entre pays de manière à faciliter la comparaison de leurs grandeurs macroéconomiques » explique le rapport de la DREES. Autrement dit, parler en SPA permet de prendre en compte le « niveau de PIB relativement faible en France » ou le niveau de vie « plus élevé » dans l’Hexagone « qu’en Allemagne par exemple ». Et là, les conclusions changent : les dépenses en prestations sociales deviennent « comparables » entre Paris et Berlin.

Depuis une dizaine d’années, de nombreuses institutions réfléchissent à de nouveaux indicateurs pour s’affranchir du PIB qui n’est qu’un indicateur de richesse. Malgré tout, cette référence au PIB a la vie dure. Et pour cause. Marteler que la France dépense 32% de son PIB dans les dépenses sociales sert ceux qui veulent casser le modèle social. Bien sûr, il n’est jamais précisé que cette moyenne européenne cache de profondes différences ou que la Finlande et le Danemark sont, comme la France, au-dessus de la barre des 30%.

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 22 juin 2018)

Mieux avec autant. L’efficacité du modèle social français

Des allocations logement, au minimum vieillesse, en passant par les allocations familiales… tout ce que le gouvernement aimerait revoir à la baisse a fait ses preuves dans un système qui produit en masse des inégalités. Démonstration, chiffres à l’appui.

La France dépense 57 milliards d’euros par an en prestations sociales. Cela finance les minima sociaux (RSA, allocations adulte handicapé, minimum vieillesse…), des prestations comme la prime d’activité que le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin aurait aimé supprimer, ou encore les allocations logement et les prestations familiales.

C’est un choix. Que ne font pas d’autres pays. Par exemple l’Allemagne qui finance très peu les aides au logement ou la lutte contre l’exclusion sociale. Ou encore le Royaume Uni qui écarte ce qui relève de la vieillesse ou de l’invalidité. Mais ce choix français a des ré- sultats probants.

En France, le « taux de pauvreté monétaire » est de 13,6%. Il est de 16,6% en Allemagne et de 15,9% au RoyaumeUni. Le « taux de risque d’exclusion sociale » est de 18,2% à Paris. Un chiffre certes élevé mais qui est néanmoins un des plus faibles d’Europe. C’est d’autant plus important que le nombre de personnes menacées de basculer dans la misère a singulièrement augmenté partout en Europe depuis 2008, date de la crise financière.

L’édition précédente du rapport annuel de la DREES présentait davantage d’indicateurs. On pouvait y voir que le « taux de pauvreté des seniors » était bien inférieur en France : 8% contre 16,5% en Allemagne, 16,4% au Royaume-Uni et 14,7% en Italie. Idem pour le « taux d’intensité de la pauvreté des enfants » qui permet de rendre compte de la grande misère : de 15,3 en France il peut monter jusqu’à 33 en Italie et 40 en Espagne. Même l’Allemagne affiche 18,3.

Alors que le gouvernement est en train de réduire les allocations logement, celles-ci ont fait leurs preuves. Elles assurent à la France le « taux de surcharge des coûts du logement » le plus faible d’Europe : 5,7%, quand il est de 15,6% en Allemagne et de 12,5% au Royaume Uni.

En revanche, la France a encore des progrès à faire pour faire baisser le renoncement aux soins. Ce taux est en effet de 2,8% dans l’hexagone quand il est de 1,6% en Allemagne, 2,1% en Angleterre ou 0,6% en Espagne.

En agrégeant ces éléments, on obtient un indicateur de per- formance sociale. Il est sans appel. La France fait bien mieux que ses voisins, bien mieux que Allemagne en dépensant autant qu’elle selon l’indicateur SPA.

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 22 juin 2018)

Bernard Friot. « Un salarié travaille 50 jours par an pour porter assistance aux propriétaires du capital »

Premièrement, 40,5 milliards pour les minima sociaux (RSA, prime d’activité, allocation adulte handicapé, minimum vieillesse) en 2016, dernière année connue, c’est moins de 2% du PIB, et deux fois moins que les revenus de la propriété perçus par des ménages qui sont, eux, les véritables assistés puisqu’ils ne tirent ces revenus d’aucun travail. En quoi un handicapé touchant une allocation est-il un assisté ? En quoi un salarié scandaleusement mal payé et percevant une prime d’activité est-il un assisté ? Est-ce lui qui est assisté, ou son employeur qui peut compter sur les contribuables pour verser à celui qu’il exploite ce qu’il devrait lui payer, lui ? Les seuls assistés sont les actionnaires et créanciers qui tirent leurs scandaleuses ressources du travail d’autrui : un salarié d’une entreprise manufacturière, par exemple, travaille 50 jours par an pour porter assistance aux propriétaires du capital de son entreprise ; les actionnaires des 40 entreprises les mieux cotées en bourse ont empoché 56 milliards de dividendes en 2016 !

Reconnaître le travail des parents

Ensuite les prestations sociales, qui représentent 714,5 milliards pour les derniers chiffres connus (2016), sont parfaitement financées (0,4 milliard de déficit seulement). Rappelons que la même année le budget de l’État, pour des dépenses plus de deux fois inférieures (308 milliards seulement), présentait un déficit de 70 milliards ! Plus de 46% des prestations sociales vont aux pensions de re- traite et 35% à la maladie et l’invalidité : quelle assistance là-dedans ? Quelle assistance dans les 5,5% qui vont au logement, sinon celle des propriétaires privés qui en profitent pour augmenter les loyers du montant de l’APL ? Et ce qui reste (8% pour la famille et 6% pour le chômage), en quoi est-ce de l’assistance de reconnaître le travail des parents ou des chômeurs ?

Chacun doit être assuré d’un salaire

Enfin personne ne devrait percevoir moins que le Smic. De 18 ans à sa mort, chacun doit être assuré d’un salaire à sa qualification, je ne parle pas d’un revenu de base ou d’un salaire universel qui sont les outils du patronat. Oui, les minima sociaux doivent disparaître et être remplacés par l’attribution à chacun, à 18 ans, du premier niveau de qualification et donc du Smic, un salaire qui augmentera au cours de la vie par des épreuves de qualification, et qui ne pourra, jusqu’à la mort, ni être supprimé ni baisser. Sortons les travailleurs de la préhistoire !

La Marseillaise, le 22 juin 2018

Les Français amoureux de leurs services publics

« Il n’y a pas de préjugés anodins », disait Dostoïevski. Surtout quand le pouvoir et ses ayants-droits les répandent sans scrupules. Ainsi des services publics, prétendument détestés des Français, qui seraient cause de tous nos maux et qu’il faudrait abandonner au privé pour retrouver efficacité et rentabilité. Sauf que... Ce n’est pas du tout ce que pensent nos concitoyens, d’autant plus méritants qu’ils sont aspergés à longueur d’ondes d’une morale capitaliste qui veut mettre la main sur tout ce qui pourrait rapporter.Malgréquoi, ils sont 65% à être convaincus que la France dispose du meilleur service public d’Europe. Et sont autant à avoir une bonne opinion de ceux-ci. Selon un sondage réalisé par Odoxa et paru hier. Soit l’exact inverse de ce qu’on finirait par croire à trop écouter les avis autorisés.

Une bataille idéologique sans merci

Car il y a une bataille idéologique sans merci autour de la question de ce qui est privé et de ce qui est public. De ce qui peut l’être ou doit le rester. Il y a une histoire de gros sous qui échappe aux appétits financiers et que Macron tente de satisfaire. Mais s’il ne peut le justifier au nom de l’intérêt général, il doit partir à la conquête des esprits. L’argument massue : « ça coûte trop cher ». Notre dossier démonte avec méthode cette idée reçue, montrant que la France est le pays le plus efficace d’Europe en terme de protection sociale pour un coût semblable aux autres. Les Français sont 81% à la défendre selon le dernier baromètre BVA. Malgré le pilonnage des esprits, malgré les grèves, malgré les manoeuvres idéologiques, les Français aiment leur service public. N’en déplaise au pouvoir.

Fréderic Durand (La Marseillaise, le 22 juin 2018)

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