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Can Dündar. « Erdogan est prêt à tout pour ne pas perdre »

Le journaliste, mais aussi écrivain, chercheur, et réalisateur de documentaires turc, Can Dündar, livre à « La Marseillaise » son analyse des enjeux de la présidentielle et des législatives qui ont lieu ce dimanche en Turquie. Il dirige à Berlin le site d’information Özgürüz (nous sommes libres) depuis janvier 2017.

La Marseillaise. Quelle est votre analyse de la situation politique turque alors que des élections anticipées se tiennent ce dimanche ?

Can Dündar. Je suis plein d’espoir quant aux élections anticipées en Turquie, et je pense que le résultat sera positif. Pour la première fois, la Turquie a franchi la vague et la barrière de la peur. Pour la première fois, l’opposition s’exprime d’une seule et même voix. Je crois et espère que cette période de pression prendra fin.

La Marseillaise. La Turquie est encore en état d’urgence, il est évident que les élections n’ont pas lieu dans un environnement démocratique, à votre avis quels types de problèmes pourraient apparaître ? Le gouvernement de l’AKP pourrait-il voler des voix ?

Can Dündar. Je ne m’attends pas à ce qu’il y ait de nouveaux événements, Erdogan a déjà fait tout ce qu’il pouvait faire. Il y a une inquiétude d’intervention sur les scrutins la nuit de l’élection. Mais je pense que la population sera sensible à cette question, et que les autres partis auront pris des mesures préventives à cet égard. Je pense que le travail de l’AKP est beaucoup plus difficile.

La Marseillaise. Le candidat du CHP Muharrem Ince, s’il se qualifie au second tour, sera soutenu par toute l’opposition progressiste. Dans ce cas gagnera-t-il contre Erdogan?

Can Dündar. Si Erdogan ne gagne pas au premier tour, je crois que Muharrem Ince gagnera au second tour. Mais Erdogan fera tout pour gagner au premier tour.

La Marseillaise. Les sondages et l’actualité montrent que les voix du HDP seront décisives pour le résultat des élections. Est-il possible que le HDP ne puisse pas dépasser le seuil minimum de 10% ?

Can Dündar. J’imagine que le HDP peut rencontrer le souci de ne pas dépasser le seuil de 10%, voire je peux dire qu’il est dans une situation critique, selon moi la part des votes du HDP est autour de 10-12%. C’est pourquoi au moindre événement et s’il y a une quelconque action illégale, il y a un risque d’être sous le barrage. Pour moi, le fait que le HDP dépasse le seuil des 10% n’est pas important uniquement pour le HDP mais l’est pour toute la Turquie.

La Marseillaise. Comme vous le savez, Ahmet Sık, qui a démissionné du journal Cumhuriyet (la République), est candidat pour être député du HDP, comment interprétez-vous cela ? Si vous étiez actuellement en Turquie, souhaiteriez-vous être candidat ? Au sein de quel parti ?

Can Dündar. En réalité, nous sommes tous entrés en politique d’une manière ou d’une autre, c’est-à-dire que nous sommes maintenant dans une période où le journalisme, la politique et la société civile sont imbriqués. Il y a un feu dans notre pays et tout le monde s’efforce de donner de la voix de toutes les manières possibles afin de mettre un terme à ce feu. C’est la raison pour laquelle je respecte la décision d’Ahmet Sık. Si j’étais en Turquie actuellement, je ne pourrais pas entrer en politique, mais en prison, je n’ai pas l’intention d’entrer en politique. Je pense qu’avec le journalisme aussi il y a une importante dimension politique.

La Marseillaise. Si Erdogan perdait que se passerait-t-il en Turquie ? La Turquie se démocratisera-t-elle ou connaîtra-t-elle un nouveau coup d’État ?

Can Dündar. Pour moi, l’intention du peuple est importante, parce que si Erdogan gagne, la Turquie perdra immédiatement sur de nombreux plans. Comme c’est bien connu la Turquie est toujours ouverte aux surprises, bien sûr Erdogan sera prêt à tout pour ne pas perdre. D’un autre côté, l’union de l’opposition est très importante. Que ce soit chez les Kurdes, chez les Turcs, chez les Alévis, et en réalité dans tous les groupes sociaux, l’union qui se constitue éliminera toutes ces éventualités.

La Marseillaise. En tant que personne vivant en Europe quel est le point de vue général de l’Europe concernant Erdogan ? Les Européens souhaitent-ils qu’Erdogan s’en aille ?

Can Dündar. Il est difficile de parler d’une seule Europe, il y a différents Européens, il y a des partis de gauche, il y a des bourgeois, il y a ceux qui soutiennent les intérêts économiques. En réalité, tout le monde dans la population européenne souhaite qu’Erdogan s’en aille, mais il y a des accords économiques que les États européens ont conclus avec Erdogan, et il y a donc des pays qui ne veulent pas qu’Erdogan s’en aille.

Propos recueillis par Umut Akar avec Evîn Revessat (La Marseillaise, le 23 juin 2018)

Journaliste embastillé

Le 29 mai 2015 Can Dündar publiait dans le journal Cumhuriyet (la République) qu'il dirigeait alors, un article révélant la livraison de camions remplis d’armes à l’organisation terroriste Daech par les services de renseignements turcs MIT. Pour cette raison, Can Dündar, et son ami journaliste Erdem Gül, ont été arrêtés le 26 novembre 2015.

La Marseillaise avait alors pris position pour leur libération. Après avoir passé deux mois en prison, Can Dündar, par crainte pour sa vie, a profité d’une libération conditionnelle en juillet 2016 pour s’enfuir en Allemagne où il vit aujourd’hui.

La Marseillaise, le 23 juin 2018

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