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Migrants. L’Europe s’entête malgré les désastres

Jeudi et vendredi, un Conseil européen doit aborder la politique en direction des migrants. Un agenda imposé par l’extrême-droite italienne qui multiplie les provocations sur le sujet, mais aussi par l’opinion émue du sort réservé aux 600 passagers de l’Aquarius.

Le scandale de l’Aquarius, contraint de se rendre en Espagne avec plus 600 migrants à bord, a obligé les États européens à revoir l’ordre du jour du Conseil européen de jeudi et vendredi. La question des migrants revient sur le devant de la scène après que l’extrême droite italienne ait mis les pieds dans le plat en refusant de continuer d’accueillir les migrants sauvés en mer. La semaine dernière, le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini a renchéri en menaçant de mettre sous séquestre deux navires d’ONG secourant les migrants en mer. Rien de surprenant : l’extrême droite a toujours prospéré sur les politiques libérales qui créent de la misère et de la concurrence entre les peuples. Or, qu’a fait d’autre l’Europe sur cette question des migrants ? Les mots « d’unité » ont beau être dans de nombreuses bouches de dirigeants européens, la réalité est tout autre.

Des langues se délient à nouveau pour alerter sur la montée des nationalismes. Ainsi Emmanuel Macron et son discours enflammé de jeudi dernier à Quimper sur la « lèpre qui monte » en Europe, sur « la frontière fermée que certains proposent » et sur ceux qui « trahissent même l’asile ». La leçon a- t-elle été vraiment tirée ?

Revoir le règlement de Dublin qui impose de faire la demande d’asile dans le premier pays où le migrant est entré et qui a mis sur les épaules de l’Italie et la Grèce la gestion du problème ? Depuis 2015, le sujet est régulièrement mis sur le tapis sans jamais progresser. Les pays du groupe Visigrad (la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque et la Slovaquie) ont déjà dit non. Les faucons d’Italie, Autriche et Allemagne se sont déjà associés dans un « axe des volontaires » qui refusent une gestion plus solidaire de la question. Et qu’ont finalement dit d’autre Angela Merkel et Emmanuel Macron quand ils ont plaidé après leur conseil franco-allemand pour renvoyer « le plus vite possible » les demandeurs d’asile dans le premier pays où ils ont été enregistrés ?

Que dire de l’option avancée par le président du Conseil européen Donald Tusk de « plates-formes régionales de débarquement » pour les migrants secourus en mer hors du territoire de l’Union ? Avec le cynisme qui est le sien sur cette question, l’Europe veut débarquer les migrants en Tunisie ou en Albanie histoire de démontrer que la traversée ne vaut vraiment pas le coup puisque, à terme, elle ne mènera pas en Europe.

Avant même la discussion de fond qui doit avoir lieu au Conseil européen cette semaine, Parlement européen et Conseil de l’UE ont trouvé un accord mardi dernier pour renforcer Eurodac, la base de données sur les migrants. Parmi les mesures ajoutées : la possibilité d’abaisser l’âge pour relever les empreintes des mineurs à 6 ans. Pire, ils demandent aux Etats de légiférer pour définir le « degré proportionné de contrainte » qui « pourrait être exercé sur les mineurs, sous réserve de respecter leur dignité et leur intégrité physique ».

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 25 juin 2018)

Repère

3,1 millions de personnes ont demandé le statut de réfugiés en 2017 dans le monde. Premier pays demandé : les États-Unis.

973.415 demandes ont été faites en Europe. En 2016, il y en avait eu 1.106.405.

110.945 demandes d’asile ont été présentées à la France en 2017. 40.575 ont été acceptées. Eurostats a établi un « coefficient d’effort » en rapportant le nombre de demandes acceptées à la population du pays. En Allemagne il est de 3.945 réfugiés acceptés par million d’habitants. En Autriche, il est de 3.865, en Suède de 3.125. En France ? De 605.

Relocalisations ? Moins de la moitié des promesses tenues

Devant la vague de migrants à partir de 2014, la première réponse de l’Europe a été de proposer en septembre 2015 un plan de « relocalisation » pour répartir les demandeurs d’asile arrivés en Italie et en Grèce dans les différents pays. Après de nombreuses tergiversations, l’objectif fixé est très en-deçà des besoins : 160 000. Deux ans plus tard, le plan est interrompu, actant le refus des États à honorer leurs engagements. Seuls 46.000 réfugiés ont été relocalisés en Europe.

Hotspots ? Des centres de tri pour distinguer le « bon » migrant

Un dispositif imaginé en septembre 2015 pour « trier le bon grain de l’ivraie », séparer les demandeurs d’asile des migrants économiques. Cinq sont implantés sur les îles grecques et quatre en Italie. En 2017, Emmanuel Macron propose d’en créer en Libye avant de se raviser devant le tollé provoqué, les affrontements ravageant le pays interdisant d’imaginer un système sans danger. De petits « centres d’examen des demandes » ont alors été installés au Tchad et au Niger.

Accords bilatéraux. La fabrique de routes dangereuses

Plutôt qu’aider la Grèce à assumer la charge des migrants, l’Union européenne a imaginé une option pour repousser la charge sur un pays tiers. Donner de l’argent -3 milliards d’euros « reconductibles »- à la Turquie pour qu’elle les empêche de venir en Europe. Outre le problème éthique alors posé -la Turquie n’est pas considérée comme un « pays sûr » où renvoyer les migrants- cela a eu pour effet de provoquer de nouvelles routes migratoires encore plus compliquées et dangereuses.

La Marseillaise, le 25 juin 2018

Le droit à l’accueil piétiné par l’Europe

Avec sa morgue qui devient une marque de fabrique, Emmanuel Macron a déclaré que la France « n’a de leçons à recevoir de personne », car elle est « le deuxième pays d’accueil des demandeurs d’asile cette année ». Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois ! La réalité est que seulement 5.000 réfugiés venus par la Méditerranée ont été accueillis en France ces trois dernières années. L’Union européenne avait pourtant prévue de relocaliser 160.000 personnes à partir de la Grèce et de l’Italie. Seuls 35.000 l’ont été. Ces données sont à mettre en regard des quelque 24,5 millions de réfugiés qui trouvent refuge en dehors de l’Europe, au sein de pays moins riches à l’instar du Liban.

Une politique de fermeture aux efets ravageurs

Cette politique de fermeture aux réfugiés des pays européens a des effets ravageurs. Elle est directement à l’origine du développement du trafic d’êtres humains, les organisations criminelles ayant très bien saisi l’opportunité d’exploiter un tel « marché » qui est évalué par l’ONU entre 5 et 7 milliards! Cette politique dictée par la peur a aussi eu pour effet de donner des arguments aux extrêmes droite et aux populistes qui ont désormais le vent en poupe et dont l’idéologie imbibe jusqu’aux dirigeants français qui parlent, comme Gérard Collomb de « submersion » alors que le solde migratoire de la France est nul depuis trois décennies. Depuis 2015, l’UE a dépensé 15 milliards pour cadenasser ses frontières. Une somme qui aurait permis de financer 5.000 centres humanitaires si le choix de l’accueil et de l’intégration avaient été faits.

Françoise Verna (La Marseillaise, le 25 juin 2018)

Migrants. Six milliards dans la poche des maffias !

La politique de fermeture de l’Europe a pour effet de favoriser les trafics. Pour la première fois, l’ONU les a chiffrés. Sur les 30 grandes voies repérées dans le monde, trois sont en Méditerranée.

« Réorienter les missions de Frontex [l’agence européenne de garde-frontières] vers le sauvetage et l’ouverture de voies légales sans conditions » : c’est la proposition de Ian Brossat, chef defile des communistes pour l’élection européenne de 2019. Une exigence maintes fois formulées par les ONG qui interviennent auprès des réfugiés.

Des voies légales : la seule option pour ne pas contraindre les populations à prendre des risques insensés pour parvenir en Europe. Pour ne pas recenser 1.000 morts en Méditerranée sur les 6 premiers mois de l’année 2018 comme vient de l’annoncer l’ONU. Pour tarir le business des trafiquants. Car le premier effet des politiques sécuritaires est de favoriser les trafics.

Pour la première fois, le su- jet a été étudié par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) qui vient de publier les résultats. Le trafic de migrants a généré un revenu estimé à « 7 milliards de dollars pour les trafiquants » en 2016 (6 milliards d’euros). « La demande de services de contrebande est particulièrement élevée parmi les réfugiés qui, faute d’autres moyens, peuvent avoir besoin d’utiliser des contrebandiers pour atteindre une destination, fuyant leurs pays d’origine », campe le rapport.

2.150 dollars la traversée Libye-Italie pour un Syrien

L’ONU identifie trente grandes voies de trafics dans le monde. Trois sont en Méditerranée : de la Libye vers l’Italie, de la Turquie vers la Grèce, du Maroc vers l’Espagne. Des réseaux distincts amènent les personnes jusqu’au point d’embarquement et les font traverser. Le trafic entre la Libye et l’Italie est le plus lucratif et est estimé à 250 millions d’euros sur le total de 350 millions par an que représenterait le business sur les trois voies repérées en Méditerranée.

Rompue aux trafics en tous genres, l’organisation de l’ONU a repéré que ces trafiquants reprenaient les « routes traditionnellement utilisées par les contrebandiers de différents produits » et que le « trafic de migrants semble lié à celui de la drogue ».

Véritables « businessmen », les trafiquants « adaptent » leurs tarifs aux « moyens économiques des migrants ». Une traversée de la Libye vers l’Italie est ainsi facturée 850 euros à une personne de l’Afrique Subsaharienne quand elle est proposée à 2150 euros à un Syrien. Les « prestations » proposées diffèrent selon le client. Les conditions les plus rudimentaires et dangereuses sont proposées aux Africains. Les tarifs sont enfin fonction de la demande et de la « pression » officielle. La signature d’accord entre l’UE et la Turquie a ainsi eu pour effet de faire quasiment doubler les tarifs de traversée. Cet accord, passé en mars 2016, permet à l’Europe de refouler les réfugiés vers la Turquie qui reçoit en échange 1,5 milliard d’euros.

L’agence de l’ONU s’inquiète particulièrement de l’impact du trafic sur les enfants. En 2016, près de 34.000 enfants non-accompagnés sont arrivés en Europe. « Ce crime transnational s’attaque aux plus vulnérables des plus vulnérables », a déclaré Jean-Luc Lemahieu, directeur de l’analyse des politiques et des relations publiques de l’ONUDC. « C’est un crime mondial qui nécessite une action mondiale ».

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 25 juin 2018)

Cécile Dumas. « Il faut parler d'accueil, d'accès aux droits, de respect du droit international… »

Cécile Dumas est secrétaire départementale du PCF des Alpes-Maritimes et membre de l’exécutif national du PCF.

Il est fondamental d’expliquer un autre récit au sujet des questions migratoires qui sont sans aucun doute des questions politiques d’aujourd’hui et de demain. Il n’y a pas de crise migratoire mais bien une crise d’accueil des migrants et une mise en place de la part des états européens de politiques répressives de dissuasion migratoire.

Comment peut-on imaginer au 21ème siècle, dans un monde marqué par la mobilité et les déplacements, que seuls les capitaux et les marchandises auraient le droit de circuler ?

Comment imaginer dans ce même siècle que la seule réponse à la mobilité des humains serait la construction de murs ou des processus de sécurité des frontières à la fois extrêmement couteux et inefficaces ? C’est impensable et irresponsable ! Ce sont des choix politiques faits pour entretenir le sentiment d’insécurité, de désinformation, de peur de l’autre, de méfiance et permettre l’installation du discours ou de gouvernement populiste ou d’extrême-droite comme nous sommes en train de l’apercevoir en Europe ! Aucune société ne peut exister longtemps, sous peine de se déshumaniser et de nourrir des haines, en rejetant l’Autre qui appelle à l’aide.

Il est absurde de parler comme le fait M. Macron d’enfermement des migrants.

Il faut parler d’accueil, d’accès aux droits, de respect du droit international, de la convention des droits de l’enfant, d’élargissement du droit d’asile et du droit à la circulation pour toutes et tous !

Oui il est urgent de donner un autre récit des questions migratoires.

C’est le choix du Parti Communiste Français qui appelle les français à prendre la parole pour imposer d’autres choix et apporter des réponses alternatives, pour de nouveaux progrès, de nouveaux droits, pour porter des exigences à la hauteur des défis du 21ème siècle et du monde de la mobilité dans lequel nous vivons.

A quelques mois de l’adoption d’un pacte mondial pour les migrations sûres, ordonnées et régulières, initié par l’ONU, nous ne pouvons pas accepter que ce débat en Europe ne soit ouvert que par des discours sécuritaires.

Cécile Dumas (La Marseillaise, le 25 juin 2018)

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