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Migrants. Après l’Aquarius, le Lifeline refoulé par l’Europe

Le ministre d’extrême droite italien Matteo Salvini a décidé d’entraver les missions de sauvetage des ONG. Le navire allemand est dans l’impossibilité de débarquer les 234 migrants secourus. La France refuse de les accueillir.

Le scénario se répète. Après l’Aquarius, navire de SOS Méditerranée forcé il y a deux semaines à une longue et périlleuse odyssée jusqu’en Espagne, avec à son bord quelque 640 rescapés, c’est cette fois le Lifeline d’être mis en difficulté.

Ce bateau de l’ONG allemande éponyme naviguait hier dans les eaux internationales au large de Malte dans l’attente d’une décision diplomatique sur la direction à prendre après le refus de l’Italie et de Malte de le laisser accoster. Il transporte 234 réfugiés, dont 14 femmes et 4 enfants de moins de trois ans, secourus mercredi dernier.

Après le refus de l’Italie, Malte, mais aussi de l’Allemagne et des Pays-Bas, Axel Steier, représentant de l’ONG, a indiqué l’intention de l’équipage de solliciter l’accueil de la France.

« L’Europe regarde ces gens en train de dépérir »

Emmanuel Macron demeurant une fois encore singulièrement muet, c’est la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, qui s’est exprimée sur le sujet, opposant une fin de non-recevoir, se retranchant volontiers derrière les règles maritimes et aux antipodes de toute considération humanitaire. « La France rappelle le droit international : lorsque vous avez un bateau et que vous faites du sauvetage en mer, c’est le cas des passagers du Lifeline, vous les débarquez sur le port sûr le plus proche (...) c’est Malte ou c’est l’Italie », a-t-elle ainsi affirmé sur France 2.

« Le problème est que nous avons 234 personnes assises à bord d’un bateau de 30 mètres de long, tout près d’un pays développé et que l’Europe regarde ces gens en train de dépérir », déplore Axel Steier.

Dans le même temps, un autre bateau, le porte conteneurs danois Alexander Mearsk, attendait lui aussi l’autorisation de débarquer. Après avoir secouru vendredi 113 migrants, il était positionné hier à proximité du port de Pozzallo, au Sud de la Sicile. Samedi soir, quatre enfants et une femme enceinte avaient pu quitter le navire.

Quant à l’Aquarius et à l’Open Arms de l’ONG espagnole Pro Activa, situés au large de la Libye, ceux-ci se trouvaient dans l’impossibilité de mener leurs opérations de sauvetage. Conséquence directe du transfert de la coordination des opérations de secours, qui incombait jusqu’à ce week-end aux autorités maritimes italiennes, vers les garde-côtes libyens.

« Bloquer la migration »

Le ministre d’extrême droite de l’Intérieur italien Matteo Salvini entend purement et simplement mettre un terme à l’intervention des ONG. Et l’a clairement fait savoir en leur intimant l’ordre de « (laisser) les autorités libyennes faire leur travail de secours, de récupération et de rapatriement (des migrants) vers leur pays, comme elles l’ont fait depuis quelque temps, sans que les navires des ONG avides ne les gênent ou causent des troubles. »

Il n’a pas hésité à les accuser d’« (aider) les trafiquants d’être humains » et à menacer de mettre sous séquestre les navires qui accosteraient dans un port italien.

Outre la mise en péril de nombreux migrants dont découle la décision de Salvini, les ONG s’inquiètent également du sort de ceux qui seront sauvés. « Si la coordination revient aux garde-côtes libyens, toutes ces personnes seront renvoyées immédiatement en Libye », a dénoncé Laura Lanuza d’Open Arms. Or, tous les témoignages de réfugiés concordent pour évoquer « l’enfer libyen ». « (…) L’Italie a l’intention de les laisser entre les mains de la Libye, où les gens sont torturés, violés et réduits en esclavage », s’est indignée hier, via un tweet, Ada Colau, maire de Barcelone.

Il en faut plus pour émouvoir Matteo Salvini qui s’est rendu hier à Tripoli. Il y a formulé une proposition qu’il soumettra jeudi à ses homologues européens lors du sommet continental : « L’installation de centres d’accueil et d’identification au Sud de la Libye. » Sans faire mystère de l’objectif : « Bloquer la migration. »

La Marseillaise, le 26 juin 2018

Repères

1.000. Les garde-côtes libyens ont indiqué avoir sauvé quelque 1.000 migrants pendant le week-end, tandis que plusieurs navires humanitaires ou commerciaux attendaient hier une solution pour poursuivre leurs opérations de secours.

30. Le Lifeline se trouvait hier à 30 milles nautiques (soit moins d’une cinquantaine de kilomètres) des côtes maltaises.

28-29 juin. La question migratoire sera à l’ordre du jour du Conseil européen des 28 et 29 juin. Au programme : les « dimensions interne et externe de la politique migratoire, y compris (…) la réforme du Régime d’asile européen commun (RAEC) ».

La Marseillaise, le 26 juin 2018

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