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Aquarius. Cap sur Marseille pour une escale technique

A la suite du refus de Malte d’accueillir son navire de sauvetage, pourtant « vide », SOS Méditerranée a décidé hier de rejoindre la cité phocéenne. Une étape destinée au ravitaillement et au renouvellement des équipes.

Quelques jours seulement après avoir rejoint sa zone de sauvetage en Méditerranée centrale, l’Aquarius est une nouvelle fois contraint de s’en éloigner. Le navire affrété par l’ONG SOS Méditerranée a en effet pris la direction de Marseille hier. Il devrait vraisemblablement y parvenir vendredi. Il y demeurera quelques jours afin de se ravitailler et de procéder à une rotation de son équipage.

Une escale technique tout ce qu’il y a de plus banal, que le bateau effectue environ toutes les trois semaines. Traditionnellement dans le port de Catane, en Sicile, où la manœuvre n’a jamais été source de problème.

Sauf que le contexte s’est brusquement dégradé. Et qu’au regard d’un « climat politique qui n’est pas favorable aux ONG », SOS Méditerranée a décidé de ne pas gagner le port italien cette fois, explique Frédéric Penard, directeur des opérations. L’association ayant le souci de ne pas « cristalliser l’attention » sur cette étape et éviter ainsi le risque qu’elle ne se transforme en « un sujet de politique intérieure en Italie ».

« Pas une bonne nouvelle »

Aussi l’ONG s’est-elle adressée à Malte avant que l’île ne lui oppose, lundi soir, un refus pur et simple sans aucune explication. Situation qui suscite « la perplexité » des responsables de l’ONG qui « (espèrent) qu’elle n’est que temporaire et exceptionnelle », commente Frédéric Penard.

Après avoir examiné diverses éventualités telles que la Corse ou Toulon, SOS Méditerranée a finalement opté pour Marseille qui est apparue comme la solution la plus « facile » en termes de « logistique d’accès » et pour « l’entretien de l’équipement ».

Or, souligne le directeur des opérations, « ce n’est pas une bonne nouvelle » en raison notamment des frais supplémentaires occasionnés et du « gaspillage d’énergie » pour des équipes dont la mission est le sauvetage.

« Cela représente au moins cinq jours de voyage aller-retour. Quant à la durée d’une escale technique, c’est assez variable, mais en moyenne cela va de deux à quatre jours », poursuit-il. Soit autant de temps « où nous ne sommes pas sur la zone de sau- vetage, et ce alors qu’il n’y a déjà pas assez de bateaux ».

Le Lifeline qui accostera à Malte fera l’objet d’une enquête

La décision de Malte est d’autant plus incompréhensible que l’île a accepté hier que le Lifeline, navire de l’ONG allemande éponyme, ayant à son bord quelque 230 réfugiés, accoste sur ses côtes.

Il aura tout de même fallu près d’une semaine de tergiversations pour qu’une décision soit prise. Une semaine durant laquelle les dirigeants européens ne se sont guère souciés des conditions indignes dans lesquelles les rescapés étaient maintenus sur ce navire, en proie à la chaleur et à des problèmes d’hygiène.

C’est le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte qui a annoncé que le Lifeline est désormais autorisé à rejoindre le littoral maltais, sans toutefois préciser quand.

Surtout, les déclarations qui se sont succédé, loin de transpirer l’humanisme et la volonté d’accueil, se voulaient empreintes de fermeté. Le gouvernement maltais a indiqué que le Lifeline ferait l’objet d’une enquête, car il aurait, selon lui, « ignoré les instructions données par les autorités italiennes ». Un discours de criminalisation de la solidarité en mer également adopté par l’Italien Giuseppe Conte.

Les migrants seront, eux, répartis entre différents pays, parmi lesquels la France, l’Italie et le Portugal.

Solution italienne pour l’Alexander Maersk

Quant au cas du porte-conteneurs danois, l’Alexander Maersk, le dénouement a eu lieu dans la nuit de lundi à mardi. Après avoir secouru 108 naufragés au large de la Libye vendredi dernier, le cargo errait lui aussi, depuis, dans les eaux internationales. C’est dans le port de Pozzalo, au Sud de la Sicile, qu’il a pu débarquer.

Si le navire n’a initialement aucune vocation humanitaire, il est soumis au droit maritime qui impose de porter assistance à quiconque se trouve en danger en mer. Ce qu’il a naturellement fait vendredi matin lorsqu’il a reçu un signal de détresse. Palle Laursen, un représentant de la compagnie, a d’ailleurs souligné le « travail héroïque de l’équipage », qui se montre « très fier » de son action.

Un pied de nez aux comportements de repli des Etats, à leur indifférence au sort de ces naufragés et aux discours abjects désormais assénés au quotidien ?

Agnès Masseï (La Marseillaise, le 27 juin 2018)

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