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Election d’Erdogan. Des observateurs marseillais dénoncent la fraude

Une délégation marseillaise d’observation s’est rendue dans la ville de Suruç en Turquie pour suivre les élections présidentielle et législatives anticipées. Arrêtée par la police turque, elle fait état d’une fraude massive dans un contexte de terreur.

C’est au milieu des chars d’assaut et de milices armées, qu’Annick Samouelian et Joël Dutto pour l’association Solidarité et Liberté, ainsi que Marie-Christine Tisseyre de l’UD CGT 13 ont effectué leur mission dimanche dernier en Turquie. Accompagnés par un avocat du barreau d’Istanbul, ils se sont rendus dans la ville de Suruç, proche de la frontière syrienne, en tant qu’observateurs civils internationaux des élections législatives et présidentielle anticipées. Un processus électoral précédé de pléthore d’arrestations : 240 en seulement 4 jours, principalement de militants du HDP, parti démocratique des peuples, opposé au gouvernement Erdogan et pro-kurde.

Alors qu’un député suédois a été reconduit dans son pays dès son arrivée en Turquie, la délégation a pu constater des pressions sur les électeurs durant leur séjour. 97 villes sur 103 ont été mises sous tutelle afin d’être gérées par des représentants du gouvernement. La population était grandement incitée à voter AKP, parti présidé par Recep Tayyip Erdogan, témoignent-ils. Mais il y a pire.

Un climat de terreur

« Les candidats du HDP présents dans les bureaux de vote se faisaient expulser, ils étaient brutalisés et frappés. Des milices civiles armées investissaient les bureaux afin de vider les urnes et remplacer les bulletins. Le tout avec l’accord, si ce n’est le soutien, des autorités turques » explique Joël Dutto. Il qualifie le scrutin de frauduleux. « Plusieurs blindés et des véhicules de police entouraient les bureaux de vote et laissaient passer les milices civiles de l’AKP. L’accès aux bureaux nous a été interdit par les policiers » raconte Annick Samouelian.

La délégation a tenté de se rendre dans 7 bureaux de vote au total. Militaires et policiers étaient d’ailleurs présents « devant et dans les établissements , ils brutalisaient, frappaient et menaçaient de mort tout opposant au parti » rapporte Annick Samouelian.

Les délégués ont d’ailleurs constaté que le candidat de l’AKP Ibrahim Hallil Yildiz, ou « une personne étant identifiée comme son frère », étaient directement impliqués. « Deux personnes ont été touchées par balles et un par un coup de couteau après que le frère du candidat aurait crié "tuez-les" face à la résistance d’opposants dans l’école Kiz Iman Hatip Lisesi » décrit Joël Dutto. C’est devant cette école qu’ils ont assisté à des tirs de gaz lacrymogène. Des menaces de mort de la part des militaires à l’encontre d’une journaliste qui filmait la scène ont également été proférées. « On avait peur que ça tire à tout moment », confie Annick Samouelian. Devant une autre école, la délégation a été interceptée par les autorités et placée en garde à vue, sans motif légal. « Ils nous ont retiré nos passeports et signifié que nous étions placés en garde à vue ». Cette mise en détention provisoire intervenant au moment de la fermeture des bureaux de vote et du décompte des voix. Ils ont étés libérés 1h30 plus tard. « Le pire est à venir si la communauté internationale n’intervient pas » conclut Annick Samouelian.

Amaury Baqué (La Marseillaise, le 28 juin 2018)

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