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Migrants. Un accord à l’arrachée, et après ?

Contre toute attente, les États européens sont parvenus à un consensus sur la question migratoire lors du sommet de jeudi et vendredi. Mais des querelles n’ont pas tardé à émerger quant aux modalités, demeurant très loues, de mise en œuvre des propositions.

« Il est beaucoup trop tôt pour parler d’un succès. » La phrase lâchée vendredi par Donald Tusk, président du Conseil européen, est venue immédiatement relativiser les déclarations quasi-triomphantes de certains dirigeants européens.

Après une première journée de sommet de l’UE, jeudi, le président français Emmanuel Macron déclarait que « la coopération européenne l’(avait) emporté ». Tandis que le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, claironnait de son côté : « L’Italie n’est plus seule. » Celui-ci ayant ainsi renoncé à entraver la signature d’un accord.

Le chef du gouvernement populiste a vraisemblablement été séduit par des mesures qui tendent toutes vers un seul et même objectif : limiter au maximum le nombre d’arrivées de réfugiés.

Tournant indéniablement le dos à une politique d’accueil, les principaux points avancés sont en outre empreints de grandes incertitudes pour ce qui est des modalités de leur mise en application. C’est notamment le cas des « plates-formes de débarquement » pour les personnes secourues en mer. Si l’on sait qu’elles sont prévues hors d’Europe, on ignore en revanche où elles seront positionnées. D’autant que c’est peu dire que leur accueil suscite un engouement tout relatif. Sans compter que des doutes sont émis quant à leur conformité avec le droit international.

Boucler les frontières

Il en va de même des « centres contrôlés », destinés à faire le tri entre les naufragés qui peuvent prétendre au droit d’asile et ceux qui seront renvoyés dans leur pays d’origine. Leur implantation, basée sur le volontariat, est prévue sur le territoire européen, mais dès vendredi des États ont d’ores et déjà fait savoir qu’il n’était pas question de les envisager chez eux. C’est notamment le cas de la France qui a annoncé qu’elle « n’ouvrira pas de centres » car elle « n’est pas un pays de première arrivée ». Le président français, pourtant à l’initiative sur ce point, estimant que la proposition concerne ainsi l’Italie, l’Espagne et la Grèce.

Ce qui n’a pas manqué de donner lieu à une nouvelle passe d’armes avec l’Italien Giuseppe Conte. « Je démens. Macron était fatigué. Il n'est nulle part écrit dans l’article 6 (de l’accord) que les centres d’accueil en Europe doivent être dans des pays déterminés », a- t-il ainsi déclaré.

Un autre point ayant fait consensus réside dans l’augmentation des moyens financiers alloués à l’Agence de gardes-frontières Frontex. Le montant reste à déterminer, mais le message politique, lui, est clair : il consiste au renforcement du bouclage des frontières.

Autant de mesures qui continueront à se heurter à la réalité de ces milliers de personnes déterminées à fuir coûte que coûte.

Non seulement cet accord de façade a commencé à s’effriter quelques heures après son adoption, mais surtout il ne règle rien. La déclaration de Donald Tusk résonne d’ailleurs d’ores et déjà comme un aveu d’échec : « Nous avons réussi à obtenir un accord, mais c’est en fait la partie la plus facile de la tâche comparé à ce qui nous attend sur le terrain, quand nous commencerons à le mettre en œuvre. »

La Marseillaise, le 30 juin 2018)

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