Fédération des Pyrénées-Orientales

Fédération des Pyrénées-Orientales
Accueil
 
 
 
 

Porter la flamme de l’humanisme

Les images d’enfants migrants maintenus en cage et séparés de leurs parents à la frontière mexicaine sur ordre de Trump sont venues s’ajouter à celles de corps hagards en quête d’avenir sur les bateaux qui sillonnent la Méditerranée. Elles s’additionnent aux images de guerre, d’enfants mourant de soif et de faim sous le soleil d’Afrique, de ces femmes qui fabriquent les tee-shirts qui paradent sur nos écrans au rythme des matchs de la coupe du monde.

Ces images viennent en écho des existences broyées de celles et ceux qui, bien qu’ayant un travail, sont inscrits dans la colonne « pauvreté » des froides statistiques. Ceux-là même dont on réduit une nouvelle fois les aides au logement ou celles-là qui, après une longue vie de labeur, ne toucheront plus la pension de réversion. Bref celles et ceux dont sa majesté filmée en son palais a crié qu’ils coûtaient « un pognon dingue ».

La chaine des décisions cruelles contre les classes populaires d’ici ou d’ailleurs dessine la cohérence d’un monde qui abandonne chaque jour une part d’humanité. Les attaques contre les populations les plus fragiles forment un tout et la violence qui s’exerce contre les migrants est corrélée au niveau de violence antisociale qui frappe les populations européennes. Car il y a bien communauté d’intérêts entre le travailleur exploité et le réfugié, lui aussi hier travailleur en son pays. Il y a bel et bien cohérence entre la destruction de tous les ferments sociaux des nations, la prédation actionnariale, et le péril réactionnaire et guerrier qui s’en accommode parfaitement pour instiller la division. Le sinistre Trump ou ses épigones de la Lega italienne ou d’Europe orientale suffisent à le démontrer. Avec d’autres mots, ces mêmes ingrédients travaillent notre République dont les valeurs sont de plus en plus bafouées.

La cassure qui s’opère devant nos yeux a atteint un seuil trop critique pour sacrifier les valeurs d’humanité aux calculs stratégiques hasardeux. Sans sursaut humaniste, personne ne peut prédire où nous mènera l’engrenage qui, de peurs en désillusions, de divisons en fragmentations, encourage l’inhibition du corps social et l’empêche de s’unir pour relever les si nombreux défis du monde qui vient.

Nombreux sont en effet ceux qui souhaiteraient, comme s’en moquaient Marx et Engels, « faire tourner la roue de l’Histoire à l’envers », flatter les nostalgies, revenir à une situation prétendument idéale mais souvent fantasmée. Dans cet interstice du débat se niche la réaction la plus noire qui compte se refaire une santé sur l’effacement des historiques mais toujours bien présents clivages droite-gauche, capital-travail, exploiteurs-exploités.  Il y a danger ! Les exemples ne manquent malheureusement plus de confusionnistes qui désarment le peuple qu’ils prétendent représenter, tout en prenant soin d’opposer ses angoisses aux malheurs du monde.

Il n’y a pourtant pas d’autre choix que de dépasser la crise de civilisation et les peurs qu’elle engendre en pensant le monde en gestation et en agissant pour le transformer dans une perspective de progrès. Un monde multipolaire dans lequel chaque pays doit avoir voix au chapitre dans l’égalité, un monde de circulation des êtres humains libérée du marché capitaliste et régulée dans la coopération, un monde de coopération internationale aux objectifs sociaux et environnementaux, un monde des biens communs qui fasse la promotion de nouveaux services publics, un monde où les femmes gagneraient leur émancipation. Un monde d’humanité !

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 28 juin 2018)

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.

 
44 Avenue de Prades 66000 Perpignan Tél: 04.68.35.63.64