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Création d’emplois à la hausse. Avec + 0,3%, la France à la traine pour l'augmentation des salaires

L'institut annonce la plus forte hausse de créations d’emplois depuis 2007 et la plus forte baisse annuelle du chômage depuis 2008. 2017 signe-t-elle un retour massif vers l'emploi ? Pas sûr. Les indicateurs de précarité sont eux, au vert.

« L’emploi accélère et le chômage baisse davantage ». Voici le ton étonnamment positif de la « vue d’ensemble du marché du travail en 2017 » publiée, hier, par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Emploi et chômage sont un sujet majeur. « Je veux être le président du travail, je n’ai pas d’autres promesses », avait clamé Macron, dès décembre 2016, devant un parterre d’entrepreneurs. C’est ce qui justifie toutes ses mesures destinées à « assouplir le marché du travail », « favoriser l’investissement » et « transformer le droit du travail ».

Affirmant que 27,8 millions de personnes sont en emploi en France et que le taux de chômage est à 9,4%, cette « vue d’ensemble » reprend les données publiées en avril dernier par l’Insee dans sa « photographie du marché de l’emploi 2017 ». La nouveauté est dans les commentaires mis en avant : « la plus forte hausse de création d’emploi depuis 2007 », la « plus forte baisse en moyenne annuelle du chômage depuis 2008 » et un « halo autour du chômage » -personnes prétendant à un emploi, mais qui ne répondent pas aux critères pour être enregistrées comme chômeur- qui arrête enfin de progresser. A noter que 2017 signe un léger retour de la croissance, déjà revue à la baisse pour ce début 2018.

Pour autant, la situation invite-t-elle à l’optimisme ? Dans l’emploi salarié qui constitue 90% des cas, la part des CDI a encore diminué passant de 90 à 88%. Et pour cause. La part des CDD dans les embauches de 2017 était de 87% et parmi eux, 30% ne durent qu’un jour… L’intérim continue sa course folle : il a été multiplié par 5 en trente ans. Les temps partiels subis sont toujours aussi importants, frappant majoritairement les femmes (9,4%). Quant au sort réservé aux jeunes, la précarité reste la norme : moins d’un jeune sur deux est en CDI et le chômage des 15-24 ans a certes reculé entre 2016 et 2017 mais il reste bien au-dessus des 20%.

Les seniors ne sont guère mieux lotis. Ce sont eux qui portent la hausse du taux d’activité, une « hausse est imputable aux réformes des retraites successives et aux restrictions d’accès aux dispositifs de cessation anticipée d’activité », commente explicitement le document détaillé.

L’Insee attire également l’attention sur des « salaires qui accélèrent ». Elle souligne que c’est via l’accord d’entreprise que les hausses sont les plus importantes. Plus qu’avec les augmentations des minima conventionnels discutés au niveau de la branche ou de la revalorisation du Smic décidée au niveau de l’État. Cependant, cette « accélération » est pour le moins poussive : 0,30% de hausse moyenne. (L'inflation dépasse 1,4%). Si la France est la 6e puissance économique mondiale, cela ne se retrouve pas dans l’échelle des salaires. Une récente étude de l’OCDE montre qu’avec 38.513 euros de salaire moyen en 2017, Paris est loin derrière la Norvège (48.149 euros ), le Danemark (47.056 euros) ou l’Allemagne (41.802 euros). Pire, elle se retrouve à la 26e place quant aux perspectives d’augmentation des salaires en 2018. Entre précarité et faiblesse des salaires, on est encore très loin du « travail c’est ce qui paie, c’est ce qui émancipe » promis par le candidat Macron.

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 4 juillet 2018)

Repères

27,8 millions de personnes étaient en emploi en France en 2017.
341.000 emplois ont été créés en 2017, soit la hausse la plus forte depuis 2007.
87% des embauches l'ont été en CDD. L’emploi à durée limitée, qui regroupe les contrats à durée déterminée, les emplois intérimaires, les stages et contrats aidés et l’apprentissage, est à son niveau le plus haut depuis que cette mesure existe (1982).
30% des CDD durent un jour.

La Marseillaise, le 4 juillet 2018

« Face à l'emploi les mêmes inégalités s’accentuent » estime Camille Signoretto

L’analyse de Camille Signoretto, économiste spécialisée dans le domaine du travail.

Maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille, Camille Signoretto est membre du Laboratoire d’Économie et de Sociologie du Travail (LEST).

La Marseillaise. Plus de créations d’emploi et le taux de chômage le plus bas depuis 10 ans : l’année 2017 signe un tournant ?

Camille Signoretto. Ces deux éléments sont très fluctuants sur le long terme. Cela fait 25 ans que le chômage est supérieur à 7% pourtant il y a eu deux périodes où il est redescendu, entre 1997 et 2001, puis entre 2006 et 2008, avant de repartir à la hausse. Il en va de même pour les créations d’emploi qui sont très liées à la croissance, très fluctuante. Tout ceci est donc à prendre avec précautions.

La Marseillaise. L’important recours au CDD ne montre-t-il pas une précarisation du marché du travail plus qu’une reprise ?

Camille Signoretto. Oui et non. On voit, certes, une très forte hausse des CDD dans les embauches. Néanmoins, le CDI reste la norme. Ce qui est très inquiétant c'est le recours à des CDD de plus en plus courts. Mais c’est un phénomène mal connu et la Dares [centre statistique du ministère de l’Emploi] a lancé des projets de recherche pour en comprendre les ressorts et les effets sur les salariés. D’autant qu’il semblerait que ces CDD très courts concernent souvent les mêmes individus, y compris chez un même employeur. Cela correspondrait à une segmentation de plus en plus forte plutôt qu’une précarisation. Elle touche les personnes peu diplômées et les femmes majoritairement. Ce serait en fait les mêmes inégalités qui s’accentuent sur un certain nombre de personnes. C’est cela qu’il faudrait examiner et cibler.

La Marseillaise. Idem pour les temps partiels ?

Camille Signoretto. Le recours au temps partiel est plutôt stable depuis 15 ans. Ce qui augmente, c’est le temps partiel subi, qui touche d’abord les femmes et les jeunes. Et il ne concerne pas que les CDD, mais également les CDI. C’est important à préciser car il faut se garder d’opposer des groupes de salariés, avec les CDI qui seraient privilégiés par rapport aux autres. La Dares a montré que des CDI « fragilisés » -la peur de perdre son emploi- et en « sous-emploi » -temps partiel subi- existent.

La Marseillaise. Cette segmentarisation de l’emploi est-elle favorisée par Macron ?

Camille Signoretto. La flexibilité qu’il a voulu passe d’abord par la possibilité de licencier et s’attaque aux CDI présentés comme privilégiés. Son hypothèse est que la réglementation est un obstacle à l’embauche. Rien ne le prouve. Une autre option est de regarder la financiarisation des entreprises amenant un court-termisme qui se retrouve jusque dans la gestion de la main d’œuvre. De plus, toutes les entreprises n’ont pas ce type de comportements. Seul un groupe particulier les cumule. Il faudrait donc réfléchir à qui ils sont et comment modifier leur comportement. Ce n’est pas le cas.

Entretien réalisé par Angélique Schaller (La Marseillaise, le 4 juillet 2018)

En France, plus de 2 millions de travailleurs souhaitent changer d’emploi

2,3 millions de travailleurs souhaitent changer d’emploi. Les raisons sont diverses et dépendent souvent du statut du salarié. Une envie de changement qui aboutit peu. Explications.

Triste constat : près d’un actif sur dix, soit 2,3 millions de travailleurs en France, voudraient changer d’emploi en 2017 selon l’Insee. Le dossier publié par l’institut revient notamment sur les raisons qui poussent les employés à se reconvertir.

Plus d’une personne sur quatre souhaitant changer d’emploi recherche de meilleures conditions de travail. Les personnes âgées et les femmes sont les premières à invoquer cette raison comme motif de changement.

Changer d’emploi pour de meilleurs revenus est la seconde raison pointée du doigt par l’Insee. C’est le cas « d’un peu moins d’un quart des personnes souhaitant changer d’emploi », note le rapport. Ce qui est particulièrement vrai pour les ouvriers, les employés et les non-salariés, comprendre notamment les agriculteurs et les artisans entre autres.

La troisième raison à cette volonté de changement d’emploi est la stabilité. Un cinquième des personnes concernées veulent un emploi plus stable par crainte de perdre le leur. C’est surtout le cas pour les 15-24 ans, premiers touchés par les emplois précaires, tels que l’intérim ou les CDD de moins de 20 jours.

Des raisons qui difèrent principalement selon le type de contrat

Le type de contrat influe sur les raisons pour lesquelles les salariés veulent changer d’emploi. Les CDD sont deux fois plus nombreux que les CDI à espérer une alternative. Alors que les CDD représentent 87% des embauches en 2017, 30% de ces contrats durent 1 jour. D’où la nécessité pour 50% des actifs en CDD de rechercher un nouvel emploi plus stable. Alors que seulement 10% des actifs en CDI évoquent ce motif comme les poussant au changement.

En revanche, les CDI sont plus de 30% à rechercher des meilleures conditions de travail. Autre donnée étonnante de l’Insee, seulement 5% des actifs en CDD souhaitent changer d’emploi pour cette même raison.

Les non-salariés recherchent en priorité des emplois mieux rémunérés. Ils sont également les plus attirés par d’autres secteurs et d’autres métiers que les leurs.

Des envies d’ailleurs peu viables sur le court terme

Pourtant, dans les faits, très peu de personnes réussissent à changer de travail. En effet, 40% d'entre elles ont recherché activement un nouvel emploi au cours du mois précédant l’étude. Plus de trois mois plus tard, près de 78% n’avaient pas changé de poste, contre seulement 9%.

Le manque de temps est le frein majeur à la recherche active d’emploi. C’est le cas pour la moitié des actifs affirmant vouloir changer. Il est donc très compliqué de trouver des alternatives viables sur le court terme, selon l’Insee. À tel point que les actifs réussissent à trouver un autre travail « moins souvent que les sans-emploi souhaitant travailler », selon l’institut. De même que 12% de ces actifs souhaitant changer d’emploi, et qui sont en recherche, s’en retrouvent finalement privés.

Amaury Baqué (La Marseillaise, le 4 juillet 2018)

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