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Catalogne. « Prisonniers politiques » transférés : toujours incarcérés, mais chez eux

Six des neuf dirigeants indépendantistes ont rejoint des prisons catalanes.

« Très content de me retrouver à nouveau en Catalogne : la lumière en Méditerranée a une autre couleur, elle paraît plus jaune. Ce dont on nous accuse est faux, la liberté suivra ! ». C’est le tweet que le leader de l’Asemblea Nacional Catalana (ANC) Jordi Sanchez, a partagé sur les réseaux sociaux hier en milieu d’après-midi depuis la prison catalane de Lledoners à Sant Joan de Vilatorrada, où il était arrivé hier à 13h30 en compagnie de Jordi Cuixart, président de l’Omnium Cultural, de l’ex vice-président de la Generalitat Oriol Junqueras et de l’ex « ministre » Raül Romeva.

Un périple de trois jours

Le groupe de quatre dirigeants indépendantistes a fait son entrée à la prison de Lledoners, sous les ovations d’une cinquantaine de manifestants, à bord d’un fourgon aux vitres teintées, conduit par les Mossos d’Esquadra, au terme d’un périple de trois jours. Le transfert multiple de prisonniers est en effet passé par deux prisons madrilènes puis par une autre en Aragon, une quatrième à Lleida et enfin à Can Brians 2 à Barcelone où les Mossos d’Esquadra, ont pris la relève des Gardes Civiles, et ont conduit les quatre détenus au centre pénitentiaire de Lledoners.

C’est là que les « prisonniers politiques » poursuivront leur détention préventive jusqu’à la date de leur procès, prévu d’ici 5 à 7 mois. Un cortège portant des pancartes avec les portraits des détenus, et des slogans réclamant leur liberté, a parcouru la route menant de la sortie de l’autoroute AP7 à la porte de la prison de Lledoners, dont les kilomètres de garde-fous métalliques avaient été garnis de rubans jaunes et la chaussée couverte d’inscriptions revendiquant la liberté des leaders catalans.

Avant de se déplacer jusqu’au village de Sant Joan de Vilatorrada où se dresse la prison de Lledoners, les présidents du parlement Roger Torrent et celui de la Generalitat Quim Torra, entourés des élus de la majorité indépendantiste, ont prononcé des allocutions devant le Parlement. Quim Torra s’est interrogé : « Que font en prison neuf personnes innocentes ? », qualifiant « d’aberration » le fait de mettre derrière les barreaux « des démocrates pacifiques et honorables… ».

Accueil militant

À 16h30, l’ex présidente du Parlement Carme Forcadell et la « ministre » des affaires sociales du gouvernement de Puigdemont, Dolors Bassa, sont arrivées à leur tour, à la prison de Puig de les Basses à Figueres.

Là aussi, des groupes de manifestants ont accueilli les deux dirigeantes indépendantistes.

À 19 heures, deux cortèges s’ébranlaient en direction des deux prisons : l’un au départ du village de Sant Joan de Vilatorrada, avec en tête le président de la Generalitat Quim Torra, et de nombreuses personnalités -dont l’ex-président de la Generalitat Artur Mas-, et l’autre, au départ de Figueres en direction de Puig de les Basses, auquel se joignait le président du Parlement Roger Torrent, ce dernier ayant été autorisé à pénétrer dans l’enceinte carcérale pour y saluer celle dont il a pris la relève à la tête du Parlement, Carme Forcadell, ainsi que la députée et ex-ministre Dolors Bassa. Ensemble.

Les trois détenus non encore transférés -Joaquim Forn, Jordi Turull et Josep Rull- devraient rejoindre leurs camarades à la prison de Lledoners aujourd’hui ou demain. Les six reclus partageront un espace commun, mais logeront chacun dans une cellule individuelle.

En réponse aux critiques du Partido Popular et de Ciudadanos qui accusent le nouveau chef du gouvernement espagnol d’avoir conclu un « pacte » avec les leaders indépendantistes en échange de son élection, Pedro Sánchez insistait hier sur le fait que l’opération de rapprochement des détenus de leurs familles, n’était que le résultat d’une « obligation légale ».

Joana Viusà (L’Indépendant, le 5 juillet 2018)

Symboles

Pedro Sanchez affirme sa différence. Le nouveau chef du gouvernement espagnol a décidé de prendre le contre-pied de son prédécesseur Mariano Rajoy sur deux dossiers propres à lui assurer une certaine légitimité européenne : la question catalane et les migrants. Mais dans un cas comme dans l’autre, sa marge de manœuvre est compliquée. En décidant d’accueillir les réfugiés de l’Aquarius à Valence, il s’est construit un début de stature à l’échelle européenne. Il a pris le contre-pied du gouvernement espagnol, montrant à la France et à l’Allemagne qu’il pouvait jouer un rôle d’appui. Hier, 60 nouveaux migrants étaient accueillis à Barcelone. Autre symbole, important, celui-ci en terme de politique intérieure, le retour de prisonniers en Catalogne est un geste d’apaisement. Mais Pedro Sanchez peut difficilement aller plus loin. Au sein de son propre parti, nombreux sont les opposants à l’indépendantisme catalan, levier pourtant essentiel de sa majorité. Celle-ci a été constituée essentiellement contre Mariano Rajoy, ce qui la rend de plus en plus fragile à mesure que les difficultés politiques vont arriver. En attendant, il se positionne sur les symboles.

Pierre Mathis (L’Indépendant, le 5 juillet 2018)
 

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