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En Espagne, le drame des migrants s’invite dans les agendas politiques

Le bateau de l’ONG « Open Arms » a accosté à Barcelone, cette semaine.

Pur coup de communication ou réelle stratégie politique ? Sur la question migratoire, le socialiste Pedro Sanchez a fait parler de lui il y a un peu plus de deux semaines en autorisant l’arrivée du bateau Aquarius et ses 630 migrants à s’amarrer au port de Valencia. Puis de nouveau lors de sa rencontre avec la chancelière Angela Merkel, au cours de laquelle il aurait proposé que l’Espagne prenne en charge des migrants actuellement en Allemagne. Absente des discours de Mariano Rajoy et de la droite au pouvoir jusqu’à il y a un mois, la thématique migratoire serait-elle devenue l’une des priorités de l’agenda politique espagnol ?

Barcelone : « port sûr », ville-refuge

Cette semaine, c’était au tour de Barcelone d’accueillir 60 nouveaux migrants, sauvés de la noyade au large des côtes libyennes par le bateau « Open Arms » (à bras ouverts), de l’ONG catalane éponyme. « Depuis le changement de gouvernement, nous avons retrouvé l’espoir de pouvoir collaborer efficacement sur l’accueil des personnes. Il faut maintenant que cette amélioration soit accompagnée d’une politique migratoire structurelle », a résumé la maire de Barcelone Ada Colau, ce mercredi, à l’attention du gouvernement central. C’était lors de la conférence de presse donnée à l’occasion de l’arrivée d’Open Arms au port de la capitale catalane. Une réunion publique où État espagnol, Generalitat et mairie de Barcelone se sont félicités d’avoir travaillé main dans la main pour permettre ce dénouement. Après des mois de vives tensions politiques, la photo de cette union sacrée entre les trois administrations ne relève pas de l’anecdote. En s’auto proclamant « port sûr », Barcelone assume de son côté le rôle de ville-refuge (ciutat refugi), qu’Ada Colau avait inscrit au rang de priorité dès les municipales de 2015. En mai prochain, la maire « indignée » se présentera peut-être à sa réélection et ses promesses sont d’ores et déjà scrutées à la loupe. « Nous avons besoin de nouvelles garanties sur certains points forts : les papiers sans contrat de travail, le recensement sans logement fixe, la fermeture des centres d’enfermements de migrants... », énumèrent Najat et Vivianne, deux activistes barcelonaises. Un sujet capital dans une ville où un habitant sur trois est né hors du territoire espagnol.

« Judiciarisation systématique » des ONG

L’accueil dans son pays d’origine du bateau du bateau « Open Arms » est la conséquence des déboires connus par cette ONG - la seule espagnole mobilisée en Méditerranée. Menacés par les garde-côtes libyens, qui les sommaient de ramener les migrants « repêchés » sur le rivage, les membres de l’équipage ont également été menacés par la justice italienne, qui les a accusés, en mars dernier, d’« association de malfaiteurs en vue de favoriser l’immigration clandestine ». Oscar Camps, secouriste professionnel, fondateur et porte-parole d’« Open Arms », a dénoncé cette « judiciarisation systématique dont souffre notre équipe ».

La semaine dernière, le nouveau gouvernement italien anti-immigration a refusé d’ouvrir les portes de l’un de ses ports au bateau « Open Arms », contraignant l’équipage et les migrants à une attente angoissante puis à voyager trois jours durant pour gagner la péninsule et Barcelone. « Évidemment, on ne peut que se féliciter de cette réponse face l’urgence dans laquelle se trouvait "Open Arms". Mais cette situation n’est absolument pas viable. Les bateaux des ONG ne peuvent pas venir des côtes libyennes jusqu’en Espagne, explique Cristina Mas, journaliste au quotidien catalan Ara. C’est insoutenable d’un point de vue pratique car la distance rend le trajet beaucoup plus long ! Aller-retour, cela fait une semaine de navigation. C’est donc une semaine d’opérations de sauvetage en mer de perdue. Ajoutons à ça le prix, environ 7.000 euros par jour… » Les ports espagnols ne sont donc pas la solution miracle pour les bateaux des ONG qui ne peuvent plus amarrer en Italie. La péninsule constitue déjà une autre voie migratoire, depuis plusieurs décennies déjà, en provenance du Maroc. Reste que, plus que jamais et à moins d’un an des élections européennes, la question migratoire se trouve au centre des différents agendas politiques.

Fabien Palem (L’Indépendant, le 6 juillet 2018)

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