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Catalogne. Quim Torra, un indépendantiste radical pour gérer le dégel avec Madrid

Le président indépendantiste catalan Quim Torra, novice en politique désigné comme successeur par Carles Puigdemont, est un activiste de l'aile dure séparatiste à qui revient la lourde tâche de trouver un terrain d'entente avec le nouveau gouvernement espagnol de Pedro Sanchez.

Il y a à peine un mois et demi, alors que Quim Torra venait d'être nommé, Pedro Sanchez, qui n'avait pas encore évincé Mariano Rajoy du pouvoir grâce à une motion de censure, décrivait son interlocuteur de lundi -qu'il reçoit pour une réunion destinée à apaiser les tensions-, comme le « Le Pen de la politique espagnole ».

Le futur chef du gouvernement avait en tête une série de tweets et d'écrits de Quim Torra ces dernières années très offensifs contre les Espagnols.

Depuis son investiture, l'ombre d'un nationalisme excluant poursuit Quim Torra, accusé par ses détracteurs de se comporter davantage comme un activiste que comme un président régional, et de rendre des comptes à Puigdemont, qu'il appelle constamment et auquel il a déjà rendu visite deux fois en Allemagne.

« Vive la Catalogne libre ! » a lancé après son élection par 66 voix contre 65 ce père de trois enfants, qui a promis de travailler « sans relâche » à la construction d'une République indépendante.

Cet indépendantiste pur et dur a reconnu lui-même que son mandat n'était que « provisoire », jusqu'à l'éventuel retour de Carles Puigdemont qui attend en Allemagne que la justice se prononce sur une demande d'extradition de Madrid.

D'où les épithètes de « pantin », « homme de paille » et « marionnette » que lui a décernés la presse espagnole.

Depuis son arrivée au pouvoir, Quim Torra participe fréquemment aux manifestations indépendantistes et a fait installer sur le fronton du gouvernement régional un grand ruban jaune, symbole réclamant la libération des anciens dirigeants indépendantistes en détention provisoire, qu'il est allé voir en prison.

Il n'a pas hésité à qualifier la situation en Catalogne de « crise humanitaire » et à comparer l'histoire de la région à celle des Arméniens, victimes d'un génocide au début du XXe siècle.

« Suprématiste »

Même s'il n'a pas réactivé la vaine déclaration d'indépendance d'octobre dernier, il plaide pour un « nouveau premier octobre » en référence au référendum d'autodétermination illégal organisé ce jour là l'an dernier par le gouvernement séparatiste.

« Nous devons créer un autre 1er octobre » afin d'arriver « à l'indépendance de mon pays et de rendre effective cette République », a-t-il déclaré.

« Quim Torra est un dogmatique, un radical plus radical que Carles Puigdemont », affirme le politologue Fernando Vallespin, de l'Université autonome de Madrid.

Après une décennie d'activisme pour l'indépendance de la Catalogne, notamment à la direction des puissantes associations ANC et Omnium Cultural, Quim Torra a été élu en décembre député régional de l'hétérogène liste de Carles Puigdemont, Ensemble pour la Catalogne.

Le ton aimable et posé de cet homme à la forte carrure, large front dégarni au dessus de lunettes épaisses, contraste avec ses écrits récupérés par l'opposition, qui le traite de « suprématiste » et d’« ultranationaliste » catalan.

Dans une série d'articles en ligne, il traitait ainsi l'Espagne de « pays exportateur de misère » et qualifiait de « charognards, vipères et hyènes » ceux qui ne défendent pas comme lui la culture et la langue catalane.

Les Espagnols, qu'il présente comme des « occupants », « ne savent que spolier », avait-il tweeté en 2012. Les tweets avaient depuis été effacés mais conservés par ses adversaires.

« Je regrette que des tweets sortis de leur contexte, visant le gouvernement espagnol, aient pu offenser quelqu’un », a-t-il répondu.

Natif de la ville catalane de Blanes, sur la touristique Costa Brava, Quim Torra a fait une longue carrière au sein de la compagnie d'assurances suisse Winterthur, avant de fonder en 2008 la maison d'édition A Contra Vent, spécialisée dans la récupération de textes de journalistes catalans de la Seconde république espagnole (1931-1939) et de l'exil pendant la dictature de Francisco Franco.

Il a dirigé jusqu'en 2015 le Centre culturel du quartier barcelonais El Born, qui présente les ruines des remparts de Barcelone, prise par les troupes royalistes en 1714 lors d'une guerre de succession, comme la preuve de la perte d’«  indépendance » de la région.

L'Independant, le 9 juillet 2018

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