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Jack Ralite, un homme poétique et politique

En novembre 2017 disparaissait Jack Ralite. Le Festival d'Avignon a réuni tous ses amis pour passer " Une journée en sa compagnie ". Les amis étaient nombreux, le public aussi.

Olivier Py, le directeur du Festival a ouvert cette journée, enthousiaste, malgré ses détracteurs et quelques lieux que la mairie a retirés du festival, tel l'Espace Jeanne Laurent, ce qui ne manque pas de piquant. Il a évoqué deux grands noms du théâtre qui lui ont permis d'être ce qu'il est : Ariane Mnouchkine et Jack Ralite : « Il m'a montré une nouvelle forme d'engagement », affirme-t-il. En 1968, certains gauchistes attaquent avec virulence Jean Vilar. Ralite le défend avec force, le protège même physiquement : « Il cultivait l'idée d'une gauche au service du peuple à travers la culture. Du vrai peuple, pas celui auquel les médias essaient de nous faire croire. C'était un révolutionnaire qui a choisi la culture comme arme. Jean Vilar a créé le Festival d'Avignon, Ralite a donné tout son sens au Festival d'Avignon. »

Tous les intervenants se sont mis d'accord : cette journée animée et coordonnée par Marie-José Sirach, chef du service culture de l’Humanité, n'aurait rien d'un hommage. Ils étaient tous là : le professeur Serge Regourd, président de la commission Culture et audiovisuel de l'Occitanie, et Lucien Marest, adjoint à la culture d'Aubervilliers, banlieue autrefois maudite dont Jack Ralite a changé totalement l'image en 1965 en ouvrant le Théâtre de la Commune. Etienne Pinte a insisté sur son action en 2003, triste année où le Festival a été annulé, pour défendre les droits sociaux des intermittents du spectacle.

Karelle Ménine, auteur de « La pensée, la poésie et le politique », subjuguée par le dialogue qu'elle a entretenu avec Jack Ralite, le définit comme « un homme poétique et politique ».

On n'oubliera pas son acharnement dans la campagne du 1% du budget national. Il était convaincu que la culture était unpilierdelatransformation sociale dont il faut défendre le budget. Il s'est ensuite jeté dans la bataille contre la marchandisation de la culture, bataille gagnée avec la concrétisation du grand projet national des États-Généraux de la culture (1987) qui aboutit à une déclaration des droits à la culture.

Un catalyseur actif

Il se définissait, avec un brin de cabotinage, comme « Un communiste inconfortable » et désirait l'union de toute la gauche et même au-delà. Un rassembleur en quelque sorte, toujours par le biais de la culture, un catalyseur actif. On s'est étonné que le président Mitterrand ne l'ait pas nommé ministre de la Culture, mais ministre de la Santé. Il est vrai que Jack Lang, l'autre Jack, y a tenu une place efficace. En fait, ne fut-il pas le ministre de la Culture de tous les temps ?

Ce grand orateur s'adressait toujours à l'intelligence de son public. Il avait un sens de l'humour " populaire " au sens terrien de l'adjectif. Il allait voir les artistes, écoutait leurs revendications, leurs attentes, leur mal-être et aimait citer Antonin Artaud : « Un fou c'est quelqu'un qui dit des vérités que la société ne veut pas entendre ».

Serge Regourd rappelle sa terrible déception lorsque l'État décide de privatiser TF1. La pilule est dure à avaler, pour lui qui s'est battu contre un capitalisme plus vénal que culturel. Il a toujours défendu " L'exception culturelle " en affirmant : « La culture se porte bien, pourvu qu'on la sauve. » Oxymore ? pas vraiment. Les artistes, les créateurs débordent de projets, encore faut-il qu'on les protège contre la marchandisation. La culture n'est pas un secteur rentable, elle a donc besoin du soutien des politiques. Or, aujourd'hui, on nous ressasse qu'il faut baisser les dépenses publiques : la culture ne se trouve-t-elle pas en pre- mière ligne, et le théâtre en particulier ? L'exception culturelle ne doit pas être remplacée par la diversité culturelle. Derrière cette appellation très vague, on ne trouve aucun contenu juridique. Elle ouvre la porte à tous les égarements. Et Jack Ralite de mettre en garde : « Plus l'exeption culturelle recule, moins il y a de diversité culturelle. »

Culture ou marchandising ?

De plus en plus, notre culture se délite entre les mains des marchands. Le Festival Off en est la désastreuse photographie avec l'invasion des grosses productions, l'explosion des spectacles racoleurs, qui ont fait s'envoler les prix des locations, des restaurants et des hôtels, reléguant au rang des miséreux les compagnies soucieuses de créations.

Jack Ralite rêvait aussi que l'art ne connaisse pas de frontières… L'actualité mondiale lui aurait donné l'occasion de piquer une sacrée colère ! On la piquera à sa place en pensant à lui car des hommes comme Ralite nous manquent terriblement.

Jean-Louis Châles (La Marseillaise, le 13 juillet 2018)

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