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Coupe du monde de foot. Analyses

Frédéric Dabi : « Cette victoire des Bleus est un moment de consensus dans une France fracturée ».

Phénomène médiatique et sportif hors du commun, la Coupe du monde de football constitue-t-elle aussi un phénomène social ? Frédéric Dabi, directeur adjoint de l'Ifop répond aux questions de La Marseillaise.

La Marseillaise. Comme sondeur, avez-vous les moyens de mesurer l'influence réelle sur la population d'un événement sportif comme la Coupe du Monde ?

Frédéric Dabi. Il n'est pas si facile d'y répondre parce qu'il s'agit d'un exploit sportif bénéficiant d'une énorme couverture médiatique alors même que tout le monde ne s’y intéresse pas. Mais oui, l'événement a un réel impact social car lorsqu'on mesure les profils de celles et ceux qui suivent les matches, les fractures générationnelles et socioprofessionnelles s’écroulent. Ça ne peut pas ne pas avoir d’effet. Nous avons réalisé une enquête avant la victoire pour le JDD qui montre qu'un Français sur deux dit que l’épopée des Bleus a influencé son moral positive- ment. Donc il est clair que cela a un effet direct sur les populations. L'autre question, c'est celle de la durabilité. S'agit-il d'un phénomène durable ou d'une simple parenthèse enchantée sur le moral ?

La Marseillaise. Existe-t-il néanmoins des catégories sociales plus sensibles que d'autres à l'événement ?

Frédéric Dabi. Non, le seul clivage réel est indexé sur l’intérêt porté au football. On mesure dans les effets un écart entre ceux qui suivent en général ce sport et les autres. Et ce n'est pas fondé sur l'appartenance sociale puisqu'on en trouve 58% chez les ouvriers, 56% chez les cadres, 56% chez les employés. Seul bémol uniquement 41% chez les retraités. Mais disons que l'on a une France des actifs très homogène quand à l'effet positif qu'elle perçoit sur elle-même de ce type de prouesse sportive.

La Marseillaise. Les Français ont-ils de ce point de vue des attentes réelles ?

Frédéric Dabi. Je ne pense pas qu’il y ait des at- tentes particulières. Mais on pourrait dire que ça leur fait du bien à deux niveaux. D'abord il y a une dimension dérivative, c’est à dire « du pain et des jeux », on oublie les soucis du quotidien, mais ça a un caractère provisoire et passager .Ensuite, il y a un sentiment plus fort, c'est la fierté d'être Français. Donc, s'il n'y a pas vraiment d'attentes, c'est un moment de communion nationale, un moment où les barrières sociales semblent disparaître, un moment de consensus dans une société française qui est fracturée. Mais même si on oublie une loi qui déplaît, si on oublie pour un instant le quotidien... La réalité revient vite sonner à la porte.

La Marseillaise. En 1998, la Coupe du monde semblait avoir un contenu social plus fort, notamment avec cette fameuse France « Black-Blanc-Beur », qu'en est-il aujourd'hui ?

Frédéric Dabi. Je pense qu’on est plus du tout sur ce discours d'une diversité revendiquée. Les fractures se sont cristallisées, amplifiées. Le discours des joueurs lui aussi a changé. Il n'y a plus un Zidane qui parle de ses origines Kabyle ou un Karembeu représentant des Néo-calédoniens... Aujourd’hui, on constate au contraire que des joueurs comme Griezman, ou l'entraîneur Deschamps, mettent plutôt en avant la République, peut-être comme sparadras ou pansement. En tout cas comme moyen d'unir.. D'ailleurs cette France « Black-Blanc-Beur » n'était pas si ancrée que ça dans les esprits puisque moins de quatre ans plus tard c'est le 21 avril 2002 et le Front national au second tour de l'élection présidentielle.

La Marseillaise. Mais il semble néanmoins que 1998 résonnait plus fort dans l'esprit des Français…

Frédéric Dabi. Oui, c’était une autre époque. Il n'y avait pas Internet, il y avait au pouvoir une cohabitation politique, (Chirac-Jospin, ndlr) qui plaisait aux Français, mais surtout n'oublions pas que la compétition se tenait sur le sol national et les Français ont vécu pendant un mois au rythme du football. Pour conclure je dirais que malgré le bonheur qui est réel, car le football parvient à transcender les clivages, les Français font la part des choses.

Entretien réalisé par Frédéric Durand (La Marseillaise, le 17 juillet 2018)

Le jeu et la chandelle

Le football est un jeu. Et peut-être un peu plus. Avec leur victoire, les Bleus et leur jeu collectif ont soulevé les passions des supporters et au-delà d’eux, celle de tout un peuple.

Des dizaines de jeunes ont décidé, dès le lendemain de cette finale historique, de s’inscrire dans des petits clubs de Marseille et d’ailleurs, pour expérimenter à leur tour l’esprit d’équipe. Tout le contraire du mirage de la réussite individuelle distillé à longueur de discours depuis le sommet de l’État. Il y avait à cet égard, quelque chose de dissonant hier à l’Élysée à entendre Emmanuel Macron dire aux Bleus « ne changez pas ».

Sous le phénomène « Coupe du monde », pousse en effet un besoin très puissant de victoire collective. Il faut le reconnaître, hors des terrains sportifs, les occasions de fêter dans la rue pareils moments de gagne se font rares. Plus qu’un fait sportif, c’est un fait social.

Pour autant la Coupe de monde de football n’est pas que ce moment d’enthousiasme populaire. Dans un monde envahi par l’argent, elle n’échappe pas aux logiques prédatrices de ceux qui voient dans le sport, une simple machine à cash.

En recevant de la Fifa 32,2 millions d’euros, la fédération française de football est placée devant ses responsabilités et ses contradictions.

Quid du foot amateur ? Et des petits clubs de quartiers dont sont presque tous issus les nouveaux champions du monde ?

De la réponse à cette question dépend l’engagement sportif, mais aussi citoyen de ces dizaines de jeunes qui, hier, ont décidé de chausser les crampons. Le football est un jeu mais en vaut-il la chandelle pour les bénévoles, les entraîneurs, les passionnés ?

Le football est un jeu et, s’il ne faut pas vouloir tout lui faire dire, il dit beaucoup de notre société. Du ciment qui la tient comme des fractures qui la traversent.

Léo Purguette (La Marseillaise, le 17 juillet 2018)

Pascal Boniface. « Le football n’est pas l’opium du peuple »

Directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et auteur de plusieurs livres sur le football(*), Pascal Boniface livre sa lecture politique de la victoire de l’équipe de France.

La Marseillaise. Quel portée politique cette victoire peut-elle avoir pour la France ?

Pascal Boniface. Une telle victoire va forcément changer le regard de l’étranger sur la France. Elle renvoie l’image d’un pays confiant, compétitif et fraternel. On ne va pas mettre fin à la guerre ci- vile syrienne pour autant mais on peut s’attendre à ce que le prestige et la popu- larité du pays fasse un bond dans les mois prochains.

La Marseillaise. Vous parlez de prestige retrouvé, vous pensez que la France l’avait perdu ?

Pascal Boniface. À travers le foot, oui. La coupe du monde sud-africaine, le bus de Knysna et les différents scandales qui ont touché l’équipe de France donnaient l’image d’un pays qui ne fonctionnait pas, avec une équipe divisée, coupée de son public. Là, l’image est tout autre.

La Marseillaise. Doit-on craindre une récupération politique de la part du gouvernement ?

Pascal Boniface. C’est toujours tentant pour un gouvernement d’être associé à un succès sportif. C’est un instant de bonheur mais cette victoire ne va pas retirer la conscience politique et sociale des citoyens. Le football peut faire vivre des moments de bonheur intense mais ce n’est pas l’opium du peuple. Les gouvernements peuvent s’en servir comme un élément de softpower mais ce n’est pas une baguette magique non plus.

Marius Rivière (La Marseillaise, le 17 juillet 2018)

(*) L’Empire foot. Comment le ballon rond a conquis le monde (Armand Colin) et Planète football, avec David Lopez ( Steinkis).

Repères

32,2 millions d’ euros. C’est la prime de la Fifa gagnée par la fédération française de football à l’issue de sa consécration en temps que champion du monde. Grâce à un accord convenu entre la fédération et les joueurs avant le début du mondial, chaque Bleu devrait toucher 30% de cette somme autrement dit l’équivalent de 400.000 euros chacun. Une somme conséquente que certains ont décidés de donner, comme Mbappé qui compte reverser l’argent à une association.

70 millions d’euros déboursés par la chaîne de télévision TF1 ain d’obtenir les droits TV pour difuser en direct 28 aiches du mondial. Avec un pic de plus de 22,3 millions de téléspectateurs à l’occasion de la inale opposant la France à la Croatie, la première chaîne française devrait facilement rentabiliser son investissement. Sachant qu’en 2014, une dizaine de seconde de spots publicitaires pouvaient coûter quelques centaines de milliers d’euros. Les grandes marques avaient un coup à jouer.

400 millions d’euros récoltés en France par le secteur du pari sportif. Que ce soit les traditionnels Parions Sport ou Loto Foot en bureaux de tabac, ou bien les bookmakers en ligne tel que Betclic ou Unibet, le marché du jeux a explosé pour cette 21 ème coupe du monde. « Déjà sur la demi-finale France-Belgique, on a battu des records, on était au dessus de la inale de l’Euro 2016 », a expliqué vendredi dernier sur RTL Patrick Bufard, directeur général délégué de la FDJ.

0,2 point de consommation en plus pour la France. C’est ce qu’affirme Ludovic Subran, économiste en chef d’Euler Hermes. Soit 0,1 point de croissance supplémentaire, un dixième de point de croissance en plus cela ne parait pas très important pourtant cela devrait représenter environ deux milliards d’euros. Même si en 1998, la consommation avait progressé de 3,8 % contribuant pour les trois quarts à la croissance, la France était le pays organisateur ce qui est une situation différente.

La Marseillaise, le 17 juillet 2018

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