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Affaire Benalla. « Pas un individu, mais un système »

Membre de la commission des Lois, Stéphane Peu, député communiste, participe à l’enquête destinée à faire la lumière sur l’affaire Benalla. Non sans mal.

La Marseillaise. « Qu’ils viennent me chercher » : que veut dire cette formule de Macron dans le cadre de la Ve République ?

Stéphane Peu. La formule est tout d’abord choquante, indigne d’un président, abaissant la fonction. Elle a été prononcée à 300 mètres de l’Assemblée nationale, lors de la réunion d’un clan alors qu’il s’agissait de la première expression du Président sur l’affaire Benalla. À force de diriger le pays comme une entreprise, il a organisé une réunion force des ventes de ses VRP. Lorsqu’il y a une telle crise politique et d’État, le Président se doit de s’exprimer dans les lieux faits pour cela. Si la Constitution protège le Président de toute action judiciaire, les constitutionnalistes ont tranché : l’article 67 autorise son audition par une commission d’enquête. Nous ne nous interdisons pas de le demander mais pour l’heure, nous focalisons nos efforts sur les demandes d’audition de personnalités refusées par la majorité LREM.

La Marseillaise. Quelles personnalités ?

Stéphane Peu. Tout d’abord, le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler puisque nous avons eu confirmation que c’est lui, et lui seul, qui a été en contact direct avec Emmanuel Macron, en Australie au moment des faits du 1er mai. Il y a également Jean-Marie Girier, chef de cabinet de Gérard Collomb. C’est lui qui a fait entrer Benalla en Macronie et il aurait toujours des liens importants avec lui. Ce qui n’est pas rien puisqu’il est au ministère de l’Intérieur et que des questions se posent sur les demandes d’écoutes téléphonique, de port d’arme… Et il y a aussi Christophe Castaner,en tant que président de LREM. Car un salarié de LREM, Vincent Crase, était au côté de Benalla dans le cortège du 1er mai. Et enfin, Benalla lui-même.

La Marseillaise. Les supérieurs de Benalla lui montrent un soutien contradictoire avec ce que disent les syndicats de police auditionnés par le Sénat ?

Stéphane Peu. Cela ne me semble pas étonnant. Le Président de la République a donné le ton : Benalla a commis une faute mais c’était un homme très bien. Les interventions sont donc dans la même tonalité. Comme souvent, les syndicats en disent plus et de manière plus directe, que les pouvoirs officiels. Ce qui est sûr, c’est que nous ne parvenons pas à obtenir la note administrative attestant de la sanction que l’on nous dit avoir été prise par ses supérieurs à l’encontre de Benalla dès le 2 mai. Nous n’obtenons même pas une simple feuille de paie attestant des 15 jours de retenue de salaire(*).

La Marseillaise. Vous posez-vous toujours la question de l’existence d’un cabinet noir ?

Stéphane Peu. Je n’utiliserai pas ce terme mais les auditions montrent que l’affaire Benalla ne relève pas des simples errements d’un individu, qu’il s’agit d’un système et qu’il n’était pas seul. On connaît déjà Crase mais il semble que, dans la police, la préfecture de police, au ministère de l’Intérieur… se trouvaient d’autres personnes qui fonctionnaient en dehors de toute autorité hiérarchique. Il semble aussi qu’il y avait la volonté d’accroître le recours au privé pour des missions de sécurité.

La Marseillaise. Que dit cette affaire de la réforme institutionnelle suspendue ?

Stéphane Peu. Comment ne pas faire le lien entre cette affaire qui témoigne de l’hypertrophie du pouvoir et une réforme qui prétendait accroître la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme en affaiblissant le Parlement ? Ce qui vient de se passer a montré l’importance de deux pouvoirs pour équilibrer nos institutions. Celui des médias et celui du Parlement. C’est lui qui a imposé à la majorité la création d’une commission d’enquête. Au lieu de critiquer les députés, on ferait mieux de louer leur obstination, sans laquelle ces commissions n’auraient pas eu lieu. Si une conclusion provisoire doit être tirée dans cette affaire, c’est qu’il faut renforcer la capacité de contrôle du Parlement plutôt que l’affaiblir, et l’étendre à la présidence.

Entretien réalisé par Angélique Schaller (La Marseillaise, le 26 juillet 2018)

(*) Et pour cause... Auditionné par le Sénat, Patrick Strzoda a ini par avouer que « M. Benalla a touché pour le mois de mai son salaire intégral », ajoutant « en revanche, ses 15 jours de suspension feront l’objet d’une retenue sur les droits à congés ».

Palais de l’enlisé

Bravache, Emmanuel Macron lançait, mardi, devant ses fidèles, cette phrase inouïe : « Qu’ils viennent me chercher ». Hier soir, ce n’est pas encore lui que les enquêteurs sont venus chercher à l’Élysée, mais des éléments de preuves. Requise par le juge d’instruction, la présence d’Alexandre Benalla lui-même, ajoute au théâtral de la perquisition. Une première sous la Ve République.

De retour dans son bureau, l’homme par qui le scandale est arrivé a assisté à la fouille tardive des lieux quelques heures après la révélation d’une nouvelle contradiction dans la version donnée par le porte-parole de l’Élysée, Bruno Roger-Petit. Il avait en effet assuré que la mise à pied d’Alexandre Benalla était assortie d’une suspension de salaire. Or, devant la commission des Lois du Sénat, Patrick Strzoda, directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, a été obligé de reconnaître le contraire.

L’obstruction en marche

Du côté de l’Assemblée, c’est l’obstruction qui est en marche. Contre l’avis de 6 groupes politique sur 7, y compris celui Modem, composante de la majorité, les députés LREM ont repoussé la demande d’audition d’Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Élysée, qui sera en revanche sous le feu des questions des sénateurs, ce matin. Un signal de plus de la fébrilité du parti présidentiel.

Retranché dans son palais, plus enlisé que jamais, Emmanuel Macron s’est déclaré responsable. Qu’il le prouve à présent.

Léo Purguette (La Marseillaise, le 26 juillet 2018)

Macron déclenche la colère

Les propos du Président ont provoqué la colère des parlementaires. Les auditions montrent des propos contradictoires sur le « soldat » Benalla.

« Le seul responsable de cette affaire c’est moi (…). Celui qui a fait confiance à Alexandre Benalla, c’est moi (…) Celui qui a été au courant et a validé l’ordre, la sanction de mes subordonnées, c’est moi » : c’est par des fuites orchestrées autour d’une rencontre à huis-clos avec une poignée de députés LREM que les Français ont appris la position de Macron sur l’affaire Benalla. S’autorisant le terme de « trahison » pour qualifier les faits, il lâche un « ce n’est pas la République des fusibles ».

Une manière de faire qui a déclenché la colère. « L’affaire Benalla est devenue officiellement une "affaire Macron" puisque le président revendique en être "le seul responsable", tout en affirmant n’avoir à en rendre compte devant aucune institution », a commenté Pierre Laurent, secrétaire national du PCF. « C’est un président acculé, qui n’a pas d’autre choix que d’admettre, avant que la commission d’enquête lui fasse admettre, que tout remonte à l’Élysée », a renchéri le député PS Olivier Faure. Le député insoumis Alexis Corbière a, lui, accusé Emmanuel Macron d’avoir fait « le matamore », « bien protégé au milieu de ses amis ». À droite, le président LR du Sénat, Gérard Larcher, a réclamé que le chef de l’État s’exprime « devant les Français » et pas « dans l’entre-soi » d’En Marche.

Les auditions se sont poursuivies. Les hauts gradés de la police et militaires ont chanté les louanges d’un Benalla, « dévoué, disponible, efficace » (Colonel Lavergne, chef du groupe de sécurité de la présidence), « excellent spécialiste, pertinent, unanimement apprécié » (commandant militaire de la Présidence Eric Bio-Farina). Des propos à l’opposé de ceux des syndicats de police auditionnés par le Sénat qui ont dénoncé des « relations exécrables », une « confusion des genres », parlant même de « terreur » et « d’insulte ».

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 26 juillet 2018)

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