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Officines présidentielles et Constitution !

Fâcheuse concordance des temps ! Le Parlement devait à l’initiative du pouvoir discuter d’une révision constitutionnelle visant à renforcer considérablement le présidentialisme. Il en est empêché avec les révélations de cette affaire de nervi installé au cabinet de la présidence de la République. Ce scandale révèle les dérives d’un pouvoir ultra centralisé, entre les mains d’un tout petit groupe. C’est parce que ce faux policier et vrai cogneur de manifestants disposait de multiples passe-droit, exerçant en dehors de la loi commune, que cette affaire touche le président de la République. Les auditions de ministre et de préfets obligent à tourner les yeux dans cette direction.  Le pouvoir personnel ne peut qu’entraîner avec lui ce monde de parvenus croyant fermement pouvoir agir dans l’impunité permanente couverte par le sommet de l’Etat. C’est la République qu’on salit ainsi. C’est la politique qu’on déshonore. Cette sorte de privatisation du maintien de l’ordre a pour objet d’organiser un désordre pour décrédibiliser les mouvements sociaux. On a déjà connu des actions similaires par le passé. Voici l’un des effets du pouvoir marchant vers une monarchisation de la fonction, ignorant tous les contrepouvoirs, humiliant les syndicats, effaçant le Premier ministre, faisant fi du statut de la fonction publique et des corps constitués, sourd aux oppositions, méprisant la société laborieuse, les privés d’emploi et tous les gens de peu. Cette barbouzerie met à jour la volonté de contourner les services publics de sécurité en créant une officine parallèle. Elle met à jour la grande méfiance de la présidence de la République vis-à-vis de l’État qu’elle est censée diriger.

Le projet de modifications constitutionnelles vise à renforcer cette orientation. Le système de séparation des pouvoirs inscrit dans les textes disparaît dès lors que le chef de L’Etat veut répondre lui-même au Congrès. Cette entaille nouvelle contre la loi fondamentale revient à abaisser voire à éliminer le Premier ministre qui jusque-là est responsable devant l’Assemblée nationale qui peut le censurer. Neuf des dix-huit articles de la modification constitutionnelle concernent les deux assemblées. Huit limitent leurs compétences et pouvoirs, s’appuyant sur l’organisation depuis des années d’un antiparlementarisme suspect. L’objectif macroniste est de réduire d’un tiers au moins le nombre de députés et sénateurs. Cette décision combinée pour faire passer la pilule d’une part si minuscule de proportionnelle amenuisera encore le pluralisme politique. Ce pouvoir veut limiter le droit d’amendement. Il considère la discussion parlementaire comme un fardeau. C’est une lourde atteinte à la démocratie, même dans son acception « libérale », qui fonde la recherche d’un choix politique par les élus du peuple au terme d’une discussion contradictoire. Le changement de régime en cours aboutirait en fait à imposer à un parlement dépouillé de multiples pouvoirs des textes concoctés à la demande de la présidence de La République par de hauts fonctionnaires.  Au nom de la « seule politique possible » serait instituée une combinaison de la légitimité présidentielle et de la technicité administrative au service du monde des affaires. Il est temps de bloquer la marche vers la monarchie !

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 26 juillet 2018)

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