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Affaire Benalla. Le secrétaire de l’Élysée à la peine devant les sénateurs

« Une tempête dans un verre d’eau » a voulu relativiser hier Macron. Un secrétaire général de l’Élysée en pleine tempête plutôt. Alexis Kohler auditionné hier par le Sénat s’est retrouvé plusieurs fois mis à mal par les questions qui lui étaient posées.

« Il n’y a pas de police parallèle, pas de vigile privé et Benalla n’a jamais été en charge de la protection du président de la République » : c'est le message que voulait faire passer Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, lors de son audition, très attendue, hier par le Sénat.

La phrase est extraite de son propos introductif et sera déclinée tout au long de ses réponses. « La sécurité du président est toujours assurée par une des deux unités [le commandement militaire de l’Élysée et le Groupe de sécurité de la présidence de la République, le GSPR] où le personnel relève exclusivement soit de la police, soit de la gendarmerie » a-t-il ainsi martelé.

Mais il n’a pas convaincu, acculé par les questions à répétition de sénateurs très remontés. Il n’a pas convaincu car sa démonstration repose sur le fait que Benalla « n’avait pas de mission de coordination de sécurité » mais de « tout ce qui contribue à l’organisation d’un déplacement du président de la République ». « Il y a beaucoup d’autres dimensions » que la sécurité, a-t-il insisté citant, par exemple, la relation avec la presse.

Sauf que… Des documents disent l’inverse, lui oppose notamment la co-rapportrice Muriel Jourda. « J’ai sous les yeux ici l’arrêté de port d’arme de M. Benalla dans lequel il est indiqué clairement dans les considérants que ce port d’arme est autorisé du fait que M. Benalla est chargé d’une mission de police, dans le cadre de son action de coordination de la sécurité de la présidence de la République », a énoncé la sénatrice Les Républicains (LR). « Il ne peut y avoir deux définitions d’une fonction » a renchéri Philippe Bas, président LR de la commission des Lois, « celle qui relève d’une sorte de note de service interne et celle exposée à la préfecture de police pour demander une autorisation de port d’arme ». « Il y a là quelque chose de grave. On a un arrêté qui affirme que Benalla est chargé d’une mission de police, ce qui est en contradiction avec ce qui nous est dit par ailleurs », a insisté Jean-Pierre Lesueur, co-rapporteur socialiste de la commission d’enquête. Après s’être réfugié derrière un « je n’ai pas eu à connaître les modalités d’octroi du port d’arme de Benalla », Alexis Kohler a dû concéder un « j’en prends bonne note ».

Le salaire mystère

Ce n’est pas le seul « malaise » de la séance. Le secrétaire général a également éprouvé de la gêne quand un sénateur lui demande les fiches de salaire de Benalla pour avril, mai et juin. « Cela relève de l’organisation interne de la présidence » s’est-il retranché. Ce salaire reste pourtant un mystère. Si la presse avait d’abord fait état de 10.000 euros, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux avait revu le chiffre à la baisse lundi : 5.000 euros net. Hier, dans l’entretien accordé au Monde Alexandre Benalla a dit gagner « 6.000 euros net ».

Embarrassé, Alexis Kohler l’est toujours quand le sénateur LR François Pillet lui fait remarquer que les chargés de mission de l’Élysée « n’ont pas rempli leur déclaration d’intérêt et de patrimoine auprès de la Haute autorité de transparence de la vie publique », ce qui aurait permis de voir les liens éventuels avec des entreprises de sécurité.

Autant d’éléments qui ne font guère penser à « une tempête dans un verre d’eau », la phrase utilisée hier par Macron pour commenter l’affaire Benalla en marge d’un déplacement dans les Hautes-Pyrénées.

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 27 juillet 2018)

Benalla parle au « Monde »

C’est dans le journal qui a révélé l’affaire que Benalla a choisi de s’exprimer pour la première fois hier. Une interview fleuve où il reconnaît avoir fait « une bêtise », mais considère que l’attaque consiste surtout à « atteindre le président » et que, lui, n’est qu’un « maillon faible ».

Tirant à boulet rouge sur les syndicats de police et sur le groupe de sécurité de la présidence (GSPR), il affirme également qu’il n’a demandé la carte d’accès à l’hémicycle de l’Assemblée nationale que parce qu’il… « aime aller à la salle de sport »… située à l’exact opposé. Il parle aussi du « phénomène de cour » qui régit l’Élysée.

La Marseillaise, le 27 juillet 2018

Alexandre Langlois : « une république de passe-droits »

Conditions octroyées à Benalla, ses arguments de défense, les sanctions : tour de l’affaire avec le secrétaire général de la CGT Police.

La Marseillaise. Le salaire de Benalla à 6.000 euros, cela vous inspire quoi ?

Alexandre Langlois. C’est le salaire d’un commissaire divisionnaire, bien avancé dans sa carrière. Proposer un tel niveau de rémunération aurait sûrement aidé à attirer les gens dans les campagnes de recrutement que l’on mène. Mais salaire, appartement, alors que nous sommes logés dans des quartiers pourris, ou voiture, une Talisman, même les directeurs départementaux ne l’ont pas ! Cela provoque évidemment de la colère face aux deux poids-deux mesures.

La Marseillaise. Les débats focalisent beaucoup sur les missions de Benalla. Qu’elles étaient-elles ?

Alexandre Langlois. De sécurité, sans aucun doute. Il a continué le travail entamé durant la campagne de Macron, mais avec un poste crée pour l’occasion puisqu’il ne pouvait pas intégrer le Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) car il n’avait pas réussi le concours. Pour nous, c’est un vrai problème. Dans la constitution, la force publique est déléguée à la police et à la gendarmerie. Benalla, personne ne lui a rien délégué, si ce n’est Emmanuel Macron.

La Marseillaise. Que pensez-vous de la sanction ?

Alexandre Langlois. Là encore, c’est deux poids, deux mesures. Récemment, un collègue s’est faire prendre en train de frapper un migrant dans un tribunal. Il a été suspendu le temps de l’enquête. C’est normal. Là ? 15 jours. Il y a quasiment un an jour pour jour, il n’avait pas fallu longtemps à Macron pour virer le chef d’Etat Major des Armées, le général Pierre de Villiers. Un homme respectable avec une carrière derrière lui. Mais qui n’avait pas l’air d’être un ami du président. Cela fait vraiment penser à une république des passe-droits.

La Marseillaise. Que savez-vous de la restructuration annoncée du GSPR ?

Alexandre Langlois. Le GSPR transmet toutes les informations au ministère de l’Intérieur qui connaît donc absolument tout des faits et gestes du président. Ce que ne semble pas vouloir Macron. En février dernier, la ministre Jacqueline Gourault a reconnu des relations entre l’État et des polices privées. On ne savait pas d’où cela venait, maintenant, on commence à comprendre. Macron veut une garde privée qui l’émancipe du ministère de l’Intérieur.

La Marseillaise. Dans l’entretien au Monde, Benalla affirme être un citoyen qui a appréhendé un délinquant ?

Alexandre Langlois. L’article existe mais, en l’occurrence, c’est un citoyen déguisé en policier. Il y a une usurpation d’identité. Par ailleurs, il violente d’autres personnes. Ce qui, pour un citoyen, est passible de prison. Il se targue d’aider la police. Les CRS sont un corps dont le professionnalisme est reconnu. Il travaille en groupe et sont surtout gênés par la présence d’observateurs extérieurs. Il n’avaient certainement pas besoin d’un trublion.

Entretien réalisé par Angélique Schaller (La Marseillaise, le 27 juillet 2018)

L’incendie et le verre d’eau

En refusant de convoquer Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Élysée, pourtant auditionné hier par le Sénat, les députés LREM ont commis une faute. Ils ont pris la responsabilité de faire éclater la commission chargée de faire la clarté sur l’affaire Benalla en provoquant le départ des députés LR, FN, PS, FI et PCF. Elle était pourtant un fragile gage de confiance pour les Français choqués par les révélations successives.

Au Sénat, où LREM n’a pas la majorité, le travail se poursuit, mais les déclarations d’Alexis Kohler interpellent. En cherchant à minimiser l’affaire qu’il qualifie « de tempête dans un verre d'eau », ce très proche d’Emmanuel Macron ne fait qu’attiser le scandale.

Motion de censure

Les groupes parlementaires de l’Assemblée nationale, confrontés à l’impossibilité constitutionnelle de mettre en cause le président de la République, réfléchissent à sanctionner le gouvernement. Les groupes LR, PS et FI ont annoncé chacun leur volonté de présenter une motion de censure. Les députés communistes vont plus loin, ils rappellent de leur côté l’article 68 de la Constitution qui dispose que « le président de la République (…) peut être destitué (…) en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatibles avec l’exercice de son mandat. La destitution est prononcé par le parlement constitué en Haute Cour ».

La majorité et l’entourage du président de la République n’envoient, pour l'heure, aucun signe de nature à restaurer la confiance. Pire, par leur attitude désinvolte, ils accentuent la crise.

Difficile -il est vrai- d’éteindre un incendie avec un verre d’eau.

Léo Purguette (La Marseillaise, le 27 juillet 2018)

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