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Benalla. Pierre Laurent dénonce « un système de mensonge organisé »

Membre de la commission d’enquête du Sénat sur Benalla, Pierre Laurent (PCF) exhorte à ne pas enterrer l’affaire.

La Marseillaise. Pourquoi appeler à ne pas « enterrer l’affaire » ?

Pierre Laurent. Le chef de l’État fait comme si tout cela n’était que dû à l’excitation de quelques journalistes pour démontrer que la page peut être facilement tournée. Mais les faits révélés sont têtus et ils sont extrêmement graves. La question de l’organisation de la sécurité de l’Élysée et de la présence ou non de contractuels privés qui seraient au-dessus des lois reste posée. La responsabilité de ceux qui ont tenté d’organiser de cette manière les services de l’Élysée doit être éclaircie. Compte-tenu du sort réservé à la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, il faut se battre pour que la commission d’enquête au Sénat, qui a ouvert le travail pour six mois, puisse aller au bout de ses investigations.

La Marseillaise. Vous avez notamment prévu d’interroger Jean-Marie Girier sur lequel vous aviez déjà interpellé Gérard Collomb. Qu’en attendez- vous ?

Pierre Laurent. Chef du cabinet du ministère de l’Intérieur, cet homme détient la preuve que Gérard Collomb ment quand il dit qu’il ne connaissait pas Benalla. C’est aujourd’hui son plus proche collaborateur. Avant cela, il a été directeur de campagne de Macron et c’est lui qui a embauché Benalla. Ce que nous ne pouvons accepter en poursuivant ces auditions, c’est le système de mensonge organisé des différents protagonistes. Il ne vise qu’une seule chose : protéger le président de la République et refuser de mettre au jour le rôle direct qu’il a joué dans la protection dont a bénéficié Benalla.

La Marseillaise. Des motions de censure à l’Assemblée nationale ont été déposée par la droite et la gauche. Qu’en attendre ?

Pierre Laurent. La motion de censure n’est pas le véhicule idéal pour condamner la situation. Elle vise la politique gouvernementale or, ce qui est cause, c’est la responsabilité de l’Élysée. Il y avait une volonté de la droite de l’utiliser malgré tout. Les trois groupes de gauche ont discuté pour en déposer une commune parce que les motivations que nous voulons exprimer sont naturellement différentes, elle sera défendue par André Chassaigne. Mais ce n’est qu’un moyen d’exprimer notre mécontentement face à l’attitude du gouvernement. Elle ne permettra pas de faire aboutir nos exigences de vérité.

La Marseillaise. Si le président est protégé par la Constitution, il n’est pas intouchable ?

Pierre Laurent. Rien n’interdit son audition dans le cadre d’une enquête parlementaire. De plus, si des faits avérés au terme de la commission d’enquête mettent en cause le président de la République, l’article 68 permet d’utiliser la Haute cour pour l’entendre. Donc, même dans la constitution actuelle, il y a des pouvoirs de contrôle dont le parlement peut se saisir.

La Marseillaise. Que dit l’affaire sur les limites de la Ve République et des risques de la réforme voulue par le gouvernement ?

Pierre Laurent. Elle révèle très clairement le pouvoir exorbitant dont jouit le président dans la Ve République et les risques d’une utilisation abusive de ces pouvoirs. Ces risques existent déjà. Mais la révision constitutionnelle à laquelle veut procéder Macron cherche à pousser jusqu’au bout cette logique. Sa conception est simple : entre deux élections, le président doit disposer des pleins pouvoirs hors de tout contrôle démocratique. Ce système est dangereux pour la démocratie. Il faudra, à la rentrée, veiller à ce que le débat constitutionnel ne puisse pas reprendre sur les mêmes bases.

Propos recueillis par Angélique Schaller (La Marseillaise, le 28 juillet 2018)

Éclipse démocratique

Étrange phénomène observé dans la petite lucarne,vendredisoir. C’est sur un plateau de télévision qu’Alexandre Benalla est venu rendre compte de ses agissements après avoir accordé une interview au Monde la veille. Pourtant, la parole officielle l’avait dit et répété : pour ne pas interférer dans la procédure judiciaire en cours, Alexandre Benalla ne pouvait pas être placé sous le feu des questions. Impossible pour la commission des Lois de l’Assemblée nationale de l’entendre.

Les députés LREM, qui ont refusé à leurs collègues de l’opposition le droit de l’interroger, ont donc eux-mêmes dû suivre son intervention depuis leur canapé. Peut-on abaisser davantage la fonction de contrôle du Parlement ? Quel genre de dysfonctionnement peut conduire des représentants de la nation à se priver de leurs pouvoirs d’investigation et à se faire doubler par une chaîne de télévision privée ?

Écran de fumée

Audrey Crespo-Mara, qui n’a pas brillé par son audace en interrogeant Alexandre Benalla, a donc éclipsé Yaël Braun-Pivet, la transparente présidente de la commission de transparence.

Étonnant retournement quand, depuis des jours, la principale défense de la majorité se résume à invoquer une cabale médiatique.

Pour détourner l’attention, celui par qui le scandale est arrivé, est désormais sous les projecteurs. « Quand le sage montre la Lune, l’idiot regarde le doigt ». Peut-être l’entourage d’Emmanuel Macron croit-il au proverbe chinois.

Mal leur en a pris : les Français ne sont pas des idiots. Ils regardent l’Élysée et constatent l’éclipse démocratique en cours.

Léo Purguette (La Marseillaise, le 28 juillet 2018)

Ce que l’on sait -ou pas- sur l’affaire Benalla

Article 40. Pourquoi la justice a-t-elle été saisie si tard alors que tout le monde condamne des « actes graves » ? Parce que l’Intérieur a considéré que ce n’était pas de son ressort et l’Élysée qu’il n’avait pas assez d’éléments.

Sanctions. La carte majeure de l’Élysée : suspension de 15 jours avec retenue de salaire et rétrogradation. Sauf que… le salaire a été payé, la rétrogradation n’est pas prouvée, ni la suspension.

Mission. Le flou intégral. L’Élysée ferraille dur pour minimiser son périmètre de travail. Mais les auditions ont montré beaucoup de contradictions et laissent croire que Benalla travaille bien dans la sécurité.

Perception. Alors que les hauts gradés vantent les qualités professionnelles de Benalla, l’audition des syndicats de police a montré l’exact contraire, parlant de confusion et d’autoritarisme.

La Marseillaise, le 28 juillet 2018

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