Fédération des Pyrénées-Orientales

Fédération des Pyrénées-Orientales
Accueil
 
 
 
 

Arsène Tchakarian. Le dernier homme de l'Aiche Rouge

Avec la disparition d’Arsène Tchakarian, le groupe Manouchian a perdu son dernier membre. L’occasion de revenir sur l’histoire de ces immigrés morts pour que vivent la France et ses valeurs.

Dès sa naissance, Arsène Tchakarian est un survivant. Né durant le génocide arménien, il immigre à Marseille en 1930 comme bon nombre d’Arméniens grâce à un passeport Nansen d’apatride. Arsène Tchakarian devient ensuite ouvrier en région parisienne. « Il y avait déjà un contexte xénophobe en France dans les années 30. Dans les usines, les travailleurs immigrés sont encadrés par le PCF et, naturellement, vont se créer les Francs-Tireurs et Partisans - Main d’œuvre immigrée (FTP- MOI) qui, par la suite vont résister à l’envahisseur nazi », rappelle Astrid Artin-Loussikian, administratrice de l’Association pour la recherche et l’archivage de la mémoire arménienne.

Mourir pour la France

Lorsque l’Arménien Missak Manouchian, qui combat déjà les Nazis avec son ami Arsène Tchakarian, prend la tête d’un groupe de résistant, ses camarades viennent de partout. « On trouve des Polonais, des Italiens, des Espagnols, des Arméniens, etc… Certains n’ont même pas la nationalité française comme Arsène Tchakarian, qui ne l’aura qu’en 1958. Ce groupe symbolise le fait que l’immigration, la défense de la France et le patriotisme français ne sont pas des valeurs antinomiques », précise Ara Toranian, co-président du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France. Ce groupe de Résistants en symbole des valeurs de la France, un ressenti également perçu par Astrid Artin-Loussikian « ils n’étaient pas citoyens, mais ces immigrés se sont battus pour la France. Pour eux, cette terre était leur nouvelle patrie, ils se devaient de s’engager jusqu’à la mort. C’est important de s’en souvenir. »

Auteur d’une centaine d’actions, le groupe Manouchian voit une trentaine de ses membres se faire arrêter en novembre 1943. Vingt-trois sont condamnés à mort. Parmi eux, Missak Manouchian. Ils sont exécutés le 21 février 1944 et les Allemands se servent de leur mort pour publier une affiche de propagande dans laquelle ils présentent ces résistants comme étant des terroristes. Mais cette « Affiche Rouge » ne va pas avoir l’effet escompté. « Ces personnes ont montré que l’on peut être digne de la patrie par le sang versé et non pas que par le sang dont l’on a hérité », théorise Ara Toranian. La mort en martyr pour la France de ces étrangers, va frapper les Français, marquer un tournant dans la Résistance avec, pour conséquence finale, la libération de la France et de ceux qui ont lutté pour elle. Avec ou sans papiers.

Alan Bernigaud (La Marseillaise, le 7 août 2018)

Arsène Tchakarian, arménien immigré, communiste, résistant et historien

21 décembre 1916. Naissance à Sabandja (ex-Empire Ottoman).

1930. Immigre à Marseille avec un passeport d’apatride.

1940.  Entre en résistance avec son ami Missak Manouchian.

1958.  Naturalisé français pour ses exploits en tant que résistant.

3 juin 2005. Nommé chevalier de la Légion d’honneur puis Officier le 3 février.

2012. Enfin Commandeur le 14 avril 2017.

4 août 2018. Décède à Villejuif à l’âge de 101 ans.

La Marseillaise, le 7 août 2018

Louis Aragon leur dédie ce poème

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos morts pour la France
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand
Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses

Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

Louis Aragon, « Strophes pour se souvenir »

Pierre Laurent. « Il a été de tous les combats progressistes »

Tchakarian, le groupe Manouchian a perdu son dernier membre. Communiste convaincu et grand résistant, Arsène Tchakarian s’en est allé en laissant beaucoup, d’émotion à l’image de celle de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF. « C’est avec une très grande émotion et tristesse que j’apprends le décès d’Arsène Tchakarian. Il était le dernier survivant du groupe Manouchian et des FTP MOI », a-t-il tweeté suite à l’annonce de la mort d’Arsène Tchakarian. Après avoir rappelé les faits d’armes du résistant, Pierre Laurent a rendu hommage à sa vie d’engagements. « Arsène a participé à tous les combats progressistes de ce siècle avec son parti, le Parti communiste français. Issu d’une famille arménienne qui a du fuir le génocide, il n’a eu de cesse d’agir pour la reconnaissance du génocide et les droits du peuple arménien. Modeste et humble, c’est pourtant un grand homme qui nous quitte aujourd’hui que le Parti communiste est fier d’avoir compté dans ses rangs », a exprimé Pierre Laurent au nom du PCF.

Alan Bernigaud (La Marseillaise, le 7 août 2018)

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.

 
44 Avenue de Prades 66000 Perpignan Tél: 04.68.35.63.64