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Glyphosate. Les enjeux de la condamnation de Monsanto

La condamnation du géant agrochimique américain Monsanto par un tribunal de San Francisco aux États-Unis pour ne pas avoir informé de la dangerosité de ce produit, relance le débat en France et en Europe sur son interdiction. Tour d’horizon des enjeux.

C’est un coup de tonnerre qui pourrait accélérer l’interdiction du glyphosate, cet herbicide produit par la firme américaine Monsanto rachetée depuis par l’allemand Bayer : un tribunal américain a condamné, vendredi, le géant de l’agrochimie à payer une amende de 290 millions de dollars à un jardinier.

Les arguments du tribunal

Dewayne Johnson, jardinier américain de 46 ans estimait que les produits de Monsanto, notamment le Roundup qu’il avait abondamment vaporisé pendant des années, avaient entraîné son cancer et que la multinationale avait sciemment caché leur dangerosité. Les jurés ont déterminé que Monsanto avait agi avec « malveillance » et que son herbicide Roundup, ainsi que sa version professionnelle RangerPro, avaient « considérablement » contribué à la maladie de Dewayne Johnson. Pour ses avocats, Monsanto a fait passer ses bénéfices avant la santé publique en bataillant contre des études évoquant des risques de cancer autour du Roundup.

Un espoir pour les victimes ?

L’agriculteur Paul François, figure en France du combat contre Monsanto, a ressenti « beaucoup de joie » pour tout ceux qui se battent à travers le monde. « J’ai pensé à eux en me disant que cette décision allait les aider et leur donner beaucoup d’espoir », déclare le président de l’association "Phyto" victimes et auteur du livre Un paysan contre Monsanto. Le céréalier, lui-même en procès contre Monsanto, dit penser aux victimes des épandages de glyphosate en Argentine « souvent désespérées » « qui n’ont que leur courage pour se battre », aux Burkinabés « avec moins que rien » ou encore à « tous les agriculteurs qui ont développé les mêmes pathologies que ce jardinier américain ». « La décision américaine ne pourra pas faire jurisprudence en France mais les avocats pourront s’en servir dans leur argumentation », car « la décision américaine est argumentée ».

Hypocrisie de la France et de l’Union européenne

Le gouvernement français s’est empressé de qualifier d’« historique » le jugement américain et le ministre de la transition écologique Nicolas Hulot a évoqué le « début d’une guerre » contre les pesticides. Sauf que la promesse d’Emmanuel Macron d’interdire le glyphosate en 2021 n’a pas été mise en œuvre. En mai dernier, la proposition d’interdire le pesticide a été rejeté par la majorité en Marche au Parlement. La raison ? Le gouvernement veut trouver des solutions alternatives avant toute interdiction. Nicolas Hulot était absent des débats. L’Union européenne a pour sa part renouvelé l’autorisation du glyphosate pour cinq ans, fin 2017.

Bayer fait appel

La firme allemande de chimie, Bayer, nouvelle propriétaire de Monsanto, a annoncé qu’elle faisait appel du jugement, affirmant que le glyphosate est « sûr et non condérogène ». L’enjeu est financier : Selon l’agence Reuters, en 2017, les ventes de la division agricole du groupe Monsanto ont augmenté de 11%, essentiellement grâce à la hausse du prix du glyphosate. Quant à Bayer, ses bénéfices en 2017 ont augmenté de 62% (7,34 milliards d’euros) pour un chiffre d’affaires de 35 milliards d’euros.

Françoise Verna (La Marseillaise, le 13 août 2018)

Les réactions

Ian Brossat (PCF). « La bonne nouvelle du jour. Bravo à ce jardinier américain qui a traîné Monsanto devant les tribunaux. Grand temps qu’on mette cette sale boîte définitivement hors d’état de nuire ».

David Cormand (EELV). « La condamnation de Monsanto met en lumière la responsabilité de l’entreprise, mais aussi l’inertie des gouvernements qui n’ont pas protégé leurs populations ni la nature. Interdire le glyphosate, c’est nécessaire ».

Laurent Pinatel (Confédération paysanne). « Ce jugement, c’est une nouvelle fois la preuve que les pesticides sont dangereux pour la santé, des utilisateurs en premier lieu -et donc des paysans et des paysannes-, et puis par ricochet aussi de ceux qui consomment les produits. Le bannir nécessitera des moyens techniques avec la recherche (...) car les pesticides, c’est un outil de compétitivité dans la guerre économique ».

Suzanne Dalle (Greenpeace France). « La justice agit là ou le gouvernement n’est pas présent. Il faut que les citoyens continuent de se mobiliser pour que le glyphosate soit interdit en France et en Europe ».

La Marseillaise, le 13 août 2018

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