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Prades. 50 ans de luttes et l’espoir, enfin

UCE. Les pères fondateurs seraient fiers de voir (bientôt) se réaliser leurs rêves d’indépendance.

Il est des combats dont les héritiers peuvent être fiers. À l’heure où l’Universitat catalana d’estiu (Université catalane d’été, UCE), créée en 1968 par un groupe d’étudiants, : Grup cultural de la juventut catalana, autour de Miquel Mayol (ex-député européen et militant de base) s’apprête à célébrer, jusqu’au jeudi 23 août, ses 50 années d’existence en même temps que les nostalgiques de Mai-68, jamais l’espoir n’a été aussi prêt d’atteindre son but. L’espoir « de voir, enfin, une Catalogne libre et indépendante, où la langue catalane serait reine et Madrid, sa gouvernance et ses diktats, plus qu’un mauvais souvenir », pour certains des défenseurs les plus acharnés.

Et même si cette indépendance « n’est pas encore à l’ordre du jour, mais ressemble bien à un fruit mûr qui ne va pas tarder à se détacher de l’arbre et à tomber », comme l’a joliment imagé Joandomènec Ros, président de la fondation de l’UCE depuis 5 ans, la force d’y croire du peuple catalan est palpable, et bien ancrée désormais dans les esprits. En l’espace d’une année les mouvements protestataires se sont amplifiés, les débats multipliés, la solidarité s’est organisée. Et un homme aussi engagé et déterminé que Carles Puigdemont i Casamajó, l’ancien président de la Generalitat de Catalunya, est sorti du bois.

« Prades terre de liberté »

Vendredi, la seconde journée consacrée aux échanges, études et débats sur des thèmes chers au cœur des pères fondateurs, le gymnase du lycée Charles-Renouvier accueillait un public dense et attentif. À la tribune, entourant le président recteur de l’UCE, Jordi Casassas i Ymbert se côtoyaient des universitaires, des scientifiques et des élus originaires des pays catalans, heureux de se retrouver une nouvelle fois à Prades, berceau de l’UCE depuis 50 ans, « terre de liberté, de culture et de convergence » ainsi que l’a rappelé Corine de Mozas, adjointe aux écoles et à la catalanité.

« Une démocratie forte et digne »

Après l’émouvante interprétation par plusieurs chorales réunies, de trois chants traditionnels, très applaudis, et l’évocation douloureuse des attentats meurtriers de Barcelone en août 2017, les orateurs se sont exprimés dans le timing imparti. Et du discours de bienvenue de Corine de Mozas, représentant le maire de Prades (absent pour raison familiale) à celui d’Isabel Busquets, vice-présidente du gouvernement des Iles Baléares, en passant par le président-recteur ; Joandomènec Ros, Miquel Noguer, président de la députation de Gérone et Francesc Grau, secrétaire d’université de la Generalitat de Catalunya, on retiendra, en substance, le message suivant : « se mobiliser encore et encore, à l’égal des générations précédentes, pour la sauvegarde des valeurs essentielles que sont l’unité, la fraternité, le respect, la tolérance et la bienveillance, cinq piliers d’une démocratie forte et digne ».

Valérie Pons (L'Indépendant, le 19 août 2018)

À noter que jeudi 23 août, jour de clôture de l’UCE 2018, un hommage sera rendu par Joaquim Torra, l’actuel président de la Generalitait à Pompeu Fabra pour les 150 ans de sa naissance.

J. Ros : « 80% du peuple a voté au référendum en 2017 »

Joandomènec Ros, par ailleurs scientifique catalan de renom, est le président de l’Institut d’estudis catalans et président de la fondation de l’UCE. Il a répondu, dans un français parfait, à nos questions.

L’Indépendant. L’UCE fête ses 50 ans cette année. Que représente cet anniversaire pour vous ?

Joandomènec Ros. Je ressens d’abord de l’admiration pour tout le travail accompli. Ce demi-siècle de luttes et de mobilisation pour faire avancer la langue et la culture catalanes. Mais je mesure aussi le chemin parsemé d’embûches et la difficulté, année après année, de pouvoir atteindre cet objectif que nous sommes nombreux à viser : l’indépendance de la Catalogne.

L’Indépendant. Comment qualifieriez-vous l’année écoulée ?

Joandomènec Ros. À la fois ardue et riche en rebondissements. Ce fut en effet une année dure sur le plan politique et social, mais l’espoir est aujourd’hui à portée de main. Pour moi, cette indépendance tant attendue ressemble à un fruit bien mûr, prêt à tomber de l’arbre, et que nous sommes nombreux à convoiter. Vous savez, l’Espagne est, depuis 300 ans, telle un mélange d’eau et d’huile, et la diriger est une tâche impossible. On a peut-être commis une erreur dans la précipitation, en croyant que tout allait se faire « en un jour », arguant du fait que la Catalogne est le moteur économique de ce pays. Or, et d’autres l’ont dit avant moi, il faut laisser du temps au temps et surtout se donner les moyens d’y parvenir. Et puis, on a aussi sans doute manqué, quelque part, de soutiens (notamment celui de l’Union européenne).

L’Indépendant. Au sein de l’édition 2018, ressentez-vous une atmosphère différente due aux retombées du référendum d’autodétermination du 1er octobre 2017 sur l’indépendance de la Catalogne ?

Joandomènec Ros. Je dirai que c’est en effet une édition à double visage. Nonobstant, les difficultés matérielles rencontrées par les professeurs qui n’ont toujours pas pu être logés dans les nouveaux dortoirs et leurs cent lits à disposition du lycée Renouvier, nous vivons une Université catalane d’été « classique », avec la participation d’universitaires débattant et échangeant sur les thèmes habituels. Mais bien entendu on ressent cette année une certaine effervescence, un changement. Le référendum d’octobre dernier, avec ses 90% de « oui » obtenus dans un contexte tendu et en dépit qu’il fût déclaré illégal et annulé par le Tribunal constitutionnel espagnol, a ouvert une brèche, suscité une attente et redéfini un dessein à la Catalogne et aux Catalans.

Recueilli par Valérie Pons (L'Indépendant, le 19 août 2018)

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