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Uri Avnery, infatigable défenseur de la paix

Le journaliste israélien Uri Avnery, figure centrale du mouvement pour la paix avec les Palestiniens, qui avait été durement attaquée dans les années 80 pour avoir rencontré Yasser Arafat, est décédé dans la nuit de dimanche à lundi à 94 ans.

Grande voix de l’opposition à l’occupation israélienne des Territoires, avocat résolu de la création d’un État palestinien, Uri Avnery avait causé une tempête en recueillant en juillet 1982 ce qui est présenté comme la première interview de Yasser Arafat avec un journal israélien, Haolam Haze, qu’il dirigeait.

Il était à l’époque l’un des premiers Israéliens à rencontrer Yasser Arafat, alors considéré comme l’ennemi numéro un d’Israël. L’entretien avait eu lieu à Beyrouth, assiégée par l’armée israélienne.

Cible de la censure

Uri Avnery avait été soldat et avait même appartenu à une milice de droite avant de devenir une figure emblématique du camp de la paix avec les Palestiniens, en laquelle il a cru jusqu’au bout. Né Helmut Ostermann, ayant choisi plus tard le nom d’Uri Avnery, il est né en Allemagne en 1923, d’où il émigre vers la Palestine mandataire en 1933 après l’accession au pouvoir d’Adolf Hitler. Brièvement membre de l’Irgoun, le groupe clandestin armé de droite qui combat le mandat britannique, il s’engage dans l’armée israélienne après la création de l’État d’Israël en 1948. Il est blessé lors de la guerre israélo-arabe.

Patriote israélien se définissant comme « post-sioniste », il a longtemps éprouvé un véritable amour envers Tsahal avant de se désoler que « l’armée du peuple » ait été « corrompue par l’occupation » des Territoires palestiniens. En 1950, après sa démobilisation, il fonde Haolam Haze (Ce monde), hebdomadaire critique des institutions israéliennes. Il est la cible de la censure et d’attaques personnelles.

Fondateur de l’ONG Gush Shalom en 1994

Une bombe est placée au siège du journal en 1955, le seul de l’époque à ne pas être sous la coupe d’un parti. Il restera pendant 40 ans à la tête de Haolam Haze, publiant des enquêtes et des faits divers souvent sensationnels dans un style inconnu alors en Israël, tout en militant pour la coexistence avec la population arabe et en faveur de la création d’un État palestinien. « Nous n’étions pas plus de cent à travers le monde en 1949 à promouvoir cette idée », disait-il en 2011 de la création d’un État palestinien coexistant avec Israël, « aujourd’hui, le monde entier la soutient et c’est même le cas de la majorité des Israéliens ».

Engagé tout à la gauche de l’échiquier politique israélien, il est élu au Parlement en 1965. Il y passera 10 ans en tout. En 1994, il fonde une ONG pacifiste, Gush Shalom (Bloc de la paix), en marge des autres mouvements pacifistes car plaidant pour le droit au retour des Palestiniens et de leurs descendants sur les terres dont ils ont été chassés ou qu’ils ont fuies à la création d’Israël en 1948. Écrivain prolifique, il écrit une dizaine de livres, dont, en 2014, son autobiographie intitulée « optimiste ».

En 2011, il se disait consterné par l’évolution de la société israélienne. Mais il ajoutait rester « optimiste ». « Je crois à la capacité de ce peuple de changer de cap », expliquait-il.

Uri Avnery a reçu de nombreux prix internationaux, dont le Prix de la paix Erich-Maria Remarque en 1995. Le chef de la Liste Arabe Unie (opposition), Ayman Odeh, a salué la mémoire de « l’homme qui a dédié sa vie à la paix et à la création d’un État palestinien ».

La Marseillaise, le 21 août 2018

Israël aggrave le blocus de Gaza

Depuis dimanche, Israël a fermé son unique point de passage pour les personnes avec la bande de Gaza renforçant son blocus imposé à l’enclave palestinienne. Le bureau des affaires civiles de l’Autorité palestinienne à Gaza a confirmé cette mesure, exceptée pour les malades et les habitants devant retourner en territoire palestinien. Israël motive cette décision par « les incidents violents de vendredi ». Ce jour-là, deux Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens lors de manifestations le long de la barrière séparant Gaza et Israël. La bande de Gaza est le théâtre de manifestations depuis le 30 mars pour demander la levée du blocus et pour le droit au retour des Palestiniens qui ont été chassés ou ont fui de leurs terres à la création d’Israël en 1948. Au moins 171 Gazaouis ont été tués par des tirs israéliens depuis cette date.

Uri Avnery en juin 2018 : « Mon cœur est avec la population de Gaza »

Territoire enclavé entre Israël, l’Egypte et la Méditerranée, la bande de Gaza est soumise depuis plus de dix ans à un strict blocus terrestre et maritime par les Israéliens. Et ses quelque deux millions d’habitants sont tributaires des aides étrangères. Dans un de ses derniers textes, publié sur le site de Gush Shalom le 2 juin 2018, Uri Avnary écrit : « MON CŒUR est avec la population de Gaza. Je désire leur demander pardon en mon nom et au nom d’Israël, mon pays. J’attends le jour où tout va changer, le jour où un gouvernement plus sage acceptera une Houdna (un armistice, NDLR), ouvrira la frontière pour laisser la population de Gaza revenir au monde. Aujourd’hui aussi, j’aime Gaza de l’amour dont la Bible dit qu’il est aussi fort que la mort. »

La Marseillaise, le 21 août 2018

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