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Union sacrée autour de la famille albanaise menacée d’expulsion

Associations, syndicats, partis de gauche et catholiques plaident d’une même voix en faveur de migrants albanais.

Hier matin, une centaine de personnes se sont rassemblées à l’appel du comité de soutien aux sans-papiers devant l’hôtel perpignanais où la famille Mitaj est assignée à résidence. Objectif : s’opposer à l’expulsion programmée de ce couple d’Albanais déboutés du droit d’asile et de leurs deux enfants de 10 et 16 ans. Les hommes de la police aux frontières (PAF) sont finalement repartis bredouilles. La famille a refusé de les suivre et certains manifestants étaient prêts à s’interposer physiquement en cas d’expulsion forcée.

Les profs de Pons montent au créneau

La foule réunie pour l’occasion était particulièrement hétéroclite. Les membres du comité de soutien aux sans-papiers, auquel adhèrent plusieurs associations, syndicats et partis politiques de gauche, étaient bien sûr de la partie. Mais il y avait aussi une grosse délégation composée d’une trentaine de professeurs du collège Pons, au sein duquel l’un des enfants de la famille, la jeune Amarilda, 16 ans, vient d’obtenir son brevet avec mention Très Bien. « Je n’appartiens à aucune association ni à aucun syndicat », souligne l’enseignant en histoire-géo Sébastien Saqué. « Je suis là car je pense qu’il y a une réelle injustice. Il s’agit d’une famille qui a un vrai désir d’intégration. » La professeur de maths Sabrina Nouni renchérit : « En plus, il y a une preuve matérielle irréfutable des risques qu’ils encourent s’ils retournent en Albanie (un article de journal relatant la tentative de meurtre dont a fait l’objet le père de famille, NDLR). On ne comprend pas que cette preuve ne soit pas prise en compte. »

Les clarisses et l’évêque au soutien

Plus étonnant, quelques religieuses issues de l’ordre des clarisses, ainsi que des membres du Secours catholique se mobilisent aussi autour de la famille albanaise, qui s’implique dans les activités de l’association. « On est là pour éviter que ces gens soient expulsés alors que le père risque de mourir s’il retourne en Albanie, martèle une responsable du Secours catholique. On connaît cette famille. On a tissé des liens forts avec eux. Ce sont devenus des amis. Les enfants sont bons élèves. Il est inadmissible qu’on ne leur donne pas la possibilité de vivre et de travailler ici. »

S’il n’était pas présent hier matin, l’évêque du diocèse de Perpignan-Elne, Norbert Turini, a lui aussi tenu à apporter son soutien à la famille menacée d’expulsion. « Amarilda a effectué sa confirmation cette année, expliquent les services de l’évêché. Comme tous les confirmés, elle a écrit une lettre à l’évêque. Dans celle-ci, elle raconte son histoire, elle explique ce qui s’est passé en Albanie. L’évêque s’en est souvenu et s’en est ému. En tant qu’homme de foi, il ne pouvait pas rester insensible face à une telle situation. C’est pourquoi il a transmis cette lettre à la préfecture afin qu’elle soit versée au dossier. »

En parallèle, la pétition lancée lundi en faveur de la famille Mitaj sur Internet avait déjà récolté hier soir plus de 4.800 signatures.

Arnaud Andreu (L'Indépendant, le 30 août 2018)

« Ce n’est pas une victoire, mais on a gagné du temps »

Le comité de soutien aux sans-papiers se déclare satisfait de l’ampleur de la mobilisation d’hier matin. Mais le combat pour obtenir la régularisation de la famille Mitaj n’est pas encore gagné. Loin de là. « Hier après-midi, les hommes de la police aux frontières les ont entendus afin de connaître les raisons pour lesquelles ils ont refusé de partir », explique le vice-président de l’Association de solidarité avec tous les immigrés, Gabriel Llesta. « Ils les ont laissés ressortir, mais ils peuvent leur adresser une nouvelle feuille de route (le document spécifiant la date et les modalités du renvoi dans le pays d’origine, NDLR). Et la prochaine fois, ils risquent d’intervenir manu militari… » Si la victoire n’est pas à l’ordre du jour, la mobilisation a permis au comité de soutien, dont fait notamment partie le Réseau éducation sans frontières (RESF), de gagner du temps. « Nous allons certainement organiser dans les prochains jours une nouvelle manifestation et demander à rencontrer le préfet », indique Gabriel Llesta. En attendant, les Mitaj restent assignés à résidence. Pour mémoire, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a refusé par deux fois d’accorder le droit d’asile à la famille, car il estimait que les preuves des risques encourus en cas de retour en Albanie n’étaient pas suffisantes. La Cour nationale du droit d’asile doit encore examiner un recours concernant ce dossier. Cependant, la procédure n’étant pas suspensive, elle ne met pas la famille à l’abri d’une éventuelle expulsion.

L'Indépendant, le 30 août 2018

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