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Quel plan contre cette pauvreté « de dingue » ?

8,8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté dans un pays qui affichait un PIB de 2.390 milliards d’euros en juillet dernier, et qui comptait 40 milliardaires. Des données à avoir en tête quand, jeudi, Macron présentera son plan pauvreté.

Le plan pauvreté que présentera Emmanuel Macron jeudi est très attendu. Il constitue son principal chantier social alors qu’il est pour l’heure marqué par l’image de « président des riches ». Un plan lancé brutalement en juin dernier quand Macron a orchestré la mise en scène d’un « off » où il lâche « on met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas ».

Ce pognon de dingue, c’est 26,2 milliards d’euros (mds) en 2016, tout d’abord dans le RSA (11,1 mds) et dans l’allocation adulte handicapé (9 mds), puis dans l’ASS (pour les chômeurs en fin de droit, 2,7 mds) et le minimum vieillesse (2,5 mds). Des minima qui ont un impact certain sur la baisse de la pauvreté comme le souligne un rapport récent du service de statistiques du ministère de la Santé : « la proportion de personnes vivant sous le seuil de pauvreté est ainsi réduite de 8,1 points ». Il n’empêche, 8,8 millions de personnes vivent toujours sous le seuil de pauvreté. Soit avec moins de 1.015 euros par mois.

Le plan devait être présenté avant l’été mais a été reporté. Deux nouveaux rapports ont été demandés à des députées : sur la « juste prestation » et sur « l’accompagnement des bénéficiaires du RSA ». En jeu, une éventuelle fusion des minima sociaux initialement envisagée pour mettre fin à un système considéré comme trop complexe et une orientation déterminée de la lutte contre la pauvreté vers le retour à l’emploi.

Pour le premier sujet, la fusion n’est plus à l’ordre du jour, comme l’a encore répété ce week-end la ministre de la Santé Agnès Buzyn, même si une « allocation sociale unique » reste, selon elle, « une idée à explorer ». Dans son rapport, la députée LREM Christine Cloarec, souligne « les difficultés et errements de la simplification » rencontrée par la fusion des prestations réalisées en Grande-Bretagne et invite à se tourner davantage vers le modèle belge qui mise sur « l’échange des données ».

Le second rapport réalisé par la députée marseillaise LREM Claire Pitollat a confirmé que l’accompagnement à l’emploi serait une priorité. Les premières annonces réalisées en amont de la présentation du plan pauvreté font état de deux milliards d’euros investis d’ici 2022 sur le sujet, complétant 2 autres milliards sur la même période pour la prévention de la pauvreté. Cette prévention passerait par des aides pour réduire le reste à charge des familles monoparentales défavorisées pour la garde d’enfants, des fonds à destination des mairies pour leur permettre de proposer des tarifs réduits dans les cantines pour les plus pauvres, voire des petits-déjeuners gratuits. Une CMU élargie est également envisagée.

Annoncer ainsi des « moyens supplémentaires » comme le promet Agnès Buzyn ne doit pas faire oublier que la logique première est « maîtriser davantage les dépenses publiques » comme l’écrit explicitement Christine Cloarec. Une logique comptable à ne pas oublier quand seront servis les discours sur « des droits justes » ou sur la nécessité d’inventer « l’État providence du 21e siècle ».

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 11 septembre 2018)

Une lutte pour la dignité

Qui sont les pauvres dans la France d’aujourd’hui ? Le rapport du Secours populaire montre sans ambiguïté qu’ils forment une part importante de notre société. Ce sont des hommes, des femmes ordinaires, parfois des salariés, et pire, des enfants, qui souffrent d’une situation de plus en plus insupportable.

C’est cette réalité que le gouvernement doit regarder en face alors qu’Emmanuel Macron présentera son plan pauvreté, ce jeudi.

Des hommes de cour annoncent déjà une série de mesures destinée à imprimer un « tournant social » à ce quinquennat démarré à droite toute. Quel mépris, quel cynisme, d’imaginer faire des pauvres, les instruments muets d’un plan de communication !

Les moyens d’éradiquer le mal

Toute la semaine, La Marseillaise leur donnera la parole, ainsi qu’aux acteurs de terrain de la lutte contre la pauvreté qui est d’abord une lutte pour la dignité.

Comment est-il possible d’avoir réussi à éradiquer la variole et la polio et de continuer à vivre dans un monde rongé par la pauvreté ?

C’est un fait, le capitalisme ne contribue plus à une élévation générale du niveau de vie dans notre pays. Globalisé, en crise, il creuse des inégalités insondables au profit exclusif de quelques uns.

L’humanité a les moyens de cet objectif. La France, comme souvent, pourrait ouvrir la voie.

Le président de la République l’a confié à La Marseillaise, vendredi soir, sur le Vieux-Port : « Je vais vous surprendre ». La plus grande surprise serait de le voir faire un pas en direction d’une valeur républicaine qu’il a effacé de sa première année de quinquennat, l’Égalité.

Léo Purguette (La Marseillaise, le 11 septembre 2018)

Repères

1.015 euros. C’est le seuil de pauvreté -à 60% du revenu média- pour une personne seule, calculé par l’Insee. Le seuil évolue, selon le nombre de personnes, il est de 1.320 euros pour un foyer monoparental avec un enfant de moins de 14 ans ou de 2.538 euros pour un couple avec 2 enfants de plus de 14 ans.

3.348.200 personnes démunies ont été accueillies et aidées en 2017, en France, en Europe et dans le monde, par les 80.000 bénévoles du Secours populaire français. 1,8 million de personnes ont été soutenues sur le plan alimentaire.

600.000 pauvres de plus en 10 ans (de 2005 à 2015) en France, ou près d’un million… selon le seuil de pauvreté à 50 ou 60% du revenu médian. C’est le constat établi par l’observatoire des inégalités en octobre 2017, « avec une forte augmentation à partir de 2008 » note-t-il.

La Marseillaise, le 11 septembre 2018

8,8 millions de personnes vivent pauvrement

Le baromètre de la Pauvreté 2018 du Secours populaire français met en lumière la précarisation massive de millions de français.

« Derrière les chiffres, il y a des hommes et des femmes qui vivent dans la pauvreté et le malheur », affirme, haut et fort, Julien Lauprêtre, président du Secours populaire à la veille de la présentation du « baromètre 2018 de la pauvreté en France » dont les résultats sont rendus public, aujourd’hui.

Réalisée, avec Ipsos auprès d’un panel de 1.016 personnes et selon la méthode des sondages, l’étude détaille la condition de pauvreté, à commencer par le seuil. « À partir de quel revenu sommes-nous pauvres en France ? » Au seuil officiel de l’Insee, de 1.015 euros par mois, correspondant à 8,8 millions de pauvres en France, les personnes interrogées fixent la barre à 1.118 euros, à 60 euros à peine du Smic. Les réponses varient, certes selon la région, les loyers, l’emploi, mais une chose est sûre, la dégringolade n’est pas une simple vue de l’esprit pour une majorité de Français. En effet, 59% des personnes interrogées déclarent avoir eu la sensation « d’être sur le point de connaître une situation de pauvreté ». Un constat abyssal. Quant au regard porté sur l’avenir, il est plutôt sombre : 81% des sondés estimant « les risques que leurs enfants connaissent un jour une situation de pauvreté sont beaucoup plus -ou un peu plus- élevés ». Seuls 11% d’entre eux considérèrent que ces mêmes risques seront « beaucoup moins -ou un peu moins- élevés ». Voilà qui situe assez bien le moral des citoyens…

Une alimentation saine : le déi qui nous attend

Et pour cause, près de la moitié des ménages à faibles revenus ont des difficultés à payer le loyer, les emprunts ou les charges du logement. Il en est de même du chauffage et de l’électricité pour 57% des personnes ayant moins de 1.200 euros par mois, même si la situation semble s’améliorer un peu à comparer aux résultat obtenus l’an passé.

Le Secours populaire a aussi décidé, cette année, de faire un focus sur l’alimentation. Un poste de dépense aussi essentiel que « problématique ».

27% des personnes questionnées -et parmi elles, 31% de femmes- ont des problèmes ou de gros problèmes, « à pouvoir consommer des fruits et des légumes frais quotidiennement ». Et inévitablement, cela pose des difficultés pour « 53% des personnes ayant un faible revenu ». Même constat pour « consommer du poisson au moins une fois par semaine ; se procurer une alimentation saine permettant de faire 3 repas par jour ; ou consommer de la viande ». Ces résultats corroborent, si besoin, deux autres études portant sur l’obésité -celles de l’ObEpi de 2012 et de l’Agence nationale de la santé publique, publiée en 2016 dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire.

Toutes les deux mettent en évidence que « la relation entre l’obésité et le revenu est inversement proportionnel ». L’obésité, devenu un fléau endémique et symptomatique de la malbouffe, touche 30,7% des femmes dont le revenu est inférieur à 450 euros et ne concerne plus que 7% des femmes ayant des revenus supérieurs à 4.200 euros. Avec tous les risques potentiels pour la santé que cela suppose.

La Marseillaise, le 11 septembre 2018

Julien Lauprêtre. « La solidarité, une nouvelle résistance »

Le président du Secours populaire français commente le nouvel « Observatoire 2018 de la pauvreté » : c’est, hélas, une confirmation.

La Marseillaise. Que constatez vous à travers cet « observatoire » ?

Julien Lauprêtre. Ces résultats ne sont pas une révélation, mais une confirmation : la pauvreté et la précarité s’incrustent sur notre territoire.

La Marseillaise. Vous posez fortement la question de l’alimentation.

Julien Lauprêtre. C’est la première demande des gens qui s’adressent à nous, manger, survivre. Et ils sont plus nombreux et différents d’il y a 20 ans : des jeunes, des travailleurs pauvres, des personnes âgées, des femmes seule ou avec enfants…

La Marseillaise. Comment envisagez-vous les années à venir ?

Julien Lauprêtre. Paradoxalement, il n’y a jamais eu autant d’actes de solidarité, c’est une « nouvelle résistance », au quotidien, dans l’entraide, où chacun décide de faire. Et c’est encourageant.

Propos recueillis par La Marseillaise, le 11 septembre 2018

RSA. Les options d’une députée marseillaise

Tout miser sur l’accompagnement à l’emploi : le pari de la majorité macronienne pour sortir les gens du RSA. Tout est dans le comment qui sera présenté jeudi.

« Le RSA c’était une allocation mais aussi un accompagnement à l’emploi. Or, tous les allocataires n’ont pas bénéficié de cet accompagnement. On peut même dire que le RSA n’a jamais été complètement mis en œuvre » : le constat est de Claire Pitollat, députée marseillaise LREM qui a rédigé le rapport sur le sujet. Dans la lettre de commande, le ton est donné. Le gouvernement considère que le RSA ne fonctionne pas car trop de bénéficiaires y sont encore au bout de plusieurs années. Les auteurs du rapport, Claire Pitollat et Mathieu Klein, président (PS) du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle ajoutent que « le RSA est un filet de sécurité qui protège le bénéficiaire contre la grande pauvreté sans pour autant lui permettre de sortir de la précarité monétaire, professionnelle et sociale ».

Parmi les raisons de cet « échec », Claire Pitollat repère « un système trop cloisonné », un « manque d’outils » et un accompagnement « souvent purement social, limitant les personnes à leurs seuls freins ». Non que la députée marseillaise sous-estime ces freins. Elle reconnaît ainsi que « les chiffres sont clairs : la santé des personnes au RSA est plus dégradée que la moyenne ». Elle affirme cependant que social comme sanitaire doivent être traités en « back-office » et que la priorité est de « viser tout de suite l’emploi pour sortir du RSA ».

Affirmer ainsi qu’un emploi est une option essentielle pour l’émancipation des personnes est un constat que beaucoup peuvent partager. C’est d’ailleurs ce que les progressistes répondaient à tous ceux -dont Macron- qui taxaient les chômeurs ou les bénéficiaires du RSA de fainéants et de profiteurs : percevoir des allocations n’est pas une fin en soi et vivre de son travail est bien plus valorisant. Reste à voir les réponses apportées à ce constat.

Claire Pitollat veut tout d’abord un rendez-vous qui enclenche l’accompagnement à l’emploi dans « les huit jours qui suivent l’inscription du bénéficiaire dans le dispositif ». Là où, aujourd’hui, cela prend six mois voire plus. Comment, en embauchant des travailleurs sociaux ? « Non » répond clairement La Marseillaise convaincue que des « outils efficaces » et un « travail en réseau » seront suffisants.

Retour à l’emploi suppose… des emplois. Là aussi, la religion de Claire Pitollat est faite. N’accordant aucun crédit au chiffre du chômage, elle focalise son attention sur les « emplois non pourvus » pour affirmer qu’il « n’y a pas de problème d’offre ». Son dernier postulat est celui de « l’employabilité de tous », insistant sur le fait que « chaque personne a le droit d’accéder à une activité ». Le droit… certes, le devoir, non. Surtout quand on vit dans la rue ou que des problèmes de santé doivent être réglés en amont. La vigilance doit être de mise car Macron a clairement annoncé un contrat social basé sur les droits et devoirs.

La Marseillaise, le 11 septembre 2018

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