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Catalogne. Irréductibles indépendantistes

Ils étaient encore un million hier à Barcelone pour célébrer la Diada.

Sous un soleil de plomb, un million de manifestants (selon la Garde urbaine), ont réclamé la libération des leaders politiques emprisonnés et crié leur volonté d’aller vers l’indépendance de la Catalogne, hier après-midi, au cours d’une brûlante grande « Marche pour la République » organisée par l’ANC à Barcelone. Tout au long des six kilomètres de l’avenue Diagonal baignée de rouge corail, les manifestants n’ont pas cessé de scander les consignes exaltées en faveur de la République catalane.

À défaut de référendum légal, la preuve de l’existence d’au moins un million d’irréductibles en Catalogne qui réclament la sécession, se confirme depuis sept années consécutives.

La Diada a été le coup d’envoi d’un automne chaud, en prélude au grand procès politique prévu pour la fin de l’année.

« No Pasaran ! »

La mise à feu de la manifestation, était prévue à 17h14, (en mémoire de la chute de Barcelone en 1714). À cette heure, une vague sonore s’est propagée de la queue à la tête du cortège (malgré quelques couacs à l’amorce). Le chœur immense scandant « INDE-INDEPENDENCIA » était accompagné par un drapeau géant porté horizontalement par une foule de coureurs.

Sur la scène, en fin de cortège, des « murs » géants simulant les obstacles semés contre l’indépendance furent mis à bas, l’un après l’autre. Du haut des murs restant debout qui représentaient les objectifs à atteindre, des acteurs s’adressaient à la foule enfiévrée. Le tour des orateurs venu, l’avocat écossais de la professeure Clara Ponsatí, Aamer Anzar, n’y est pas allé de main morte contre l’Espagne, reprenant le slogan de la guerre civile « No Pasaran ! », poing révolutionnaire dressé. À son tour, le rapporteur anglais Ben Emerson, chargé d’alerter l’ONU sur les droits qu’il considère bafoués de Carles Puigdemont et des ex-membres de son gouvernement congédiés par Mariano Rajoy, a accusé l’Espagne de pratiquer le « terrorisme d’État ».

Démonstration de force

Les cérémonies ont débuté à 9 heures, comme c’est la coutume le 11 septembre, jour célébrant la Fête nationale catalane, par la traditionnelle cérémonie de l’offrande de fleurs au pied du monument de Rafael Casanova (le “Conseller en Cap” de Barcelone qui en 1714 défendait la ville). En tête du cortège, le président de la Generalitat Quim Torra, celui du parlement Roger Torrent, la déléguée du gouvernement espagnol en Catalogne Teresa Cunillera et la maire de Barcelone Ada Colau, qui arborait un ruban jaune sur le revers de sa veste, l’insigne de la solidarité envers les leaders indépendantistes en prison, ainsi que les patrons des principaux clubs sportifs et associations culturelles, tous encadrés par des agents des Mossos d’Esquadra en tenue de gala.

Amorce d’un changement

En marge de la manifestation, le Tribunal Constitutionnel a admis à l’unanimité le recours pour défaut de garantie des droits judiciaires présenté par la défense de l’ex-présidente du parlement de Catalogne Carme Forcadell, qui estime qu’en rejetant la demande de récusation du juge d’instruction Pablo Llarena, la Cour Suprême espagnole a dénié à la demanderesse le droit à la garantie d’un procès impartial. La Cour constitutionnelle reconnaît l’existence un vide juridique concernant « un aspect du droit fondamental » qui mérite « une réflexion interne ». La cour constitutionnelle espagnole fixe un délai de dix jours pour les comparutions.

Par ailleurs, Josep Borrell, le ministre des affaires étrangères du gouvernement de Pedro Sánchez, questionné à la BBC sur l’intention de l’Espagne est d’organiser « un simulacre de procès », a reconnu qu’à son avis, les neuf dirigeants catalans devraient attendre leur procès en liberté. De quoi alimenter tous les espoirs des indépendantistes.

Joana Viusà (L'Indépendant, le 12 septembre 2018)

Sens

Une fois de plus, la « Diada » a été l’occasion pour le camp indépendantiste d’une démonstration de force. Dans les rues de Barcelone, environ un million de personnes ont défilé pour la fête nationale catalane. Pendant les années qui ont précédé le référendum d’octobre 2017 et la crise majeure qui en a résulté, cette journée avait largement contribué à construire l’idée d’une indépendance possible.

Elle faisait partie d’un activisme culturel qui, en Catalogne, a précédé les partis politiques eux-mêmes. Aujourd’hui, Jordi Sánchez et Jordi Cuixart, respectivement responsables de l’ANC et d’Omnium, sont en prison. Leurs mouvements civiques continuent d’être très actifs sur le terrain. Mais quelque chose a changé depuis un an. Le rapport de force n’évolue plus. L’idée indépendantiste, si elle ne perd pas d’influence, n’en gagne pas non plus. Et, grosso modo, c’est du 50/50. Autrement dit, la Catalogne est profondément divisée, coupée en deux. Une fracture qui n’apparaît pas, bien sûr, dans les images impressionnantes d’hier.

Et qui doit obliger l’indépendantisme à se renouveler sous peine de perdre son sens.

Pierre Mathis (L'Indépendant, le 12 septembre 2018)

Les identitaires repoussés

Des représentants de l’extrême-droite identitaire italienne, flamande et irlandaise, envoyés par la Liga Norte (le parti du ministre de l’intérieur Matteo Salvini), le Vlaams Belang (parti d’extrême-droite flamand) et d’Identity Ireland, arborant des drapeaux indépendantistes catalans, ont tenté d’y participer, sous les huées de la foule. Des agents des Mossos d’esquadra ont dû mettre en place un cordon de sécurité pour éviter les affrontements.

L'Indépendant, le 12 septembre 2018

La flamme du Canigó symbole de la Diada 2018 à Barcelone

La flamme du Canigó a quitté Perpignan et le Castillet lundi pour être acheminée dans l’urgence jusqu’à Barcelone.

Le président de la Generalitat de Catalunya pouvait ainsi porter fièrement à la main cette flamme lors de la Marche pour la Liberté, marquant l’événement officiel de la Diada 2018.

La flamme est apparue au sortir du Parlement catalan, dans les mains de Quim Torra. Le président du parlement catalan, Roger Torrent l’a également arboré fièrement au cours des événements de la soirée de lundi marquant le coup d’envoi des cérémonies officielles de la Diada : elle a ainsi été présentée en tête du cortège de la Marche pour la Liberté et lors des concerts qui ont suivi et a même été exposée dans le quartier du Born à Barcelone.

Martial Mehr (L'Indépendant, le 12 septembre 2018)

Les fidèles venus du Nord

« Cap a Barcelona ! ». Ils sont profs, coiffeuse, boucher ou ensegnants. Tous rompus à l’exercice. Beaucoup de retraités, quelques jeunes aussi. T-shirt rose sur le dos et Estelada, le drapeau catalaniste, prêt à être brandi. Fidèles parmi les fidèles, indépendantistes de la première heure, ils sont là, en rangs serrés, disciplinés. Comme chaque année. Comme chaque 11 septembre, jour de fête, leur fête qui s’est transformée au fil des années en démonstration de force. Une organisation réglée au cordeau. Question d’habitude.

« On ne dit pas ‘‘catalanistes’’ ! »

« En davant ! ». À 9 heures tapantes, les deux bus s’avancent devant le local du Casal de Perpignan, lieu de tant de rassemblements militants. Un autre groupe de catalanistes sera récupéré sur la route, du côté du Boulou. « On ne dit pas ‘‘catalaniste’’ ! coupe une dame, baskets au pied et sac sur le dos. Nous, on préfère le terme ‘‘militant catalan’’. On est des Catalans ! ». Retraitée, fille de réfugiés espagnols ayant fui l’Espagne franquiste, Carla, membre de l’ANC Catalunya Nord, ne badine pas avec la Diada : « J’y participe chaque année. C’est un moment de communion important pour nous, de fraternité aussi ». Une démonstration de force pacifique qui revêt une connotation particulière un an après le référendum d’autodétermination du 1er octobre émaillé de violences policières et suivi de l’arrestation des leaders indépendantistes. « Nous, on sait où on veut aller, et on atteindra notre but. C’est inéluctable ! » Juste une question de temps dans cette longue marche en avant. « La vraie désillusion, elle vient plutôt du manque de considération de la France et de l’Europe qui continuent à ignorer que des anciens ministres, des élus du peuple, sont traités comme des terroristes et attendre d’être jugés ou sont en exil depuis 10 mois maintenant ! ».

Le rendez-vous sur site est prévu à 16 heures pour ces infatigables militants, le retour dans la nuit... Au programme de l’après-midi, une ola géante qui déferle symboliquement sur la capitale catalane. Un véritable tsunami humain sur Barcelone censé éclabousser le monde entier et le réveiller.

Jean-Michel Salvador (L'Indépendant, le 12 septembre 2018)

Comment « ils ont fait de moi un indépendantiste ! »

Connu à Perpignan pour sa dégaine, son franc-parler et ses lunettes colorées, reconnu dans le milieu artistique comme « Monsieur Boitaclou » (du nom de la société de spectacles qu’il dirige), Thierry Meyer l’est moins pour son engagement, plus récent, en faveur de la défense des « prisonniers politiques » catalans.

Une véritable fixette qu’il partage à qui veut l’entendre sur les réseaux sociaux… Une cause qu’il a littéralement embrassée voilà quelques mois. Un combat qui étonne de la part de ce Titi parisien à l’accent encore pointu malgré son implantation, voilà plus de 40 ans, en Roussillon : « Oui, ça me révolte ce qui se passe ici, dans un pays voisin, l’Espagne, que l’on dit démocratique ». Celui qui avoue ne s’être intéressé que tardivement à la cause indépendantiste -« c’est un autre sujet »- se dit écœuré. « On peut parfaitement être contre l’indépendance de la Catalogne mais personne ne doit tolérer l’injustice. Et encore moins le silence assourdissant de l’Europe, indifférente face aux atteintes flagrantes portées à la démocratie par l’Etat espagnol de Rajoy et ses sbires ! Les élus européens sont toujours prêts à invoquer la loi, alors pourquoi n’imposent-ils pas la libération de ces hommes et ces femmes élus par le peuple et qui n’ont fait que respecter leur mandat ? C’est une honte ! Ce sont des crapules qui protègent un système mafieux et corrompu », s’emporte Thierry Meyer, en place sur la Diagonal pour participer à la ola.

« Oui, face à l’infamie, je deviens indépendantiste ! ». Un revirement loin d’être anodin pour quelqu’un qui avoue ne pas maîtriser encore parfaitement la langue catalane…

J.M.S. (L'Indépendant, le 12 septembre 2018)

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