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Son plan pauvreté décrypté en 5 points

Emmanuel Macron a présenté, hier au Musée de l’Homme, sa stratégie nationale de « prévention et de lutte contre la pauvreté » chiffrée à 8,5 milliards d’euros sur 4 ans. Décryptage.

1. La philosophie du plan

Le Président : « Aux premiers de cordée de ne pas oublier les derniers de cordée. Mais tirer sur la corde pour qu’ils aillent moins vite ne sert à rien ».

Notre analyse : Emmanuel Macron confirme son orientation libérale. Pour lui, le combat « pour la liberté et pour l’égalité sont jumeaux ». En réalité, il promeut un modèle où la puissance publique devrait lever tous les freins à la réussite individuelle plutôt que de viser l’égalité réelle. « Je ne veux pas m’acheter une bonne conscience en permettant aux pauvres de vivre mieux pauvres », assure-t-il. Cette stratégie de « prévention et de lutte contre la pauvreté », s’inscrit dans le projet global présidentiel. Il la qualifie de pilier « solidariste et humaniste », une référence au bien nommé Léon Bourgeois, philosophe radical du XIXe siècle. Une visée complémentaire selon lui avec son « projet productif » et son « projet éducatif ». Objectif : tourner la page du modèle social français hérité du Conseil national de la Résistance avec l’avènement d’un « État-providence du XXIe siècle », affirme-t-il. Il souhaite « à hauteur d’une génération, éradiquer la grande pauvreté dans notre pays », mais en appelle à « l’humilité » et ne proposera pas d’indicateurs. L’ancien ministre de François Hollande se rappelle probablement de la « courbe du chômage » qui a plombé le quinquennat de son mentor. Durant tout son discours, Emmanuel Macron valide le modèle économique et financier actuel et justifie implicitement le traitement privilégié des « premiers de cordées » : suppression de l’ISF, pérennisation du crédit d’impôts compétitivité emploi, écart des salaires, parachutes dorés, dividendes records etc…

2. Petite enfance

Le Président : « La pauvreté ne doit plus se transmettre en héritage ».

Notre analyse : Emmanuel Macron dénonce le déterminisme social, « il faut 6 générations pour accéder à la classe moyenne », sans condamner le système économique qui engendre cette reproduction sociale. Pour lui, il est possible d’y remédier en agissant dès le plus jeune âge. En proposant « un plan de formation continue des 600.000 professionnels de la petit enfance », pour améliorer la dimension éducative, considérant « qu’un enfant de 4 ans, lorsqu’il naît dans une famille défavorisée, maîtrise déjà deux fois moins de mots qu’un enfant issu d’une famille de classe aisée ». Une aide sera par ailleurs proposée aux collectivités pour mettre en place 90.000 places en crèches. De même un « tiers payant », devrait permettre aux parents en difficultés de ne pas avancer le coût de la « nounou ». La question de la garde des enfants. Enfin, l’État devrait financer la mise à disposition de petits-déjeuners pour les enfants de REP+. Des mesures indéniablement positives pour les enfants dans le besoin, mais cependant éloignées de l’objectif énoncé : « La pauvreté ne doit plus se transmettre en héritage ».

3. Jeunes et formation

Le Président : « Le drame de ces statistiques, ce sont ceux qui lâchent la corde, tout doucement, et qui sortent des statistiques ».

Notre analyse : Le président de la République a osé : à l’occasion de la présentation du plan pauvreté, il a relativisé le naufrage de Parcoursup en opposant les bacheliers sans affectation avec les décrocheurs scolaires, 20.000 par an, selon le gouvernement, qu’il identifie comme un réel problème. À partir de 2020, les jeunes de 16 à 18 ans se verront obligatoirement proposer une formation ou un apprentissage. Critique à l’égard des conseillers d’orientation, il dénonce des « modes » qui auraient conduit à orienter massivement des générations vers telle ou telle filière. Un dysfonctionnement qu’il s’apprête pourtant à accroître en confiant l’apprentissage aux fédérations patronales soucieuses de « l’employabilité » à court terme des jeunes sur des filières temporairement en tension. À noter par ailleurs : la Garantie jeune, destinée aux jeunes en grande précarité et qui implique la signature d’un contrat avec une mission locale sera généralisée.

4. Service public de l’insertion

Le Président : « L’État reviendra aux côtés des communes, des Métropoles, et des départements à travers un service public de l’insertion » avec « un guichet unique ».

Notre analyse : « Nous récoltons ce que nous avons semé ». C’est en chef de l’État, qu’Emmanuel Macron évalue le résultat des politiques d’insertion, dont la compétence a été transférée aux départements… « L’agent n’a pas suivi » et « les disparités sociales et territoriales » sont prégnantes, selon la plus ou moins bonne volonté des collectivités… qui pourraient, à l’avenir, être « sanctionnées ». Aussi, la création de ce « service public de l’insertion », annoncée hier matin, permettra de mobiliser l’ensemble des acteurs et des collectivités pour instaurer « un parcours de formation systématique », l’âge de cette obligation pour les jeunes est portée de 16 à 18 ans. La mise en place effective du « guichet unique de l’insertion » reste, pour l’heure, dans le flou, une première ébauche devrait être réalisée d’ici le premier trimestre 2019 pour être entériné par une loi en 2020. Comment les rôles des collectivités et des divers acteurs de terrain, tels que les missions locales, pôle emploi, les travailleurs sociaux, ou conseillers d’orientation évolueront-ils dans cette recentralisation et sous quelle gouvernance ? À quel niveau se feront les « interactions » entre les structures et qui sera derrière le fameux « guichet unique » ? La réponse reste à « inventer ». De plus, le président balaye -très vite- les préalables à l’accès à l’emploi, tel que le logement, l’accès au soin ou encore la mobilité, un dernier point jamais la mobilité alors qu’il figure parmi les « freins » à l’insertion, justement.

5. Le revenu universel d’activité

Le Président : « Le revenu universel d’activité fusionnera le maximum de prestations sociales, du RSA aux APL pour donner un socle de dignité […] Il faut aider les bénéficiaires à faire notre part ».

Notre analyse : Encore il y a peu dans la balance, Emmanuel Macron a validé la « fusion des prestations sociales » en un « revenu universel d’activité ». Une simplification destinée à sortir du « maquis » des prestations sociales et des procédures qui tournent au « cauchemar administratif ». À tel point que « 30% des personnes qui pourraient bénéficier du RSA n’y ont pas accès », note-t-il fort justement. Mais aussitôt, le président en arrive à considérer que, pour certains bénéficiaires, « reprendre une activité pleine entraînerait, au mieux un maintien du revenu, au pire une perte »… À aucun moment, il ne met en balance la rareté et la faiblesse des offres d’emploi et les salaires proposés. Aussi, le « revenu universel d’activité » n’est pas un revenu de base inconditionnel. « Je n’y est jamais cru ». Et de préciser : « Il est inacceptable que certains qui peuvent reprendre un emploi ne le fassent pas, aussi le droit à l’accompagnement doit correspondre à un devoir, et il doit y avoir des sanctions ». Le « contrat » passé avec le bénéficiaire donne, certes, droit « à un accompagnement » mais « empêche de refuser plus de deux offres raisonnables d’emploi ou d’activité figurant dans son contrat ». Au-delà du grand flou qui entoure la notion « d’offre raisonnable », les « sanctions » iront-elles jusqu’à priver les bénéficiaires de ce dernier filet social, de ce « socle minimal de dignité » comme il le décrit ? Ce serait aux antipodes d’une quelconque « stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté »

Léo Purguette et Sylvain Fournier (La Marseillaise, le 14 septembre 2018)

La machine à fabriquer la pauvreté reste intacte

Changement de paradigme ! Révolution ! À entendre Emmanuel Macron, son plan pour lutter contre la pauvreté allait permettre d’éradiquer ce fléau. Sauf que ses annonces ne sont qu’emplâtre sur jambe de bois. La Révolution, selon le président des riches, c’est, en résumé, mettre en place pour les plus modestes, « des droits et des devoirs », selon la règle du « donnant-donnant ». Avec, toujours en filigrane, la conviction que l’individu est responsable de sa condition. Certes, il y a bien, dans ce plan un tout petit coup de pouce, ici, pour augmenter le nombre de places en crèches dans les quartiers populaires ; un autre, pour les jeunes de 16 à 25 ans. Mais on est très loin du grand sursaut annoncé. Tant que l'accumulation de l'argent et le profit resteront les seuls critères de la réussite, la pauvreté va s'enkyster. Et les élans de sincérité de Macron n'y changeront rien. Car la captation des richesses par quelques uns se fait au prix de la précarisation de tous les autres.

Cette politique renforce le déterminisme social

Le président se pique de formules en pointant du doigt, notamment, le déterminisme social. Mais toute sa politique économique ne fait que le renforcer, en particulier sa politique fiscale marquée du sceau de l'injustice. Le choix structurel est de privilégier ceux qui sont en haut de la pyramide des revenus, -autrement nommés les premiers de cordée- qui peuvent dormir sur leurs deux oreilles. « Il ne faut pas tirer sur la corde », a prévenu Macron. On peut lui faire confiance !

Une chose est sûre : la reproduction des élites, Macron ne veut pas y renoncer.

Françoise Verna (La Marseillaise, le 14 septembre 2018)

Les mesures annoncées hier…

8,5 milliards d’euros seront consacrés aux principales mesures du plan de prévention et de lutte contre la pauvreté. Certaines d’entre-elles, comme l’amélioration de la CMU-R ou les aides aux communes pour les tarifs sociaux à la cantine, n’ont pas encore été chiffré.

1,4 milliard d’euros serviront à des mesures visant à augmenter l’accueil des enfants dans les crèches ou chez une assistante maternelle.

100 millions d’euros seront dévolus à un « fonds d’innovation sociale » pour la formation des professionnels de la petite enfance, la refonte du CAP Petite enfance et le diplôme d’éducateur.

3,9 milliards d’euros seront destinés à la revalorisation de la prime d’activité jusqu’en 2022.

500 millions d’euros seront attribués à l’accompagnement individualisé des contrats d’insertion par l’activité économique.

350 millions d'euros iront à l’extension de la « garantie jeunes ».

50 millions d’euros sont dans la balance pour la contractualisation de l’aide sociale à l’enfance et l’accompagnement des jeunes par les conseils départementaux et les missions locales.

Sylvain Fournier (La Marseillaise, le 14 septembre 2018)

Réactions au discours de Macron

Le président de la République, Emmanuel Macron, a dévoilé, hier, son plan pauvreté au Musée de l’Homme de Paris. Si d’apparence certaines mesures annoncées semblent satisfaisantes, colmatant des manques criants, elles peinent à convaincre. En bref, peu de propositions pour un discours pourtant très attendu.

Jean-Luc Mélenchon, Député FI des Bouches-du-Rhône

« Il veut imposer aux pauvres de nouvelles obligations administratives, de nouveaux contrôles, de nouvelles sanctions. Il transforme un droit inconditionnel en corvée universelle. Il propose à peine quelques miettes face à l’océan de misère qui existe dans notre pays, deux milliards d’euros par an pour les neuf millions de français pauvres, (contre) 4,5 milliards d’euros offerts aux 350.000 millionnaires contribuables de l’ISF ».

Kamel Fassatoui Directeur Emmaüs (Marseille, Pointe Rouge)

« Des propositions positives, mais une vision très réductrice de la pauvreté qui ne remet pas en cause la vraie problématique et qui ne concerne pas toutes les catégories sociales. C’est un sentiment un peu désespéré du président de mettre le mot pauvreté dans son mandat. 8 milliards d’euros en quatre ans, c’est très limité pour lutter contre la pauvreté ».

Louis Maurin, Observatoire des inégalités

« Mon sentiment ? On est loin d’être à la hauteur du problème de la pauvreté en France. En gros, on prend aux pauvres en baissant les allocations logements, pour rendre un peu d’argent aux pauvres. La fusion des allocations en 2021, on verra bien, mais sans moyens supplémentaires, on peut fusionner ce qu’on veut, l’important, c’est que les prestations s’adaptent aux différentes catégories de populations. Il n'y a pas de mesure très forte, ce qui d’un point de vue symbolique, est choquant. Ce sont des mesures de communication, comme cette histoire de petit déjeuner à l’école primaire, ou encore "le pognon de dingue". Il y a une forme de misérabilisme par rapport aux pauvres qui ne va pas dans le bon sens. Il y a cette garantie pour les jeunes qui est peut-être un peu creuse, mais sinon ce plan est un peu concentré sur rien. C’est un peu de saupoudrage et un peu de communication, mais c’est peut-être le début d’un changement de politique ? »

Pierre Dharréville Député PCF des Bouches-du-Rhône

« Emmanuel Macron a donné beaucoup aux riches, et il a fait un petit plan pour les pauvres. Il y a des mesures utiles, comme la CMU, l’obligation de formation jusqu’à 18 ans. Mais ce n’est pas suffisant, ce n’est pas à la hauteur des enjeux, il ne s’attaque pas aux causes de la pauvreté. Il faut augmenter les salaires, les minima sociaux et les retraites. Il faut arrêter de distribuer l’argent aux plus riches. »

ATD Quart Monde

« Nous saluons un certain nombre de mesures annoncées dont celles visant à favoriser l’accueil des enfants défavorisés en crèches, à condition que des moyens soient déployés pour rejoindre et permettre l’accès des familles les plus éloignées. Mais nous nous interrogeons sur les moyens humains et financiers qui seront alloués (...), sachant qu’une part significative des 8 milliards annoncés correspond à un simple redéploiement de budget ».

Nicolas Koukas Conseiller Départemental PCF des Bouches-du-Rhône Adjoint au maire d’Arles

« Les mesures sont satisfaisantes concernant l’accueil des enfants dans les crèches et la formation obligatoire jusqu’à 18 ans. Mais maintenant, il faut déployer des fonds pour les collectivités. Des moyens humains et financiers doivent être alloués à cette lutte contre la pauvreté. J’aurais aimé que l’on accorde plus d’importance à la question du logement, qui a été totalement laissée de côté. »

Valérie Marque Responsable du syndicat CGT du conseil départemental des Bouches-du-Rhône

« On est en colère. Le président se présente comme Zorro, alors que c’est lui qui provoque les baisses de subventions. Il parle de fusionner les prestations sociales pour n’en faire qu’une, on entame de telles démarches quand il faut réduire les dépenses. Alors qu’il devrait davantage aider financièrement les collectivités qui sont les premières à contribuer au financement des associations d’aide aux plus démunis. Il a fait ce discours tout simplement parce qu’il a eu une baisse de popularité, il donne quelques propositions aux Français pour les rassurer, le gouvernement est cynique ».

André Molino Maire PCF de Septèmes-les-Vallons

« Ce devait être une étape majeure dans l’entreprise de dé-tricotage du costume de "président des riches" qui colle à la peau de notre président, j’ai bien peur qu’au lieu de cela, ce plan anti-pauvreté qui vient d’être annoncé soit en passe de devenir le nouveau symbole du "mépris" affiché à l’égard des Français les plus modestes. À écouter la déclaration du président, il semble qu’il veuille faire mieux avec moins, ce dont je doute fortement car on connaît l’efficacité de ces types de plan. En ayant écouté attentivement et à chaud, il y a quelques instants : je déplore que la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté exclue les personnes âgées. Ce plan comporte plusieurs mesures utiles pour faciliter l’accès à l’alimentation des plus démunis et en particulier des enfants par la généralisation des petits déjeuners. Les dispositions en faveur de l’accès aux cantines scolaires vont également dans le bon sens, mais je redoute que l’État ne se défausse à nouveaux sur les communes qui prennent déjà une part importante dans ce domaine. »

Propos recueillis par La Marseillaise, le 14 septembre 2018

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