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Jacques Blin. Les mots ne sont pas neutres

Membre du bureau de l’Institut d’histoire sociale de la CGT

Petit à petit, les gens de pouvoir nous volent le sens des mots afin de le pervertir et d’en affaiblir le contenu. Il en est ainsi des termes bénévoles et militants. Le bénévolat est mis à toutes les sauces et valorisé pour pallier aux insuffisances de l'État. Militants et militantes, eux, ne seraient que des sectaires, défendant des causes dépassées.

Danièle Demoustier, économiste, écrivait dans une étude « Le bénévolat associatif, qui se définit d’abord comme "une action libre sans rémunération pour la communauté" est un concept récent. Il s’est peu à peu dégagé des notions de philanthropie, d’entraide et de militantisme, pour s’affirmer à partir des années quatre-vingt comme l’expression dominante des implications non salariées dans les associations. » On le voit, bénévole permet de glisser vers la notion de travail gratuit.

Le militantisme, quant à lui, est une forme d’engagement politique ou associatif relatif à une cause que ses militantes et militants défendent pour faire vivre les notions de solidarité, liberté et justice sociale. Aujourd’hui, on parle de statut des bénévoles, justement parce qu’il existe des situations de conflits rappelant les rapports employeurs-salariés.

Parallèlement, le gouvernement s’acharne contre le code du travail et les conseils de Prud’hommes afin d’affaiblir le recours des salariés et des militants envers les employeurs. Medef et gouvernement multiplient les actes de criminalisation syndicale. Ils savent, eux, ce que veut dire militants.

Dans la page de La Marseillaise de la semaine dernière consacrée à l’engagement associatif, deux des personnes interrogées et présentées comme bénévoles déclaraient : l’une « Dès 1995 on a créé une section locale de RESF. Étant retraité j’y milite encore, ainsi qu’au secours populaire ». L’autre, qui a rejoint Aides, dira : « J’apprends beaucoup en militant ». Platon aurait dit que « la perversion de la Cité commence par la fraude des mots ». Il nous faut refuser les mots du politiquement correct imposé par les médias et dénommer clairement ce dont il s’agit.

Comme le disait récemment Alain Hayot, chargé de la culture au PCF, il nous faut repartir à la conquête des mots. Quant à moi, je suis militant et je le reste.

La Marseillaise, le 14 septembre 2018

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