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Plan santé. Des idées pour soigner le système français

Emmanuel Macron et Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, dévoilent ce mardi les détails du « Plan Santé ». Parmi les annonces attendues : la création d’un métier « d’assistant médical » à mi-chemin entre aide-soignant et secrétaire, la refonte de la carte hospitalière, ou encore, l’ouverture des hôpitaux de proximité à la médecine libérale. Nous avons questionné des élus et des spécialistes de la santé sur les besoins réels de la population. Ils nous livrent cinq propositions phares pour soigner notre système de santé.

Christophe Prudhomme est médecin urgentiste, délégué CGT et membre du Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie auquel le gouvernement a commandé un rapport en vue de sa réforme. Alain Bruneel, lui, est député (PCF) du Nord et a réalisé un tour de France des hôpitaux pour comprendre leurs besoins et les mettre en lumière... Et en musique, à travers un clip vidéo réalisé avec les équipes du CHU de Douai, et posté sur Youtube, le 10 septembre dernier.

De leur expérience, ils tirent cinq pistes majeures pour assurer l’avenir et améliorer l’accès aux soins.

1. Une offre spéciique à chaque territoire

« Il faut un centre de soins adapté à chaque bassin de vie », explique Alain Bruneel. Pour répondre au mieux aux besoins spécifiques de chaque territoire, le député souhaiterait un audit région par région, qui pointerait les manques de chacune en matière de structures ou de praticiens, dans les grandes villes comme dans les zones rurales. Avec, à terme, selon Christophe Prudhomme, la création de centres de soins de taille intermédiaire, regroupant des services d’urgence, maternité, gériatrie et l’ouverture aux médecins libéraux, permettant ainsi l’accès à plus de spécialistes.

2. « Du pognon pour les dingues »

Rebondissant sur « le pognon de dingue » lancé par Emmanuel Macron, le député milite avec cette formule pour une meilleure prise en charge de la psychiatrie, à travers plus de moyens humains et financiers. Un avis partagé par Christophe Prudhomme, qui voudrait en plus un système autonome avec, là-encore, des structures de proximité : « Il ne faut pas que la psychiatrie soit noyée dans le général », affirme-t-il. « C’est une spécialité qui requiert des locaux adaptés et du personnel expressément formé à l’encadrement de patients parfois très compliqués ».

3. Mieux vaut prévenir que guérir

« Aujourd’hui le travail rend malade ! », s’alarme aussi le médecin. « Si l’on veut faire des économies, continue-t- il, il faut penser prévention et améliorer les conditions de vie. Dans le domaine agricole, par exemple, avec l’interdiction du glyphosate et autres produits chimiques dangereux qui flin- guent la santé des producteurs comme des consommateurs ». Et, à plus large échelle, prendre en compte la pénibilité du travail dans tous les secteurs d’activité en adaptant l’âge légal de départ à la retraite.

4. Plus d’étudiants pour plus de médecins

Pour pallier l'actuel manque de médecins, l’élu et le praticien réclament l’ouverture voire la suppression pure et simple du « Numerus Clausus » en fin de première année de Médecine, au profit d’un système de partiels identique à celui des autres facultés. « Il faut arrêter de prendre les meilleurs et de dire aux autres qu’ils ne sont pas bons et peuvent plier bagage » s’agace ainsi Alain Bruneel. Plus modéré, Christophe Prudhomme voudrait au moins une sélection moins stricte, tenant compte des besoins d’aujourd’hui mais aussi de demain, en gardant à l’esprit qu’il faut au moins dix ans pour former un médecin.

5. Un hôpital plus (d’)humain(s)

Enfin, outre le manque de praticiens, les deux hommes se rejoignent sur la nécessité de recruter plus de personnel soignant à tous les niveaux. L’un comme l’autre avancent d’ailleurs les mêmes chiffres : 300.000 postes supplémentaires, dont 100.000 aide-soignants et infirmiers en milieu hospitalier, et 200.000 postes dédiés à la prise en charge des personnes âgées dans les Ehpad. Pour y parvenir, ils imaginent un grand plan d’emplois et de formations avec, dans l’immédiat, la titularisation des personnels actuellement sous contrat privé et, à plus long terme, une revalorisation des études de tous les métiers du domaine médical.

6. Quid des moyens inanciers ?

Avoir des idées est une chose, encore faut-il pouvoir les financer. Mais sur ce point aussi, Alain Bruneel et Christophe Prudhomme s’entendent. « Il faut supprimer la taxe sur les salaires dans le milieu hospitalier ». Une mesure qui permettrait, selon eux, de redistribuer 4 milliards d’euros par an. Le député du Nord va même plus loin « en luttant contre la fraude sociale, qui coûte chaque année près de 20 milliards d’euros ». Interrogée à ce sujet, Audrey Jolibois, secrétaire générale FO à l’AP-HM, plaide pour la suppression pure et simple de la dette des hôpitaux.

Steve Claude (La Marseillaise, le 18 septembre 2018)

Repères

890 millions d’euros de déficit enregistrés, en 2017, par les hôpitaux publics. Un chiffre qui a doublé (470 millions en 2016) « malgré leurs efforts de maîtrise de leurs dépenses », souligne la Fédération hospitalière de France.

2.977 euros en moyenne par habitant de consommation de soins et de biens médicaux en 2017. Soit un total de 199,3 milliards d’euros, selon la Drees (direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques).

32 CHU (centre hospitaliers universitaires) existent en France. On dénombre aussi 241 hôpitaux dits de proximité (sans chirurgie ou gynécologie). Un rapport en préconise le double.

La Marseillaise, le 18 septembre 2018

La santé n’est pas une marchandise!

À l’instar de son plan de lutte contre la pauvreté, dévoilé la semaine dernière, le plan santé d’Emmanuel Macron, qu’il rendra public ce mardi, accouchera-t-il d’une souris ?

À écouter la bande-annonce du chef de l’État et de sa ministre de la Santé, Agnès Buzyn, il faut s’attendre à des annonces historiques avec, à la clé, la mise en branle d’un nouveau modèle « aussi important que celui de 1958, quand on a créé l’hôpital public actuel ». Une déclaration à l’allure d’un faire-part en bonne et due forme ! Car l’hôpital public est nettement dans le collimateur du gouvernement.

Le cas de l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille en est le parfait exemple. Minée par la dette, l’AP-HM est sommée de se restructurer au prix de suppressions d’emplois et de lits. On fait mieux en matière de réanimation d’un outil public indispensable à Marseille etàsarégion!Surleplan national, la même logique de la rentabilité est à l’œuvre.

Mais si aujourd’hui les centres hospitalo-universitaires sont en grandes difficultés, c’est essentiellement à cause d’un modèle de financement pervers.

Étranglés par le marché

Puisque Macron évoque les mânes du grand Charles, rappelons que jusqu’aux années 1970, l’hôpital public était financé par les cotisations. Autrement dit, sans prêt bancaire. Ces cotisations -qui ont fait de l’hôpital la propriété de ses usagers et de ses salariés, aujourd’hui dépossédés- ont même doublé et permis de répondre aux besoins de santé. L’hôpital n’est pas malade de trop soigner mais de payer ses dettes sur les marchés. Et si on lui redonner son statut pleinement public ?

Françoise Verna (La Marseillaise, le 18 septembre 2018)

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