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Logan Girard. Violences faites aux femmes : la société, le législateur et le juge

Logan Girard. Doctorant en droit public et membre de la Ligue des Droits de l’Homme de l’Hérault.

Depuis octobre 2017 et l’affaire « Weinstein », du nom de ce producteur de cinéma américain accusé de harcèlement et d’agression sexuelle sur plusieurs femmes, la société toute entière, aux États-Unis, en France et partout dans le monde, semble concernée par les violences sexistes. Les hashtags #Metoo et #Balancetonporc ont ainsi permis à des milliers de femmes de témoigner des agressions sexuelles qu’elles ont subies.

Le phénomène des violences dues au genre avait pourtant été mis en évidence bien avant. Ne serait-ce que durant les décennies précédentes, le terme de « féminicide », qui désigne le meurtre des femmes du fait qu’elles sont femmes, est créé par Jill Radford et Diana Russell en 1992. Quant au mouvement « Metoo », il a été lancé dès 2007 aux Etats-Unis par Tarana Burke.

Ces violences spécifiques ont été conceptualisées il y a de nombreuses années, fournissant les armes intellectuelles à toutes celles qui ont été agressées, dont elles ont su se servir pour dénoncer des comportements malheureusement trop communs.

Face à la pression sociale, il arrive alors que le politique s’empare du sujet, comme en France avec la loi renforçant la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Ainsi que son nom l’indique, il s’agit surtout de d'accroître, de durcir la lutte contre ces violences : si ce n’est la création de l’« outrage sexiste », la loi innove peu. Car la lutte contre les violences sexistes et sexuelles passe d’abord et avant tout par la répression du viol et des agressions sexuelles.

C’est là qu’intervient la figure du juge. Pour qu’un droit soit effectif, il faut non seulement que l’on puisse le faire valoir devant un tribunal mais que l’action en justice donne le résultat escompté, en l’occurrence une condamnation de l’agresseur.

Or, en France, le viol est très souvent requalifié en agression sexuelle, plus facile à caractériser mais moins satisfaisante pour la victime. De plus, on constate une diminution des condamnations pour viol sur les dix dernières années, due à la conjugaison du fort taux de classement sans suite des plaintes (73%) et du taux conséquent de non-lieu total prononcé (33%).

Il faut alors espérer qu’après avoir réussi à trouver un relais au sein du Parlement, la lutte contre les violences faites aux femmes trouve un écho dans les parloirs. Pour que #Metoo puisse se traduire un jour par #Condamnetonporc.

La Marseillaise, le 21 septembre 2018

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