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Jacques Blin. Le patrimoine, de la pierre ou de l'humain ?

Jacques Blin. Membre du bureau de l’Institut d’histoire sociale de la CGT.

« Le patrimoine, c'est une cause nationale », avait déclaré Macron. « Quand on parle du patrimoine, on parle de l'identité de notre pays » et, de ce fait, « il appartient à tous », a- t-il ajouté en face des porteurs de projets sélectionnés par la mission menée par Stéphane Bern, dont il a salué « la force de conviction », celui qui animait sur France Inter « le Fou du roi » incarne aujourd’hui ce rôle.

Selon lui, les revenus du loto du patrimoine devraient être doublés par les investissements des mécènes. « On ouvre les portes à l’investissement privé, dans une conception libérale de l’investissement comme celle qu’Emmanuel Macron applique dans tous les domaines. » Si le patrimoine est une cause nationale, ce patrimoine ne concerne que des monuments consacrant pour l’essentiel une histoire de châteaux et d’églises. Fi du patrimoine industriel et de l’histoire des femmes et des hommes qui ont trimé dans des usines qu’aujourd’hui on efface de notre paysage. La pauvreté aussi est élevée au rang de cause nationale, aura-t’elle bientôt son loto ? Comme Zorro, le plan pauvreté vient d’arriver. Avec ce plan, Macron remet au centre de son discours la question des « devoirs » des personnes pauvres, notamment quand il parle de leur accompagnement et surtout de leur obligation de ne pas refuser plus de deux offres d’emploi.

Sous prétexte de donner aux personnes la possibilité de choisir leur vie, il introduit la dimension d’obligations et de sanctions. En bon communiquant, l’Élysée brandit le chiffre de 8 milliards d’euros sur quatre ans consacrés à ce plan. Oubliant de préciser, comme l’ont fait plusieurs associations, que la moitié était des redéploiements de crédits déjà engagés. 4 milliards de plus, donc, d’où il faut déduire également la baisse des APL, la hausse de la CSG, la baisse des emplois aidés, etc. Au final, la balance ne penche pas franchement en faveur des 8,8 millions de personnes en situation de pauvreté. Comme le chantait Ferrat « t’as pas cent balles pour le cancer/T’as pas cent balles pour la misère… » et pendant ce temps-là, 5 milliards par an sont offerts aux plus fortunés via la seule suppression de l’ISF, pendant ce temps-là les Restos du cœur vont entamer leur 34e campagne d’hiver.

La Marseillaise, le 21 septembre 2018

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