Fédération des Pyrénées-Orientales

Fédération des Pyrénées-Orientales
Accueil
 
 
 
 

Budget. Les illusionnistes entrent en piste ce lundi

Le projet de loi de finances pour 2019 est présenté ce lundi en conseil des ministres. Les ménages modestes seront une fois de plus mis à contribution. Mais le plan com’ est en marche : que du bon pour votre pouvoir d’achat ! C’est le gouvernement qui vous le dit…

Va-t-on en finir avec la taxe sur les farines, semoules et gruaux de blé tendre ? Le débat agite les spécialistes. Sans doute en saura-t-on plus après la présentation ce lundi en conseil des ministres, avant que le texte ne soit transmis à l’Assemblée nationale, du projet de loi de finances pour 2019 (le budget de l'État). Quelques grandes lignes du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, dont la présentation officielle n’aura lieu que la semaine prochaine, seront aussi révélées. Sur le fond, les intentions du gouvernement sont dé- jà connues. Mais l’exercice va relever de la haute voltige.

Les moins 3% d'abord !

Car Emmanuel Macron et son gouvernement sont dans une nasse. Il leur faut respecter les règles européennes en matière de déficit public -moins de 3% du produit intérieur brut (PIB)- comment sinon prétendre être leader au sein de l’Union ! Tout en continuant à satisfaire à grands frais la classe sociale pour laquelle ils roulent, au nom bien sûr des investissements et de l’emploi. Au menu de 2019 : poursuite de la baisse du taux de l’impôt sur les sociétés (de 33,33% à 31%), suppression de l’exit tax créée en 2011 pour freiner l’exil fiscal des entrepreneurs, qui sera remplacée selon Bercy par « un dispositif anti abus » « plus ciblé ». Et transformation du CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), mis en place en 2013, en baisse de cotisations sociales - ces deux dispositifs se chevauchant en 2019, il en coûtera 40 milliards d’euros à l’État (20 milliards de CICE au titre de 2018, et 20 autres de compensations à la Sécurité sociale des nouveaux allégements de cotisations).

Moins de contrats aidés, moins de fonctionnaires

Difficulté supplémentaire, malgré les cadeaux accordés dans le budget 2018 (fin de l’ISF, taxation des revenus du capital à 30% maximum ...) -à moins que ce ne soit à cause d’eux !- la croissance ramollit (+ 0,3% au premier semestre, contre +0,9% pour la zone euro hors France), obligeant Bercy à tabler pour 2019 sur une hausse du PIB de 1,7% au lieu de 1,9%. Or moins de croissance, c’est moins de rentrées fiscales. Et dans la logique libérale, plus de coupes dans les dépenses pour tenir les comptes.

19.000 emplois supprimés pour cause d'heures sup’ déiscalisées

« Tout le monde sera mis à contribution », a promis Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie. Certains plus que d’autres ! Les fonctionnaires en tête : 4.500 postes supprimés en 2019 (2.000 dans les services du fisc et des douanes, 1.800 à l’Éducation nationale). Les chômeurs : 100.000 contrats aidés seulement financés par l'État contre 200.000 en 2018 et 320.000 en 2017. Et tous les ménages modestes : désindexation des retraites, des allocations familiales et des allocations logement (elles n’augmenteront que de 0,3% en 2019, alors que l’inflation prévue est de 1,6%), nouveau mode de calcul de l’APL, hausse des taxes sur le tabac, sur les carburants (+7 centimes sur le diesel, + 4 centimes sur l’essence)…

Mais il va falloir faire preuve de délicatesse. La cote de popularité du président est au plus bas. Et le pouvoir d’achat des ménages vacille. Après une chute au premier trimestre (-0,6% par individu), due en partie à la hausse des prix de l’énergie mais surtout aux choix budgétaires 2018 (hausse des taxes sur les hydrocarbures et le tabac, hausse de la CSG…), il s’est refait au second trimestre (+0,6%) selon l’Insee qui attribue une grande partie du miracle au remplacement de l’ISF par l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) - autant dire que les familles populaires sont peu concernées !

Le gouvernement a donc mis au point un grand numéro d’illusionniste, clamant que ce budget va gonfler de 5 milliards d’euros le pouvoir d’achat des ménages. L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) ramène ce gain à 3,5 milliards, et précise qu’il sera très inégalement par- tagé ! Est vantée bien sûr la poursuite de la baisse de la taxe d'habitation, touchant 80% des ménages assujettis. Et quelques sucres ont été récemment sortis du chapeau. Sur les 7,5 millions de retraités qui ont subi la hausse de CSG de 1,7 point (pension supérieure à 1.200 euros) 300.000 en seraient exonérés en 2019.

Pour les salariés, à compter du 1er septembre, les heures supplémentaires seraient exonérées de cotisations sociales. Une arnaque qui consiste à piquer du salaire socialisé -au détriment de la protection sociale- pour faire croire à quelques-uns qu’ils toucheront plus à la fin du mois. Si peu d’ailleurs : après la casse récente du code du travail, un accord d’entreprise peut baisser de 25 à 10% la majoration due sur les heures sup’. Et si l’on ajoute que l’OFCE estime que cette mesure pourrait contribuer à détruire 19.000 emplois, on apprécie le cadeau !

La Marseillaise, le 24 septembre 2018

Le président des siens

La présentation du budget de la nation donne le La de la politique de l’État pour un an. Elle intervient dans un contexte politique inédit.

La première année du quinquennat, durant laquelle le président Macron a vu glisser sur lui les ennuis comme l’eau sur les plumes d’un canard, est belle est bien finie.

Des plumes, le chef de l’État en a perdu durant l’été. Englué dans l’affaire Benalla, révélatrice d’une pratique monarchique du pouvoir, Emmanuel Macron a bien tenté de se refaire avec la présentation du plan pauvreté.

Objectif : se défaire de son image de président des riches qui lui colle à la peau en donnant à son action un pilier « social » et ainsi une image d’équilibre.

Si tôt et en même temps si bas

Au regard des enquêtes d’opinion, les Français n’ont semble-t-il pas cru à la compilation de mesures présentées.

Selon un sondage Ifop pour Le Journal du dimanche publié hier, seuls 29% des Français sont désormais satisfaits de son action. Une chute libre sachant qu’il avait déjà perdu 5 points au mois d’août (34%), se plaçant en dessous de la popularité de François Hollande à la même période.

Le départ de Nicolas Hulot et sa désillusion contribuent à faire perdre à Emmanuel Macron 12 points chez les sympathisants écologistes. Dans l’ensemble, les Français lui reprochent le sort réservé aux retraités et les difficultés qu’ils rencontrent en matière de pouvoir d’achat.

C’est à cette aune qu’il faut mesurer ses efforts de communication qui relèvent de l’illusionnisme.

Emmanuel Macron ne peut pas changer de cap : en étant le président des riches, il est d’abord le président des siens.

Léo Purguette (La Marseillaise, le 24 septembre 2018)

Repères

425 milliards d’euros de dépenses totales votées dans le projet de loi de finances 2018.

+0,6% (hors inflation) de hausse prévue pour 2019.

300 milliards d’euros de recettes totales votées pour 2018 dont 286 milliards de recettes fiscales (montant avant prélèvements au profits des collectivités territoriales et de l’Union européenne).

195 milliards d’euros au total empruntés par l’État en 2018 sur les marchés.

La Marseillaise, le 24 septembre 2018

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.

 
44 Avenue de Prades 66000 Perpignan Tél: 04.68.35.63.64