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Aquarius, mineurs en détresse à Marseille, taudis malien à Montreuil… Ça suffit ! Le droit à la fraternité ! C'est maintenant !

Le droit à la fraternité d’abord !

Unique navire humanitaire présent en Méditerranée, l’Aquarius, sauve des vies mais aussi l’honneur de l’Europe. En signe de solidarité, l’équipage de SOS Méditerranée reçoit une fin de non-recevoir de la part de la France à sa demande d’être accueilli. En affirmant chercher une « solution européenne » pour l’accueil des 58 rescapés, actuellement à bord de l’Aquarius, le gouvernement français ferme en réalité la porte. Sa porte. Mais la position du président Macron n'est pas celle, heureusement, de tous les Français. Il se passe en effet quelque chose, des élans de solidarité, des expériences fraternelles. Et c'est en effet là que tout se joue, dans la fraternité.

Un principe qui embrasse Français et étrangers

Pour en revenir à la position officielle de la France, comment, un pays qui a pour devise « Liberté, égalité, fraternité » peut-il se laver les mains face à l’horreur ? Comment la République peut, à force de lâchetés et de renoncements, effacer sa devise ?

Le 6 juillet, le Conseil constitutionnel a pourtant clairement dit, dans une décision historique, que « la fraternité est un principe à valeur constitutionnelle ».

Ce principe a toujours dérangé les ennemis de la liberté et de l’égalité. Pour une raison précise: la fraternité embrasse, dans un même élan, Français et étrangers. Sa force est universelle. Elle chante et place au dessus de tout, la dignité humaine et la reconnaissance de l’autre. Les seuls à avoir combattu la fraternité sont nés des ténèbres. Les derniers en date, siégeaient à Vichy.

Françoise Verna (La Marseillaise, le 26 septembre 2018)

Direction Malte pour le navire Aquarius

Un accostage à Malte, des rescapés répartis entre la France, l’Espagne et le Portugal : Paris a refusé d’accueillir l’Aquarius au nom d’une « solution européenne ».

Une « solution européenne » : ce que le gouvernement français a prétexté pour ne pas accueillir l’Aquarius. Finalement, Malte a accepté d’ouvrir son port. Dans la foulée, un accord est annoncé avec l’Espagne et le Portugal pour se répartir les 58 migrants à bord. « Sur le plan humanitaire, aucune raison de refuser », commente Francis Vallat, président de SOS Méditerranée.

« Un mini sommet pour accueillir 58 personnes, c’est une blague ! », ironise Cédric Herrou, agriculteur niçois, figure de l’engagement citoyen auprès des migrants. « La volonté est d’entraver le travail des sauveteurs et d’envoyer un message clair à ceux qui voudraient le faire ». De fait, l’Aquarius est le dernier navire associatif à croiser au large de la Libye. Les opérations de criminalisation des ONG ont été efficaces et la menace du Panama de retirer son pavillon à l’Aquarius est dans la même veine : le transformer en pirate des mers. Pourtant, SOS Méditerranée ne désarme pas : Francis Vallat le martèle : « nous devons continuer notre mission ». A terre, dans son port d’attache, qu’est Marseille, les soutiens sont nombreux. Toute la classe politique de gauche a demandé à l’accueillir. Même le maire LR Jean-Claude Gaudin a tenu à préciser que « cela ne me gênerait pas. Bien sûr », tout en ajoutant dans la foulée que « c’est l'État qui décide ». Un État, ou plus précisément un président Macron, que chacun a appelé à « prendre ses responsabilités ».

« Ne laissons plus faire ! », clame la CGT des Bouches-du-Rhône dans un communiqué qui rappelle que « le premier des devoirs est de mettre à l’abri ». Ne pas laisser faire, c’est également ce que disent les militants rassemblés devant le Mucem ou agissant dans le foyer Bara à Montreuil. « Une réaction est, peut-être, en train de monter », veut espérer le réalisateur Robert Guédiguian.

« On se pense isolé, on est beaucoup »

« On se pense isolé, mais, en fait, on est beaucoup », confirme Cédric Herrou. Revenant d’une tournée de présentation national du documentaire « Libre » que Michel Toesca a réalisé sur lui, l’agriculteur niçois se dit « très étonné du nombre d’associations ou d’actions citoyennes qui existent un peu partout sur ce sujet. On en a recensé 1.500 ». « On ne peut pas empêcher les migrations, qu’est-ce qu’on peut faire d’autre que s’en occuper ? », interroge Robert Guédiguian. De fait, les prévisions de l’ONU confirme ses dires avec 143 millions de réfugiés annoncés pour 2050 dans le monde.

Un fait que l’Europe ne semble pas vouloir regarder en face. Intervenant devant le Sénat en 2015, le juriste Yves Pascouau notait que l’UE avait « refusé de prévoir », de regarder les rapports où tout était pourtant annoncé. « En 2014, dans son document stratégique sur la question, la guerre Syrie n’était même pas mentionné », précise-t-il aujourd’hui. Selon lui, la situation ne s’est pas améliorée : « on est toujours dans une forme de réaction à la situation à laquelle s’ajoute une division politique intense ». Ce qui ne pourra pas évoluer « tant que l’on n’aura pas compris que la question migratoire n’est pas une question du ministère de l’Intérieur », explique- t-il. Avant d’enfoncer le clou : « Il n’y a pas de vision stratégique, pas de politique sur le long terme, seulement une logique court-termiste ».

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 26 septembre 2018)

A terre, un accueil pas meilleur

Les salariés de la Plateforme d’accueil des demandeurs d’asile de Marseille étaient toujours en grève hier pour dénoncer leurs conditions de travail : trois agents pour gérer 300 personnes. Une situation que le gouvernement n’a pas prévu d’améliorer, l’essentiel du budget du ministère de l’Intérieur, présenté lundi, est en effet consacré à… la construction de centres de rétention pour augmenter leurs capacités.

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 26 septembre 2018)

Pour Robert Guédiguian : une réaction citoyenne est en train de naître

Au sort réservé aux rescapés de l’Aquarius et aux résidents du foyer Bara de Montreuil, le réalisateur marseillais Robert Guédiguian oppose la riposte citoyenne. Réaffirmant ce qu’il déclarait il y a peu que celle-ci sauve « l’honneur de l’humanité ».

Dans son dernier film, "La villa", Robert Guédiguian disait avoir « pris parti pour notre avenir, les réfugiés », car « ils nous renvoient à l’essentiel de l’humanité ».

La Marseillaise. Que vous inspire la réaction de la France qui répond à l’Aquarius qui demande à accoster qu’elle veut trouver « une solution européenne » ?

Robert Guédiguian. Je continue à être très choqué par ce type de position. Je ne dis pas qu’il ne faut pas chercher une solution européenne, bien entendu. Mais, et pour utiliser un terme qu’on a entendu tout au long de l’année écoulée, « en même temps » on pourrait accueillir ces gens. J’ai donc honte pour nous, honte pour les pouvoirs publics, honte de leur attitude. Quelqu’un qui se noie, on lui tend la main. D’abord on le sauve et après on voit ce qu’on fait avec lui. Je veux bien qu’on se pose des questions mais après. Car le geste de sauver ne doit être soumis à aucune condition, c’est un geste d’humanité pure, absolue. Cela ne se discute pas, ne se négocie pas.

La Marseillaise. Des voix s’élèvent contre l’inhumanité du traitement réservé aux migrants. En mer avec l’Aquarius, mais aussi sur terre comme dans le foyer Bara dans la ville de Montreuil où vous habitez aussi ?

Robert Guédiguian. On est effectivement sur une grande mobilisation et ce qu’a fait le maire est très bien : une belle et bonne manière de montrer la réalité des conditions qui sont faites à ces personnes. Je mets au même niveau cela que les manifestations organisées par des cinéastes notamment pour dénoncer l’emprisonnement du réalisateur ukrainien Oleg Sentsov en Russie. Pourquoi ? Parce ce que ce type d’interventions de la société ci- vile montre que, peut-être, est en train de naître une espèce de réaction forte et généralisée qui relève de la morale. Car tout cela, c’est par delà la politique, par delà le bien et le mal, cela dépasse le simple cadre de droite et de gauche. J’espère que beaucoup de gens de part et d’autre, dans tous les milieux, vont se relever et s’élever contre ces actes faits au nom, une fois de plus, d’un « réalisme économique ». Si on laisse faire cela, c’est la fin de l’humanité.

La Marseillaise. Un réalisme économique auquel on peut opposer un autre réalisme : on ne peut empêcher les gens de fuir la misère, la guerre… ?

Robert Guédiguian. On n’empêchera jamais les populations de migrer. L’histoire ne l’a jamais fait. Quand les gens meurent de faim, qu’il fait trop chaud, trop froid, qu’il n’y a plus de gibier… Ils vont dans d’autres terrains de chasse. C’est une loi de la nature. Les gens migrent depuis que le monde existe, allant d’endroits défavorables vers des endroits où les conditions de vie sont moins dures. Je ne vois pas pourquoi du jour au lendemain l’humanité ferait le contraire. C’est absurde. Le vrai réalisme serait donc effectivement de la prendre à bras le corps et s’en occuper. Que faire par rapport à cela si ce n’est s’en occuper, s’en préoccuper avec humanité et avec morale ? De plus, le dernier rapport tout à fait officiel de l’institut de démographie française établit à même pas 10 millions sur 420 millions d’Européens le nombre d’Africains. Face à cela, comment on peut continuer à nous faire peur, à nous dire qu’il va y avoir un remplacement, que notre civilisation va changer… ? C’est un pur mensonge et c’est ahurissant qu’on continue de le développer.

Entretien réalisé par Angélique Schaller (La Marseillaise, le 26 septembre 2018)

L’accueil des mineurs n’est pas assuré à Marseille

Plus de 300 mineurs étrangers isolés sont livrés à la rue. Une dizaine d’associations manifeste à 18h30 devant le Mucem, pour mettre les pouvoirs publics face à leurs obligations légales.

Pour les mineurs, il existe une loi : « Tout enfant qui est temporairement ou définitivement privé de son milieu familial a droit à une protection et une aide spéciales de l’État » précise l’article 20 de la Convention internationale des droits de l’enfant. Et il a été déterminé une responsabilité : elle incombe aux services de l’aide sociale à l’enfance des départements. Mais à Marseille, depuis des mois, le CD 13 s’avère incapable d’ouvrir des places d’accueil et laisse la situation se dégrader.

Plus de 300 mineurs sont encore à la rue, dont 150 bénéficiant d’une OPP (obligation de placement suite à une décision de justice). « Le CD 13 est dans l’illégalité la plus totale ! » dénoncent le Collectif migrants 13, la LDH, Médecins du Monde, RESF 13, Emmaüs, la CGT PJJ, le syndicat des avocats de France, et la liste n’est pas close de ceux qui se mobilisent aujourd’hui à 18h30, heure de lancement de la nouvelle exposition du Mucem sur l’Exil, sur l’esplanade du musée. « Martine Vassal a été condamnée par la justice sans que la situation n’évolue », déplorent les manifestants. Un accompagnement pourtant indispensable. Moussa Camara, 18 ans, était âgé de 16 ans quand il a débarqué à Marseille, arrivé de Guinée par Zodiac. Orienté par la police sur l’Addap 13, seul organisme avec la Dimef habilité par le conseil départemental à l’accueil des mineurs, il s’inscrit sur les listes d’attente. « J’ai attendu, en y allant 3 fois par semaine, sans repas assuré, plus de 2 mois. Je dormais par terre à Saint-Charles, explique le jeune homme, J’étais déprimé, épuisé, je me faisais voler. Une personne m’a accueilli et indiqué des avocats. J’ai alors pu intégrer un hébergement et une formation. Sans ça je serais sûrement tombé dans le vol. Comment faire autrement ? » Il doit signer dans dix jours un contrat de travail.

Myriam Guillaume (La Marseillaise, le 26 septembre 2018)

Foyer malien de Montreuil, une honte pour l’État

Situé à Montreuil, commune de 105.000 habitants de la Seine-Saint-Denis, le foyer Bara accueille des travailleurs maliens et affiche des conditions de vie déplorables. Conditions qu'ont pu constater les Montreuillois lors de l’opération portes-ouvertes organisée par les résidents de l’établissement géré par l’association Coallia, le 15 septembre dernier.

Face à cette situation, le maire PCF, Patrice Bessac a décidé de se rendre sur les lieux pour passer la nuit du jeudi 20 septembre aux côtés des résidents.

Dans une vidéo YouTube il dénonce « les conditions de vie inhumaines » au sein du foyer. Sanitaires qui ne fonctionnent plus, effondrement et pourriture de ces locaux construits en 1968 dictent la vie des 250 personnes qui s’y trouvent, selon les chiffres officiels. Dans le même temps, il demande « à l'Ètat qui se rend complice d'une situation digne des pires marchands de sommeil, de prendre ses responsabilités, de respecter ses engagements et de mettre à l'abri ses habitants ».

Le maire a décidé de prendre un arrêté d’extrême urgence pour « risque grave de sécurité » rendant le lieu inhabitable.

Rappelons qu’en 2013, un protocole signé avec l’ancienne ministre du Logement Cécile Duflot prévoyait la démolition et la reconstruction du foyer pour l’année 2018. Rien n'a été fait. Pour sortir de cette situation, un relogement provisoire est possible dans des locaux vides de l'Afpa à Montreuil. Cette solution est actuellement rejetée par les pouvoirs publics. « C'est incompréhensible et inacceptable » déclare-t-on en mairie.

De nombreuses associations et des particuliers soutiennent la démarche du maire.

Agathe L’Hôte (La Marseillaise, le 26 septembre 2018)

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