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Transports urbains. « À Perpignan, un projet de gratuité des bus serait cohérent »

Un spécialiste perpignanais fait partie de l’équipe à l’origine de la gratuité des bus à Dunkerque.

Maxime Huré est maître de conférence en sciences politiques à l’université de Perpignan, spécialiste des transports et de la mobilité. Ce Normand d’origine, installé depuis 3 ans dans la cité catalane, a notamment mené l’étude sur la gratuité intégrale des bus à Dunkerque. Il revient pour l’Indépendant sur cette expérience qui a déjà séduit 31 réseaux de bus en France. Elle pourrait se retrouver au cœur de la prochaine campagne municipale à Perpignan.

L’Indépendant. Dunkerque est-elle avant gardiste en matière de gratuité des bus ?

Maxime Huré. L’agglomération Dunkerquoise est l’une des plus gran- des agglomérations à tenter l’expérience, mais d’autres villes comme Compiègne (1975), Châteauroux (2001), Aubagne (2009) ou encore Niort (2017) ont déjà mis ce dispositif en place. On peut d’ailleurs noter que c’est un projet qui n’a pas de couleur politique.

L’Indépendant. Si l’on veut faire un parallèle, Perpignan est tout de même plus peuplée que ces villes…

Maxime Huré. Je pense que Perpignan et Dunkerque ont des caractéristiques socio-spaciales comparables. Des villes étalées à forte motorisation, une importante population précaire avec des difficultés sociales, des problèmes de pollution, un centre-ville qui souffre… Un projet de gratuité serait cohérent.

L’Indépendant. Que répondez-vous aux détracteurs qui craignent une augmentation des impôts locaux en contrepartie ?

Maxime Huré. Il faut savoir qu’aucune des villes ayant mis en place cette politique n’a augmenté ses impôts locaux.

L’Indépendant. Comment trouver le financement alors pour des collectivités sur le fil du rasoir budgétairement ?

Maxime Huré. Plusieurs mesures sont envisageables. Il s’agit premièrement d’un choix d’allocation des ressources publiques. À Dunkerque, par exemple, il était question d’un grand stade et les élus ont préféré investir dans les transports. Ensuite, il y a la possibilité d’augmenter le versement transport demandé aux entreprises. On peut aussi affecter les recettes du stationnement automobile au réseau.

L’Indépendant. Envisager une charge supplémentaire pour les entreprises serait peut-être malvenu ?

Maxime Huré. Non, car elles vont bénéficier de cette mesure. Directement, car elles n’auront plus à rembourser leurs employés de la moitié de leur titre de transport (obligatoire). Mais aussi indirectement, car la gratuité a redynamisé les centres-villes concernés. À Dunkerque, les commerçants sont plutôt contents, on sent un frémissement dans la consommation, mais nous n’avons qu’un mois de recul et c’est encore compliqué à mesurer.

L’Indépendant. Suffit-il d’une décision politique pour passer au transport gratuit ?

Maxime Huré. Avant de réfléchir à la gratuité, il faut un véritable projet politique d’investissement. Dunkerque a investi 65 millions sur 5 ans afin d’améliorer son réseau et passer à la gratuité. Il faut des bus en sites propres (séparés des automobiles), peut-être un tramway, et surtout un réseau de transport dimensionné à la taille de la ville, ce qui ne semble pas être le cas à Perpignan. Tout ça pour que le réseau puisse absorber l’augmentation de fréquentation. La gratuité ne peut être pensée seule.

L’Indépendant. Quels sont les avantages à la gratuité des transports collectifs ?

Maxime Huré. Favoriser les transports, c’est globalement augmenter l’attractivité, notamment pour les cadres du privé et du public. Une ville qui fait ce choix fait l’effort de conserver et d’attirer cette tranche de la population. La voiture est facteur d’appauvrissement et le sera de plus en plus avec les augmentations du coût de l’essence. La gratuité ne doit pas choquer, une grosse partie des municipalités françaises pratique déjà la gratuité partielle, pour les + de 65 ans, les chômeurs ou les jeunes. Passer à la gratuité, c’est finalement se priver d’une recette pas si importante que ça. Elle correspond dans la moyenne des villes françaises à 17% du budget de fonctionnement des transports.

Propos recueilli par Philippe Comas (L'Indépendant, le 27 septembre 2018)

Gratuité à Dunkerque depuis le 1er septembre

La gratuité des transports collectifs dans l’agglomération dunkerquoise ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe. Depuis 2 ans, la gratuité est testée les week-ends et étudiée sous toutes ses coutures.

« L’augmentation de la fréquentation a été très importante, +78 % le dimanche et +29% le samedi,en moyenne plus de 5.000 usagers par jour », explique Maxime Huré. « De nouveaux publics ont été captés, des jeunes de -de 20 ans qui n’ont pas encore le permis, des personnes en situation de précarité et/ou isolées, mais aussi un public familial qui abandonne plus facilement la voiture pour se rendre au centre-ville. Sans parler des incivilités qui ont diminué de 60 % le week-end. » Autant de données analysées et interprétées qui ont conduit à la gratuité totale 7 jours sur 7 du réseau de bus. Et le spécialiste de détailler : « Les objectifs sont multiples. Socialement d’abord, redonner du pouvoir d’achat à la population ou faciliter la mobilité des précaires, économiquement pour redynamiser le centre-ville et enfin au niveau environnemental pour lutter contre la pollution. »

Des résultats et des arguments qui semblent faire mouche puisque beaucoup de villes comme Grenoble, Clermont-Ferrand, Amiens et même Paris réfléchissent à un projet de gratuité.

L'Indépendant, le 27 septembre 2018

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