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Les retraités ne coûtent pas, ils produisent de la valeur !

À l'heure où la CGT organise son colloque sur les systèmes de retraite européens, la violence des attaques contre les retraités en France ne se dément pas. Pourquoi ? Bernard Friot, économiste, récuse un système capitaliste qui renie la qualité de producteur aux retraités. Explications.

Je ne saurais trop mettre en garde contre une lecture de l’offensive de Macron contre les retraites en termes de baisse du pouvoir d’achat ou de plus injuste répartition des richesses. L’enjeu de la lutte de classes n’est pas la répartition de « la valeur », c’est sa qualification : est-elle capitaliste ou communiste ? À quoi bon mieux répartir « la valeur » si ce qu’on produit est de très mauvaise qualité ? Le régime général, sur le modèle de celui des fonctionnaires, a construit la pension des retraités comme le droit à la poursuite à vie de leur meilleur salaire, ce qui les pose comme producteurs de valeur, une valeur qui ne fructifie aucun capital, une valeur communiste. C’est cette logique, certes atténuée par les réformes du salaire de référence, passé dans le privé des 10 aux 25 meilleures années mais maintenu jusqu’ici dans la fonction publique comme celui des six meilleurs mois, que la réforme Macron veut supprimer, alors qu’elle représente aujourd’hui les trois-quarts des pensions. Il veut la remplacer par la pension comme différé des cotisations de carrière consignées dans un compte, sur le modèle de l’Arrco-Agirc, qui pose les retraités comme non producteurs de valeur (ce à quoi les assigne en effet le capitalisme puisqu’ils ne mettent en valeur aucun capital). Ces non-productifs auront droit au différé de la partie de leur salaire passé qu’ils ont mis au pot commun par leurs cotisations. L’enjeu de la réforme des pensions de retraite est donc : les retraités sont-ils oui ou non producteurs de valeur ? La question se pose de la même façon pour les fonctionnaires, pour les femmes dans leur seconde journée consacrée au travail domestique, pour les étudiants, pour les chômeurs, pour toutes celles et ceux qui produisent des biens et services non validés sur le marché ou dans un emploi. La réponse capitaliste est « non ». La réponse communiste, telle qu’elle se construit concrètement dans la lutte de classes, est tout autre. Oui, les retraités, les chômeurs, les fonctionnaires, les femmes de la seconde journée, les étudiants, les agriculteurs qui ne parviennent pas à vendre leur production, sont des travailleurs productifs. Faire du poste de travail quémandé auprès d’un capitaliste ou de la marchandise vendue sur le marché le support du droit à ressources est une violence qui est en train d’être subvertie par l’attachement du droit au salaire à la personne même du travailleur. Nous ne parviendrons à réinstaurer le statut des cheminots, des gaziers ou des salariés d’Orange, à maintenir celui des fonction- naires, à créer un salaire étudiant et à intégrer l’Agirc-Arrco dans un régime général déplafonné et assurant pour tous 100% du salaire net des 6 meilleurs mois qu’en nous battant pour la généralisation du salaire comme droit politique attaché à la personne.

La Marseillaise, le 27 septembre 2018

Christophe Ramaux. « La retraite, un gâteau de 300 milliards d’euros »

Christophe Ramaux est membre des « Économistes atterrés » et auteur d’un rapport sur les retraites françaises.

La CGT organisait hier un colloque sur les retraites en Europe. En France, les premières négociations autour de la réforme voulue par Emmanuel Macron ont commencé. Sur le sujet, Christophe Ramaux appelle à défendre notre modèle social actuel.

La Marseillaise. Pourquoi s’attaque- t-on ainsi aux retraités ?

Christophe Ramaux. Parce que c’est, rien qu’en France, un fantastique marché de 300 milliards d’euros sur lequel la finance et les libéraux voudraient bien mettre la main ! Or aujourd’hui, ce « magot » échappe au capital grâce à notre système social de répartition. Un modèle dont on devrait d’ailleurs être fier et préserver. Preuve de son efficacité, la France est le pays dans le monde où les retraités vivent le mieux. Ils sont même deux fois moins nombreux à vivre sous le seuil de pauvreté que le reste de la population, fait unique en Europe.

La Marseillaise. Quel sort est réservé aux retraités dans les autres pays d’Europe ?

Christophe Ramaux. Chez nos voisins, le modèle qui prédomine est celui de la capitalisation, où les cotisations sont versées à des organismes privés. Un système dangereux qui entretient la spéculation puisque ces mêmes organismes utilisent notre argent pour acheter des titres sur les marchés financiers. Et donc avec le risque de tout perdre.

La Marseillaise. Quel système inspire Emmanuel Macron ? Est-ce le modèle suédois comme on le dit souvent ?

Christophe Ramaux. En partie, mais pas seulement. Le président voudrait un système dans lequel « un euro versé donne les mêmes droits ». Mais c’est de la poudre aux yeux. C’est même la porte ouverte aux inégalités. Les cotisations étant proportionnelles au salaire, un travailleur qui a connu beaucoup de chômage ou de petits boulots va, par exemple, peu mettre de côté et aura une retraite beaucoup plus faible qu’un cadre en CDI bien payé. Sans parler de l’écart salarial hommes-femmes. Pour préserver nos retraites, la France doit conserver son modèle actuel en augmentant progressivement les taux de cotisations pour faire face au vieillissement de la population.

Propos recueillis par Steve Claude (La Marseillaise, le 27 septembre 2018)

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