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Plutôt que le chômage, le pouvoir attaque les chômeurs !

L’échange entre le président de la République et un chercheur d’emploi, horticulteur de formation, avait suscité de très nombreuses réactions.

Les salariés des fonderies du Poitou, de Ford, du secteur bancaire ou de la distribution, celles et ceux qui travaillent dans les multiples sites industriels menacés en dehors des radars médiatiques, dans l’une des 25.000 associations ébranlées par la suppression des contrats aidés, ou encore les agents publics dont le poste est en voie d’être supprimé, devront-ils bientôt, eux aussi, traverser le fameux trottoir qui les emmènera vers… le chômage, dans un silence aussi glacial qu’une porte de Pôle emploi ?

Malgré tous les efforts pour maquiller les statistiques, plus de six millions de nos concitoyens restent à la recherche d’un emploi. On nous rétorque parfois que le tissu industriel se transforme sous l’effet des technologies et des demandes sociales. C’est justement cela qui justifie de pousser plus loin le projet de Sécurité sociale universelle, esquissé par Ambroise Croizat, qui permettrait de garantir un travail et une formation tout au long de la vie pour chacune et chacun.

A contrario, toutes les baisses de charges, la casse du droit du travail, l’argent public déversé à flot dans la besace des entreprises, de loi dite Travail en loi Macron, n’ont eu pour seul effet qu’une augmentation massive du travail précaire voire du travail illégal, notamment dans les secteurs de la restauration ou du bâtiment.

La menace du chômage n’est donc brandie comme épouvantail par les gouvernements et le MEDEF que pour faire accepter l’exploitation toujours plus forcenée du travail humain par un capital insatiable, en aucun cas pour résoudre le problème, car le niveau de chômage extraordinairement élevé sert autant à faire pression sur les salaires qu’à exercer un chantage contre les droits sociaux. Il permet encore de faire baisser le volume des cotisations pour attaquer le mode de financement solidaire des retraites et de l’ensemble de la Sécurité sociale. Voilà ses fonctions véritables, entretenues avec perversité, puisqu’il s’agit avant tout de vies humaines plongées dans la pauvreté.

La seule mesure annoncée contre le chômage consiste à réintroduire la dégressivité des allocations. Mettre la tête des privés d’emploi sous l’eau en leur accrochant un parpaing au cou est une méthode déjà utilisée par des gouvernements libéraux sans aucun résultat sur le retour à l’emploi. C’est au contraire en garantissant leurs droits et en leur permettant de poursuivre une vie digne, soulagés de la crainte de ne plus pouvoir payer ses factures ou de nourrir sa famille, que les privés d’emploi peuvent acquérir de nouvelles compétences et trouver un travail.

En réalité, cette mesure ne vise qu’à deux choses : faire accepter aux demandeurs d’emploi les travaux les plus précaires et abaisser encore les cotisations des employeurs, avec en ligne de mire la mise sous tutelle par l’Etat de la Sécurité sociale. D’un financement assis sur les salaires, M. Macron veut passer à un financement assis sur l’impôt qui laisserait au seul pouvoir politique le loisir de fixer les montants des allocations, en lien avec les institutions européennes et leurs prescriptions budgétaires. La suppression imminente des cotisations chômage remplacées par une hausse de 1,7 point de la CSG va non seulement contribuer au rapt organisé des retraités mais aussi amorcer cette mise sous tutelle. Ajoutons à ce sinistre tableau que la retraite par point annoncée risque grandement de priver les chômeurs de ressources futures…

La baisse du temps de travail, la sécurisation des parcours professionnels alliée à un droit à la formation, l’interdiction des licenciements boursiers, un autre accès au crédit pour les PME, ne sont pas des mesures plus complexes que les actuelles usines à gaz libérales, mais autrement plus efficaces pour lutter contre le chômage. Il faudra rehausser le ton.

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 27 septembre 2018)

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