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Dominique Plihon. « il y a un aveuglement libéral »

Dominique Plihon, porte-parole d’Attac et professeur d'économie à l’université Paris XIII, alerte sur les dangers d'une prochaine crise économique et appelle les autorités à agir en urgence contre les excès du capitalisme.

La Marseillaise. 10 ans après la chute de Lehman Brothers, avons-nous tiré les leçons de cette crise ?

Dominique Plihon. Les autorités publiques ont pris des mesures qui ne sont pas du tout à la hauteur de l’enjeu. Elles n’ont pas modifié le fonctionnement des banques systémiques ou des fonds spéculatifs à l’origine de la crise. Non seulement, ces mesures ne sont pas à la hauteur, mais avec Donald Trump aux États-Unis ou les conservateurs britanniques après le vote du Brexit, nous sommes entrés dans une ère de dérégulation financière qui rend de plus en plus probable le déclenchement d’une nouvelle crise. Le shadow banking notamment (les flux financiers qui échappent à toute forme de régulation, ndlr) fait peser un risque considérable sur le système économique mondial.

La Marseillaise. Comment expliquez-vous cette forme de légèreté face au risque bien réel d’une nouvelle crise ?

Dominique Plihon. Il y a un lobbying contre toutes formes de régulation bancaire qui est mené très efficacement auprès des élus. Les grandes banques françaises ne veulent pas entendre parler de nouvelles règles contraignantes. De plus, je pense que les autorités sont victimes d’une forme d’aveuglement idéologique néolibérale. À l’instar des propos d’Alan Greenspan (alors président de la Fed, la banque centrale américaine) à la veille de la crise en 2007. Il disait « ne pas s’attendre à un effet d'entraînement de la part des subprimes ou du reste de l’économie ». Un an plus tard survenait la pire crise économique depuis la grande dépression de 1929.

La Marseillaise. À Attac, quelles mesures prônez- vous pour limiter les risques d’une nouvelle crise économique ?

Dominique Plihon. L’instauration d’une taxe sur les transactions financières (incluant les produits dérivés et les taux de change) : soit 0,1% de la valeur de chaque transaction financière, la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires et l’augmentation des fonds propres (les réserves pour assumer les risques de pertes, ndlr) des établissements bancaires. Voilà de quoi entraver la capacité de nuisance des banques et des fonds spéculatifs.

La Marseillaise. Avez vous le sentiment que les thèses défendues par Attac se sont imposées dans le débat public ?

Dominique Plihon. Sur l’instauration d’une taxe sur les transactions financières, on a gagné la bataille idéologique. Aujourd’hui, il y a un grand nombre d’acteurs -y compris institutionnels- qui soutiennent l’idée de cette taxe. Mais le contexte politique n’est pas favorable pour le moment. J’ai bon espoir qu’on y parvienne dans un futur proche. Sur l’évasion fiscale, on a fait un vrai travail d’éducation populaire, aujourd’hui tout le monde sait qu’Apple ne paye pas ses impôts en Europe !

Propos recueillis par Marius Rivière (La Marseillaise, le 28 septembre 2018)

Repères

10.000. C'est le nombre d'adhérents d’Attac. Un chiffre que l’organisation espère bien dépasser pour la première fois depuis plus de 10 ans.

22. Attac dans le monde. L’ONG a la particularité de ne pas avoir de direction centrale. Tous les comités signent simplement une charte commune.

Plus de 100. Comités locaux répartis à travers toute la France.

45. Organisations partenaires. Des amis de la terre à Alternatiba en passant par la fondation Copernic ou Basta Mag, Attac a su multiplier les partenariats pour peser un peu plus face aux pouvoirs financiers.

60. C’est le nombre d’actions lancées simultanément à travers le monde le 15 septembre dernier par l’ONG pour marquer les 10 ans depuis la chute de Lehman Brothers.

La Marseillaise, le 28 septembre 2018

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