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Un an après le référendum. Les Catalans indépendantistes se souviennent

Hier, les commémorations du 1-O ont mobilisé des milliers de manifestants sur l’en-semble de la Catalogne. En premier lieu, devant les bureaux de vote où, il y a tout juste un an, les forces de l’ordre espagnoles furent envoyées par le gouvernement de Mariano Rajoy pour empêcher à tout prix que le référendum ait lieu. Celui de Sant Julià de Ramis, localité limitrophe de la ville de Gérone, fut l’un des objectifs privilégiés : c’était le bureau de vote où se rendait ce matin-là le président de la Generalitat (destitué le 27 octobre) Carles Puigdemont, lequel trompant la vigilance de l’hélicoptère de la police nationale, parvint néanmoins à glisser son bulletin dans un autre bureau de vote. Hier, son successeur « provisoire », Quim Torra présidait la commémoration à cet endroit, désormais sis « Plaça Primer d’Octubre ».

« La peur au ventre »

À Blanes, sur la Costa Brava sud, hier c’était jour de marché. D’étal en étal, vendeurs et clients échangent leurs souvenirs d’il y a tout juste un an… et pourtant, déjà si vieux ! Devant le stand de plantes aromatiques, placé juste devant le magasin « Puigdemont », (tenu par un cousin de l’ex président de la Generalitat), ça discute ferme. On en profite pour prendre part à la conversation et demander à Joan Nualart, retraité, s’il est allé voter l’an dernier : « Et comment ! Moi j’ai participé à avec au moins 500 à 600 personnes à protéger les urnes de mon bureau de vote ! ». Il assure avoir pris son « poste de garde » à 5h45 du matin ce premier octobre de l’an dernier. « Dehors, deux Mossos d’esquadra faisaient acte de présence, sans plus. Ni les agents de la Police Nationale ni ceux de la Garde Civile n’ont fait leur apparition ». Mais, « on avait la peur au ventre ». Car les volontaires se passaient les images diffusées via Whatsapp, de la violence exercée par les forces de l’ordre dans d’autres bureaux de vote : à Sant Julià de Ramis ; à Aiguaviva, tout petit village, de 560 électeurs, où, une cinquantaine d’agents casqués de la Garde civile avaient foncé à coups de matraques et de jets de gaz lacrymogènes sur le groupe d’une dizaine de personnes qui se trouvait à l’entrée de la mairie ; et surtout, à Barcelone, où 27 bureaux de vote furent pris d’assaut par les agents. Au total, en Catalogne, 77 bureaux de vote furent investis par les agents.

Un an plus tard, comment ce blanenc voit-il l’avenir immédiat en Catalogne ?… « Sombre ! On ne lâche pas les colonies si facilement sans avoir usé de stratagèmes, légaux, paralégaux, voire illégaux… » Il estime qu’il sera très difficile d’arriver à un pacte avec Madrid… Pessimiste, il lance à la cantonade : « On pourra s’estimer heureux si on retrouve le niveau d’autonomie d’avant ! ».

« Sans violence, il n’y aura pas d’indépendance »

Non loin de là, Ricard, manutentionnaire, témoigne lui aussi qu’il a fait partie de la garde rapprochée de son bureau de vote, à l’établissement d’enseignement secondaire « Institut Serrallarga », à mi-chemin de Blanes et de Lloret de Mar. Lui aussi est resté toute la journée du premier d’octobre sur place. Ce jeune homme, qui ne cache pas son appartenance aux CDR (Comités de défense de la République), est convaincu que « sans violence, il n’y aura pas d’indépendance ! ». D’ailleurs il a déjà eu maille à partir avec les commandos d’extrême-droite qui la semaine dernière ont provoqué des affrontements sur la promenade de mer après avoir décroché du balcon de la mairie l’affiche réclamant la liberté des leaders indépendantistes emprisonnés.

À Barcelone, Oriol Bru, 27 ans, était en faction depuis 8 heures du matin, aux côtés d’une centaine d’autres personnes, devant l’Escola Pia Sant Antoni (centre scolaire privé). « À midi on a vu arriver une vingtaine de fourgons de la Police nationale. Les flics sont descendus et se sont précipi- tés en trombe sur les gens.

« J’étais sidéré : ils ont tapé sur des gens comme toi et comme moi, des personnes normales, qui ne veulent rien d’autre que voter ! ». Il n’oubliera jamais. Autre témoignage, d’une dame de 70 ans, prénommée Sussi, sortant de son cours de… tango : « Oui j’avais l’intention ce jour-là d’aller voter ! » s’exclame-t-elle très en colère… Mais à l’École Ramon Llull, rue Consell de Cent, la police nationale « a pénétré de bon matin en sautant par-dessus la grille et avait emporté toutes les urnes ! »

Joana Viusà (L'Indépendant, le 2 octobre 2018)

Incidents

Selon la Guardia urbana, environ 180.000 personnes ont marché dans les rues de la capitale catalane hier soir à l’appel des différentes organisations indépendantistes. Ils étaient aussi 3.000 dans la ville de Gérone, épicentre de la ferveur catalaniste. En fin de soirée, des incidents ont eu lieu dans les deux villes, où des manifestants ont tenté de forcer des barrages de police et affronté des agents des Mossos d’Esquadra.

L'Indépendant, le 2 octobre 2018

À Girona, « Ni oblit, ni perdo »

Il y a un an, le peuple catalan était appelé à voter pour l’autodétermination. Un référendum illégal violemment réprimé par les autorités espagnoles. Dans la longue marche vers l’indépendance de la Catalogne, il y aura désormais un avant et après 1er octobre 2017. « El 1-O ». Une date symbolique dont tous les protagonistes célébraient hier le premier anniversaire. Pour ne pas oublier. Pour se souvenir aussi. Une nuance d’importance. Car si le mouvement affiche toujours avec autant de conviction un pacifisme forcené, les militants, dont certains pansent encore leurs plaies, ne sont plus disposés à pardonner.

« Ni oblit, ni perdo ». Pas d’oubli, pas de pardon. Le slogan repris hier de Lleida à Tarragona en passant par Barcelona et Girona claque comme un avertissement. Certes, un an après, rien ne semble avoir bougé politiquement. Et pourtant, leur cause avance, ils en sont persuadés : « Oui, ce sera plus long que ce que l’on croyait il y a un an, mais l’indépendance se fera, c’est inscrit dans nos gênes » affirme Hector. Hier à l’aube, répondant à l’appel des Comité de défense de la République, il a, avec ses copains de l’Université de Girona, bloqué la gare TGV. Pour exiger la libération des prisonniers politiques et réclamer l’indépendance. Deux petites heures de blocage, une mise en train avant le rassemblement unitaire de midi et le face à face, bon enfant, avec des Mossos d’Esquadra en rangs serrés, qui, il y a un an faisaient tournoyer les matraques dans les bureaux de vote… Un flot coloré de 1.500 gamins brandissant l’estelada et reprenant à tue-tête des chants provocateurs, à la face de policiers aux mâchoires serrées chargés de protéger la sous-préfecture, incarnation du « totalitarisme étatique ».

Autant de scènes surréalistes qui se sont répétées hier dans toute la Catalogne ouvrant le bal d’un automne de revendications. Un automne sous pression pour le gouvernement espagnol.

Jean-Michel Salvador (L'Indépendant, le 2 octobre 2018)

Militants de 5 à 77 ans

Désormais étudiantes à Barcelone, Meritxell et Nuria, les jumelles de 19 ans, étaient encore là hier et accompagnées d’un couple d’amis : « On manifestait ici même il y a un an et même si rien n’a changé pour la Catalogne, si on reste au point mort, les jeunes doivent montrer qu’ils sont toujours concernés. Malgré la déception, malgré la répression, on va continuer à montrer notre détermination. Visca Catalunya ! »

Des lacets jaunes jusqu’aux boucles d’oreilles ! Luth et Eddy ont la panoplie complète des indépendantistes catalans. À ce petit dé- tail près qu’ils sont… Belges ! « En fait, nous sommes Flamands et nous sommes scandalisés par ce qui se passe ici. Nous avons vécu chez nous, en Belgique, des tensions avant que l’État ne devienne fédéral, mais ça n’avait rien à voir avec les atteintes à la démocratie vécues ici. Toute cette violence policière, ces élus en prison depuis des mois, c’est honteux ! »

La tribu de Laia et Albert avance déterminée, arborant fièrement drapeaux et T-shirt indépendantistes : « Quand on regarde les 12 derniers mois, on est partagés entre la déception, la frustration, la rage et la colère. Mais on ira jusqu’au bout. Vous savez, ça fait 300 ans qu’on attend… Et puis la relève est là ! ».

L'Indépendant, le 2 octobre 2018

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