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Céret. Maison de retraite : « On veut des moyens pour mieux travailler »

Dans le cadre d’un mouvement national, hier, le personnel de l’Éhpad s’est aussi mobilisé.

Alors que vient de démarrer la semaine bleue -consacrée au troisième âge et à la dépendance-, une vague de protestation au sein du personnel des maisons de retraite prend chaque jour un peu plus d’ampleur. À Céret, comme partout en France, les soignants et accompagnants se mobilisent pour alerter sur les mauvaises conditions de travail dans les Éhpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) et leur conséquence, la mauvaise prise en charge des personnes âgées.

17 minutes

« Je parle d’héroïsme au quotidien quand je vois le travail de ce personnel », lance d’emblée, Sophie Pomier, secrétaire Force ouvrière à l’Ehpad de Céret La casa assolellada. Après 25 ans de métier (pour un salaire mensuel de 1.485 euros), cette dernière espérait une amélioration de ses conditions de travail mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : chaque jour, une aide soignante doit s’occuper de 13 à 15 pensionnaires (ils sont au nombre de 107) dont de nombreuses personnes âgées atteintes de troubles cognitifs nécessitant beaucoup d’attention. D’après un rapport transmis à la commission des affaires sociales de l’assemblée, une aide soignante ne consacre que 17 minutes par jour à la toilette des résidents alors qu’il faudrait entre 30 et 40 minutes pour bien faire. « Désormais, on nous parle d’économie. On ne prend pas en considération le côté humain (…). Mais il faut voir le malaise du soignant. Il n’y a pas assez d’effectifs pour faire fonctionner ces structures. Le personnel est épuisé mais il prend sur lui, toujours avec le sourire. Il donne tout ce qu’il peut mais pas comme on voudrait et c’est le résident qui en souffre », poursuit-elle. Elle estime qu’ici plus de 80 % du personnel (majoritairement féminin) est en souffrance. Sans parler d’un dialogue social « rompu » au sein de la structure cérétane : « Les instances sont inexistantes, seul un comité technique d’établissement a eu lieu dans l’année et il concernait le budget », insistent Marie-Josée Bekhatari, secrétaire départemental Fo-santé et Philippe Farriol, trésorier départemental FO-santé. « Le dernier véritable comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail a eu lieu fin 2017. » Tous en appellent au dialogue. « Il faut que les personnes se rendent compte que ça se passe juste à côté de chez eux. On est aussi là pour prévenir les familles, pour qu’elles se rendent compte des difficultés. Les personnes âgées qui arrivent en Éhpad sont de plus en dépendantes. Cela entraîne un besoin en personnel supplémentaire sans que les financements augmentent. On veut des moyens pour mieux travailler. On tire la sonnette d’alarme. » La semaine dernière, les ministres de la Santé et de l’Action et des Comptes publics, Agnès Buzyn et Gérald Darmanin, ont présenté un Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2019. Un texte qui prévoit notamment d’allouer des fonds supplémentaires au financement des Éhpad (ils bénéficieront à ce titre de 360 millions d’euros supplémentaires sur la période 2019- 2021, dont 125 millions d’euros dès 2019). Reste à savoir si ces mesures annoncées permettront de résoudre la situation de crise profonde à laquelle est confronté le secteur de l’aide aux personnes âgées dépendantes.

Mathilde Contié Walter (L'Indépendant, le 10 octobre 2018)

Direction : « C’est une situation compliquée qui n’est pas propre à Céret »

En poste depuis trois ans à l’Ehpad de Céret, le directeur de l’établissement Jean-Claude Chalancon tient à remettre les choses dans leur contexte : « C’est une situation compliquée qui n’est pas propre à l’Ehpad de Céret (…). Aujourd’hui, nous avons deux générations dans les maisons de retraite, celle entre 75 et 85 ans et les centenaires. Faire cohabiter ces deux tranches d’âges ça alourdit cette prise en charge (…). Je suis moi-même représentant syndicat au niveau national (CHFO) et nous avons le même discours sur les difficultés des Ehpad. »

Concernant La casa assolellada, s’il reconnaît que la maison de retraite a connu « une période d’instabilité » au niveau de la direction (il y a eu 4 directeurs en intérim sur 10 ans), ce dernier insiste sur les moyens qui ont été mis en place depuis son arrivée : remplacement du personnel absent, financement de formations professionnelles, suppression des horaires coupés, mise en place de rails au plafond (pour aider le personnel à soulever les résidents)…

« Je pense faire preuve d’une écoute pour entendre toutes les problématiques dans l’intérêt de nos résidents. La prise en charge est compliquée mais on arrive à faire face », précise Jean-Claude Chalancon, tout en dénonçant « une recrudescence de l’activité syndicale » à deux mois des prochaines élections professionnelles. Mais pour ce dernier, une chose a son importance, « ce sont les excellents retours des familles de pensionnaires » vis-à-vis de la structure et du personnel.

L'Indépendant, le 10 octobre 2018

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