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Parlement catalan. Le divorce entre indépendantistes consommé

Le programme du gouvernement semble voler en éclat après un retournement inédit.

Junts per Catalunya (JxCat) et Esquerra republicana de Catalunya (ERC) ont rompu les amarres de la majorité indépendantiste hier après-midi, au début de la séance parlementaire consacrée au débat sur l’orientation politique générale du gouvernement de la Generalitat. JxCat, la formation que dirige depuis la Belgique l’ex président de la Generalitat Carles Puigdemont, et ERC dont le leader Oriol Junqueras fait la même chose mais, lui, du fond d’une cellule du pénitencier de Lledoners, ont fini par visibiliser le mur qui sépare le prisonnier de l’exilé. La rupture de la majorité absolue constituée jusqu’à présent par JxCat, ERC et la CUP (petit parti partisan de déclarer l’indépendance unilatéralement) a fait voler en éclats le programme de gouvernement du président Quim Torra.

Cinq résolutions rejetées

Hier après-midi, cinq résolutions inscrites à l’ordre du jour ont été rejetées, les unes après les autres. Première à être renversée, dès l’ouverture du vote : la proposition de résolution présentée par la CUP sur le « droit imprescriptible et inaliénable de la Catalogne à l’auto-détermination ». Les 65 voix obtenues n’ont pas suffi, la majorité simple requise étant de 68 voix. En revanche, JxCat, ERC, la CUP et Catalunya En Comú (CatEnC), marque catalane de Podemos, ont voté ensemble un texte condamnant la répression de l’État espagnol contre les manifestants indépendantistes. Sans les voix de la CUP, par contre, ils ont aussi réclamé au gouvernement de Pedro Sánchez, de relancer le dialogue Madrid-Catalogne, les négociations bilatérales avec l’État « sans conditions, et sans escamoter la volonté des citoyens, un référendum accordé avec l’État. ». En outre, JxCat, ERC et CatEnC réclament le remboursement de la dette autonomique, la flexibilisation des objectifs du déficit budgétaire et l’annulation des recours contre les lois sociales engagées par le gouvernement de Mariano Rajoy auprès du Tribunal constitutionnel. Un nouveau paysage politique se dessine donc au sein du parlement catalan, les deux principaux partis indépendantistes comptant peut-être davantage sur les 8 élus de Catalunya en Comú. En écho, le socialiste Pedro Sánchez, qui fait de plus en plus tandem avec le leader de Podemos, Pablo Iglésias, a pour la première fois déclaré hier après-midi qu’il veut relancer le débat sur l’État des Autonomies au Sénat, qui avait été abordé il y a 18 ans, par son prédécesseur socialiste à la tête du gouvernement espagnol, José Luís Rodríguez Zapatero. Ce débat serait convoqué dans le courant du premier trimestre 2019, juste avant les élections municipales, qui cette année seront décisives pour Barcelone, dont la maire Ada Colau appartient à la mouvance de Podemos. De son côté, le parti Ciutadans (C’s) a remporté hier au parlement de Catalogne une première grande victoire en obtenant une majorité en faveur d’une de ses résolutions sur « un pacte social et de réconciliation », qui, aujourd’hui, fera l’objet d’un débat parlementaire en profondeur.

Les raisons de la rupture

La mésentente couvait depuis la vic- toire électorale du 21 décembre 2017 qui donna la majorité (34 sièges) à la formation JxCat de Carles Puigdemont, suvie de peu par ERC (32), contre tous les pronostics qui affichaient en tête le parti républicain d’Oriol Jonqueras. L’incarcération de ce dernier, tandis que Carles Puigdemont entamait une brillante carrière d’exilé, n’a pas amélioré les rapports entre les deux partis indépendantistes. Cette mésentente s’est matérialisée hier suite à la suspension des élus accusés de rébellion, sédition et malversation par le juge d’instruction Llarena. Les 2 élus d’ERC en prison, Junqueras et Raül Romeva ont accepté les indications du juge qui suggérait dans ses attendus qu’afin de ne pas interférer dans la composition du parlement catalan, les élus en attente de jugement désignent un autre député à leur place. Les quatre députés de JxCat -Carles Puigdemont (expatrié), Jordi Turull, Josep Rull et Jordi Sanchez (ces trois derniers en prison)- ont refusé de se plier aux suggestions du juge, considérant que la délégation de voix dont ils avaient déjà fait usage suffisait. Mais ERC et le PSC ont fait obstacle à la proposition de continuer à déléguer leur vote, qui selon ces deux formations conduirait à l’annulation de la part du Tribunal Constitutionnel. Dans une lettre co-signée par les quatre élus, ils dénoncent « d’éventuelles coercitions d’un organe étranger au pouvoir législatif ».

Joana Viusà (L'Indépendant, le 10 octobre 2018)

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