Fédération des Pyrénées-Orientales

Fédération des Pyrénées-Orientales
Accueil
 
 
 
 

A l’assaut des forteresses de l’argent

Alors que le pouvoir demande aux familles populaires de se serrer toujours plus la ceinture et que les institutions européennes poussent à l’amaigrissement continu des dépenses publiques utiles en sommant les états de soumettre tous les biens publics à la voracité de la finance, se dévoile une industrie aussi florissante que vénéneuse : l’évasion fiscale.

Nous démontrons cette déplorable réalité dans un beau hors-série à mettre entre le maximum de mains de celles et ceux qui aspirent à la justice. Ces derniers jours ont confirmé l’ampleur de ce vol en bande organisée où se retrouvent cabinets d’avocats et de fiscalistes, commis de fonds financiers et grandes banques. Celles-là même qui ont été sauvées du désastre en 2008 par l’argent public et qui refusent aujourd’hui de faire crédit aux petites entreprises.

Le 15 octobre vient de s’ouvrir au tribunal correctionnel de Paris un procès de l’Union des banques suisse (UBS) pour l’organisation d’une évasion fiscale de 12,2 milliards d’euros de France vers le Suisse. Cette somme représente 24 fois le maigre budget des sports que le gouvernement macroniste essore à la veille de la tenue des jeux olympiques. Quelques jours plus tard était mis à nu un système très sophistiqué de fraudes sur les impôts des dividendes qui a conduit à extorquer plus de 55 milliards d’euros à différents pays européens ces dix dernières années, dont trois milliards par an à la France. Cette pratique consiste à transférer les dividendes à la vitesse de la lumière vers un pays qui l’exonère d’impôt. Ni vu ni connu, l’argent revient aussi instantanément au détenteur de dividendes grâce au soutien des banques. La presse belge nous apprend que le groupe « Engie », qui en ce moment fait flamber le prix du gaz, a transféré au Luxembourg 27 milliards d’euros pour réduire sa facture fiscale !

N’est-il pas urgent de poser avec plus de force encore la question de la propriété sociale et publique des principales banques et d’entreprises, en France et au-delà ? Non seulement les banques ont bénéficié du soutien public pour faire face, il y a dix ans, à la ravageuse tempête de la crise financière, mais se voient octroyer par la Banque centrale européenne des montagnes de monnaies -3.000 milliards d’euros depuis dix ans- à taux nuls ou négatifs. Ces sommes énormes sont soustraites, sous des formes diverses, aux biens communs et viennent gonfler la bulle financière, au risque d’une crise plus grave que celle de 2008. Et on nous explique que l’Europe prend l’eau, que des dettes s’accumulent et les pouvoirs demandent aux travailleurs et aux retraités de payer ! Révoltant ! Il convient de lancer la grande bataille de l’argent pour la justice, le progrès social et environnemental.

Si la volonté politique existait, le pouvoir pourrait changer les choses en proposant que seule la Banque Publique d’investissement puisse s’alimenter auprès de la Banque centrale pour des projets de modernisation de services publics ou d’aides aux collectivités. Il pourrait aussi, avec les autres pays européens, pousser à la création d’un fonds spécial alimenté par cette création monétaire pour financer une transition environnementale riche en emplois, en s’appuyant sur les services publics, dans les transports, le logement ou encore l’agriculture.

De même, un combat unitaire déterminé dans toute l’Union européenne pourrait se déployer pour récupérer et faire cesser l’évasion fiscale de 1 000 milliards d’euros. Autant d’argent qui manque dans les caisses des États et de la Sécurité sociale. 1 000 milliards d’euros représentent plus de six fois le budget européen. Pour notre pays, cette évasion est estimée à 100 milliards soit une fois et demi le montant de l’impôt sur le revenu. Et, ce n’est pas la suppression de plus de trois mille postes de contrôleurs des impôts décidée par le gouvernement qui va permettre de s’y attaquer ! Il est temps d’agir pour changer de priorité. Non à la finance, l’humain d’abord !

Patrick le Hyaric (L’HD, le 25 octobre 2018)

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.

 
44 Avenue de Prades 66000 Perpignan Tél: 04.68.35.63.64