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Amarilda

Vendredi, elle a pris un avion sans retour pour l’Albanie, ce pays, son pays, qu’elle fuit. La veille, elle, sa mère et son frère étaient séparés de leur père. Deux fourgons et un transit vers Toulouse plus loin, ils se retrouvaient en partance pour leur enfer, Tirana. Capitale albanaise, nouvelle coqueluche du tourisme low-cost, ville de terreur pour elle. Son père y est menacé de mort. Pour l’avoir défendue. « Aidez-nous, on ne veut pas partir, on va mourir », souffrait-elle avant de quitter Perpignan.

Flashback. Un an et demi après son entrée au collège Pons, elle obtient son brevet avec mention très bien. Elle intègre le lycée Arago, rêve de devenir prof de math et ne dort que quatre heures par nuit pour assumer son rêve. Ses professeurs se mobilisent pour que sa famille soit régularisée, aux côtés des associations. Elle s’accroche à ces épaules comme autant d’espoirs. « Je pense que tout est possible à qui ose, rêve, travaille et n’abandonne jamais », écrit-elle, reprenant le réalisateur québécois Xavier Dolan, à Cécile, sa prof. Ils sont tous là d’ailleurs ses professeurs pour dire leur incompréhension, à chaque mobilisation devant la PAF, la préfecture ou le centre de rétention. Si tout cela n’est pas preuve d’intégration…

Mercredi, comme tous les mercredis, elle se rend avec sa famille au siège de la police aux frontières. Cette fois-ci, elle n’en ressort qu’en fourgon. Drôles de vacances. Pour l’État, sans attendre un dernier avis du conseil national des demandeurs d’asile, elle et sa famille ont épuisé tous les recours. L’expulsion est inéluctable. Amarilda a 16 ans. Et ici, on lui interdit de rêver.

Thierry Bouldoire (L'Indépendant, le 28 octobre 2018)

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