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Migrants. « Est-ce que je mérite de vivre avec la peur ? »

Hier, à l’entrée du lycée Arago, un prof a lu en public une lettre où la jeune Albanaise relate son expulsion.

Hier, 7h45, devant les grilles du lycée Arago. Alors que les élèves de retour de vacances entrent dans l’établissement, le professeur d’arabe, Abdelillah Mniai, prend la parole. Pour lire une lettre dans laquelle l’une de leur camarade, Amarilda Mitaj, 16 ans, explique pourquoi elle ne pourra pas effectuer sa rentrée en ce lundi d’automne. Déboutée du droit d’asile, la jeune Albanaise a été expulsée vers son pays d’origine avec ses parents et son frère de 10 ans le jeudi 25 octobre dernier. « Aujourd’hui, dans la classe, nous avons une chaise vide non pas parce qu’un élève est malade, mais parce que sa famille a été expulsée manu militari », s’insurge Abdelillah Mniai.

« On se sent trahis »

L’indignation d’Abdelillah Mniai est d’autant plus grande qu’Amarilda était à ses yeux une élève modèle : « Elle étudiait cinq langues (dont l’arabe, NDLR) et avait assimilé les valeurs de la République. On ressent son expulsion comme une sorte de trahison par rapport à ces valeurs. » Autre motif de colère pour les soutiens de la famille Mitaj : celle-ci avait fourni, pour obtenir le réexamen de sa demande d’asile, un article de presse albanais relatant la tentative d’assassinat dont le père d’Amarilda a été victime pour avoir défendu sa fille contre un jeune homme issu d’une famille mafieuse bien connue. Malgré ce nouvel élément, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) avait refusé de revoir sa copie. La famille avait alors effectué un recours (non suspensif) auprès de la Commission nationale du droit d’asile (CNDA), qui n’a pas encore rendu sa décision à ce jour.

Nouvelle pétition

Malgré l’expulsion, les professeurs d’Arago et du collège Pons, où Amarilda a obtenu l’an dernier son brevet avec mention Très bien, comptent bien poursuivre le combat. « Nous allons essayer de mettre en place une continuité du service public en envoyant les cours à Amarilda et à son frère », indique Abdelillah Mniai. « En Albanie, ils ne peuvent pas sortir car ils ne doivent pas se faire repérer par la mafia… Nous allons également lancer une pétition pour réclamer le retour de cette famille en France afin qu’elle puisse vivre une vie plus ou moins normale. »

De son côté, la préfecture campe sur ses positions. Son secrétaire général, Ludovic Pacaud, rappelle que la demande d’asile de la famille Mitaj a déjà été refusée à quatre reprises. Selon lui, la préfecture n’a fait que faire appliquer ces décisions de justice.

Arnaud Andreu (L'Indépendant, le 6 novembre 2018)

 

 

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